Saint-Étienne aurait-elle pris la fièvre hôtelière? La question mérite d'être posée tant l'offre stéphanoise s'est développée ces derniers mois. Si l'ouverture au mois de septembre dernier de deux nouvelles résidences hôtelières (ResidHotel et Adagio Appart City) a contribué à augmenter les capacités d'hébergements, un certain nombre d'hôteliers traditionnels se sont, eux, attachés à élever le niveau de leur prestation. Le Continental, Le Mercure, l'Hôtel du Golf, le Cheval Noir, le Terminus... Ces cinq établissements ont pour point commun d'avoir participé à l'opération Hôtel D, initiée dès 2008 par la Cité du design. Une opération qui leur a permis de faire appel, à moindre coût, aux services d'un designer pour requalifier une ou plusieurs de leurs chambres.
250 chambres 3 étoiles en plus
«Des efforts ont été faits ces derniers temps pour améliorer la qualité de l'offre sur Saint-Étienne, via notamment la mise en place d'aides publiques liées au design. Après, sur la quantité, on peut considérer que l'offre est suffisante pour une ville comme Saint-Étienne. Moi, je pense que si nous avions une offre un peu plus conséquente en 3 étoiles, ce ne serait pas un mal. Nous avons actuellement 300 chambres. Ce n'est pas catastrophique, mais est-ce qu'il faut attendre d'être saturé? Je suis plutôt d'avis d'anticiper», développe Rémy Guyot, vice-président de Saint-Étienne Métropole en charge du Tourisme. Anticiper, c'est le choix qui a été retenu par la Ville et l'Établissement public d'aménagement de Saint-Étienne (Epase). Ce dernier vient de lancer, une nouvelle consultation sur l'îlot Poste-Weiss de Châteaucreux. Ce terrain de 1 hectare (qui un temps intéressait le conseil général de la Loire) devrait finalement se muer en un programme immobilier complet, comprenant 160 logements, 8.000m² de bureaux, un rez-de-chaussée commercial et surtout un hôtel 3 étoiles de 120 chambres dédié à la clientèle affaires. Selon nos informations, le groupe Accor serait très intéressé par ce projet, qui lui permettrait de proposer une qualité de service que le Mercure du Rond-Point n'est plus en mesure d'offrir. Ce dernier pourrait alors passer sous l'enseigne All Seasons (3 étoiles hors catégorie). Aux 120 chambres 3 étoiles prévues sur Châteaucreux devraient s'ajouter 60 autres situées à proximité du Centre des Congrès. En effet, Saint-Étienne Métropole (qui a quitté en septembre ses locaux de la rue Ponchardier pour rejoindre Châteaucreux) a vendu dernièrement le terrain qui servait de parking à ses salariés. L'acquéreur, un investisseur privé, projette d'y construire un hôtel 3 étoiles de 60 chambres dont la gestion devrait être confiée à un franchisé d'une chaîne hôtelière concurrente d'Accor. Dans le cadre de la nouvelle nomenclature hôtelière, le Kyriad de Saint-Étienne vient par ailleurs d'obtenir son passage en 3 étoiles (70 chambres). Au total, la capitale forézienne devrait donc passer, à terme, de 300 à 550 chambres 3 étoiles.
Un pari sur l'avenir
Cette augmentation significative de l'offre dédiée au tourisme d'affaire soulève toutefois une interrogation majeure. Saint-Étienne est-elle suffisamment attractive pour offrir un taux d'occupation économiquement viable à ses établissements? «La difficulté c'est de faire grossir le gâteau en même temps que l'offre. Si demain on implante une masse inconsidérée de chambres, le taux d'occupation pourrait s'effondrer et cela n'aurait pas forcément un impact positif pour le territoire et pour certains hôteliers qui se retrouveraient en difficultés», estime Stéphane Devrieux, directeur de Totem, l'office de tourisme de Saint-Étienne Métropole. En l'état, le taux d'occupation des hôtels stéphanois peine à atteindre les 60% (59,1% en 2009 selon l'Insee). L'activité congrès marque le pas, même si Laurence Bussière se veut optimiste. «2010 a été une année difficile, mais moins laborieuse que 2009. Nous avons enregistré 60.000 journées congressistes contre 55.000 en 2009. Pour 2011, nous avons déjà 16 congrès prévus, 10 en portefeuille sur 2012 et 7 sur 2013», confirme la directrice du Centre des Congrès. En concurrence avec des villes comme Clermont-Ferrand ou Grenoble, Saint-Étienne est encore loin du top 10 des destinations congrès en France. Pour y parvenir et gagner ainsi le pari de l'hôtellerie d'affaires, Saint-Étienne devra se rendre plus attractive. Dans cette optique, Saint-Étienne Métropole a initié, fin novembre, la ?démarche attractivité du territoire? auprès de 150 décideurs économiques. L'objectif? Réfléchir à la diffusion d'une nouvelle vision de Saint-Étienne. «La récente labellisation Ville Design Créative par l'Unesco devrait nous y aider. Nous avons d'ailleurs créé un nouveau produit ?Saint-Étienne destination design? pour vendre la ville auprès des congressistes», conclut Laurence Bussière.
Des hôtels qui jouent la carte design, deux projets de 3 étoiles à Châteaucreux et au Centre des Congrès... L'hôtellerie stéphanoise accélère sa mutation.
Problème, à augmenter l'offre sans faire grossir le gâteau, ne risque-t-on pas à terme de se casser les dents ?