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Hôtellerie haut de gamme : Bordeaux voit-elle trop grand ?
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Hôtellerie haut de gamme : Bordeaux voit-elle trop grand ?

Alors que plusieurs projets hôteliers haut de gamme sont envisagés à Bordeaux, les professionnels s'interrogent : y aura-t-il de la place pour tout le monde ? Si le tourisme de loisir offre de belles perspectives, le "corporate" pourrait faire défaut.

Jusqu'il y a peu, Bordeaux ne comptait que deux hôtels de luxe : le Grand Hôtel et le Burdigala. Et tandis que Yndo et la Grande maison viennent d'ouvrir leurs portes, certes avec des capacités beaucoup plus réduites, plusieurs projets d'envergures sont annoncés dans la capitale girondine (Voir ci-contre). Sur le créneau du haut de gamme (quatre et cinq étoiles), Bordeaux compte 1.514 chambres, et plus de 500 chambres supplémentaires sont annoncées dans les 5 prochaines années. Alors même que le taux d'occupation dans cette catégorie atteint péniblement 52,4 %, loin de la moyenne nationale (69,3 %) ou des 61,6 % réalisés à Toulouse. Pour Nicolas Martin, directeur de l'Office de tourisme de Bordeaux, il ne faut pas craindre la hausse de l'offre hôtelière de luxe : « Beaucoup de projets vont doper la fréquentation touristique dans les prochaines années : le grand stade, la Cité des civilisations du vin, la ligne à grande vitesse... Bordeaux, qui accueille cinq millions de touristes par an, devrait en attirer 30 % de plus dans 5 ans. La clientèle qui fréquente les hôtels de luxe devrait augmenter dans les mêmes proportions ».




Développement des croisières fluviales

Un autre élément joue en la faveur de Bordeaux : le développement des croisières fluviales. Deux bateaux supplémentaires feront leur apparition cette année, trois de plus sont prévus pour 2016. Or, la clientèle qui fréquente ces navires dispose de moyens importants. « Une semaine de croisière sur la Garonne coûte entre 3.000 et 9.000 dollars, explique Nicolas Martin. Cette clientèle, essentiellement anglo-saxonne, génère un pré et un post-acheminement qui se fait généralement dans de beaux hôtels ». Enfin, un dernier élément doit doper la fréquentation hôtelière à Bordeaux : l'offre de vols directs depuis Bordeaux, qui s'envole depuis plusieurs années.




Bordeaux à la traîne sur la clientèle " corporate "

Si les prévisions sont optimistes quant à l'arrivée croissante de touristes de loisir, il en est autrement pour les touristes d'affaires. Or, cette clientèle représente 44 % de l'activité des hôtels haut de gamme via les séjours de collaborateurs ou clients (16 %), les groupes professionnels (13 %) et les congrès et séminaires (15 %). C'est sur le premier segment, celui de la clientèle individuelle "corporate", que Bordeaux pêche le plus. « À Marseille ou Toulouse, par exemple, le tissu économique dispose de gros porteurs industriels qui génèrent beaucoup de nuitées, déclare Alain Mourgues, directeur adjoint du Grand Hôtel. Le corporate représente 5 % de notre activité, contre 15 à 20 % dans d'autres villes ». Et il paraît difficile d'imaginer que la situation change dans les prochaines années. Pour Thierry Gaillac, patron du Burdigala et président de la branche hôtellerie de l'Umih 33, le développement de l'offre hôtelière haut de gamme va accentuer le problème de la saisonnalité. « Certes, la notoriété de Bordeaux et les futurs équipements vont attirer les touristes de loisir aux beaux jours. Mais quid du trou d'air qui va de novembre à mars ? Les implantations d'entreprises à Euratlantique ou aux Bassins à flot permettront sans doute de générer des nuitées. Mais insuffisamment au regard des projets de création de chambres. Nous avons un tissu industriel faible à Bordeaux et il est peu probable que les choses s'améliorent. Pour doper le tourisme d'affaires, il est donc indispensable de développer les salons et les congrès ». Chez Bordeaux Convention Bureau, le sujet est pris très au sérieux. Cette association en charge de promouvoir Bordeaux comme destination de congrès, séminaires et " incentive " enregistre des demandes en hausse depuis plusieurs années. Mais ne peut répondre à toutes les requêtes faute d'équipements à niveau. « Nous pouvons difficilement accueillir les congrès ou conventions de plus de 1.500 personnes, car le Palais des congrès n'est pas dimensionné pour, regrette Amélie Dechénais, chargé de projet. Mais les politiques ont désormais pris en compte l'importance du tourisme d'affaires et devraient remédier à cela ». Une salle de 3.500 places est programmée pour fin 2017 (Voir ci-dessous).




Manque de grandes enseignes internationales

Pour Didier Arino, du cabinet Protourisme, « les hôtels haut de gamme qui s'en sortiront le mieux seront ceux qui bénéficieront d'un produit et d'un emplacement exceptionnel. À ce titre, il est difficile de comparer un cinq étoiles comme le Grand Hôtel avec des projets banalisés comme ceux qui doivent voir le jour autour de la gare. Le choix de l'enseigne sera également déterminant. Or il manque aujourd'hui à Bordeaux un Hilton, un Marriott, un Intercontinental ». Un manque qui pourrait être comblé prochainement : le Grand Hôtel est actuellement en discussion avec de grandes marques de l'hôtellerie de luxe. Or, le nom qui s'affiche sur un hôtel n'a rien d'anodin. « Les grandes enseignes internationales disposent de réseaux commerciaux puissants et d'une clientèle spécifique, explique Nicolas Martin. Par exemple, le Relais de Margaux, qui vient d'être racheté par un groupe chinois, attirera une nouvelle clientèle, sans piquer de parts de marchés aux autres hôtels de luxe ».

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