En juillet dernier, Yves Sauvestre dévoilait au Journal des Entreprises les difficultés d'Hebel, son affaire de restauration événementielle. Il revient aujourd'hui sur son quotidien de chef d'entreprise placée en procédure de sauvegarde.
Yves Sauvestre, où en êtes-vous après huit mois de sauvegarde?
Nous avons vu notre période d'observation renouvelée par le tribunal de commerce afin de permettre de mener à bien le travail compliqué d'identification des créances. Nous devrions présenter dès lors un plan de sauvegarde en juillet prochain. Cette période n'a pas été facile humainement, même si je m'attendais à pire. Alors oui, certains confrères et fournisseurs se sont amusés de nos difficultés. Mais ça n'a pas empêché des clients de continuer à nous faire confiance, comme les Parc des Expositions de Nantes et d'Angers, ou la Cité des Congrès. Cela a été précieux dans un marché toujours difficile.
Quelle est la situation économique de l'entreprise?
Nous bouclons 2009 à 4,4M€ de CA, là où nous en faisions 6,1M€ en 2008. Il a fallu réduire les effectifs à une quarantaine d'équivalent temps plein (NDLR: contre 67 au moment des difficultés), sans licenciement, et serrer le budget. Au final, 2009 se termine sur un très léger bénéfice net.
Ces difficultés ont paradoxalement débouché sur un chantier de développement durable...
En effet. Le projet me tenait à coeur depuis la reprise en 2004. C'est paradoxal, mais les difficultés que nous avons traversées m'ont incité à accélérer ce travail, à repenser notre mode de fonctionnement. Cela a eu véritable effet sur les salariés: leur patron n'était pas en train de se morfondre sur un tableur à consulter les chiffres et rien que les chiffres. Il y avait au contraire une volonté d'innover. Cela a créé une vraie adhésion.
Hebel est donc devenu un pur traiteur bio?
Non, c'était impossible de l'être à 100%. Les filières d'approvisionnement ne le permettent pas sur les volumes que nous traitons. Ou alors, il aurait fallu se contenter de dégager 600.000 € de CA pour six salariés. Nous avons donc plutôt choisi de réaliser un bilan carbone et de mettre des outils simples en place: tri et compactage des déchets, groupage des livraisons, recyclage des huiles,etc. Nous avons également impliqué nos principaux fournisseurs, en leur demandant de s'engager, via une charte que nous avons réalisée, à mener une démarche éco responsable et à travailler sur au moins trois points d'amélioration de leur bilan carbone. Enfin, nous avons mis en place une offre qui permet de présenter à nos clients l'impact carbone des menus qu'ils choisissent.
Tout cela débouche-t-il vraiment sur des retombées commerciales?
Dans les dix-huit mois à venir, cette démarche devrait avoir un impact important. Rien que sur le mois de décembre dernier, qui a été il est vrai exceptionnel, j'estime que la dimension développement durable à permis de débloquer 20 à 25% du CA réalisé.
Quelles sont les perspectives pour 2010?
Le point positif, c'est qu'une très bonne fin d'année s'annonce, avec trois gros dossiers, dont le Mondial de l'Automobile ou le Salon Automobile de Lyon. La visibilité sur les semaines à venir est paradoxalement moins bonne. Une chose est sûre, c'est que le marché de la restauration souffre et qu'il va y avoir de la casse. Mais la sauvegarde nous permet de faire face à la situation, et même de lancer des projets. Aujourd'hui, Hebel est redevenu viable, même sur les «petits mois» où l'on ne fait que 200.000€ de CA.