Habitat : Un marché en pleine mutation
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Habitat : Un marché en pleine mutation

CONJONCTURE En 2040, le Morbihan devrait accueillir 900.000 personnes de plus. La filière construction individuelle se prépare à ce bouleversement démographique. Et pourtant, le marché accuse 30 % de baisses de commandes cette année.

Deux crises économiques, des élections, un moral en berne, un foncier qui se raréfie, des incitations fiscales qui disparaissent. C'est tout cela qui inquiète la filière construction individuelle dans le Morbihan. Elle est loin l'euphorie de 2006. Celle où les constructeurs de maisons individuelles se payaient la part du lion dans le Morbihan. Ils étaient au coeur d'une filière en forte croissance, avec un niveau de construction de logements exceptionnel, passant de 5.755 habitations à 10.028. Ce seuil record a bien vite dégringolé avec la crise économique. 2009 enregistrait ainsi 5.521 logements mis en chantier, soit 45% de baisse. 2010 et 2011 semblaient pourtant annoncer une sortie du tunnel, avec des niveaux comparables à l'avant crise. Un appel d'air de courte durée. Depuis novembre 2011, les professionnels accusent 30% de chute des commandes.




Marché très concurrentiel

Aujourd'hui, surfer sur le bon vivre en Morbihan ne suffit plus aux constructeurs pour résister. «Le tissu économique s'était adapté à cette bulle», remarque Jean-Marie Andrade, gérant de Sanitherm à Vannes, entreprise prestataire du bâtiment, en électricité, plomberie et chauffage. «Notre activité est devenue très concurrentielle. Il y a eu de la casse dans le bâtiment. Certaines entreprises souffrent », indique-t-il. Pourtant, parmi la vingtaine d'acteurs de la construction individuelle dans le Morbihan, aucun n'a disparu. «Nous sommes trop nombreux sur ce marché aujourd'hui», remarque néanmoins Jean Dumoulin, président des Construction Dorso et de l'Union des constructeurs de maisons individuelles du Morbihan. Du coup, les professionnels tirent sur leurs marges. Et s'attendent, dès 2013, à faire face à davantage de concurrence avec des «faux constructeurs». «Ces entreprises générales qui assurent la construction de maisons individuelles sans être régies par la loi de 1990 qui encadre la profession», précise Jean Dumoulin. «Comme elles ne bénéficient d'aucun contrôle, elle tirent les prix vers le bas mais ne proposent aucune assurance dommages ouvrages ou de garantie de livraison.» Un phénomène que Jean Dumoulin craint de voir s'amplifier avec la normalisation de la réglementation thermique 2012. «Comme il n'y aura plus de contrôles, certains pourront être incités à ne pas respecter la réglementation.»




Un métier à réapprendre

Pour autant, les constructeurs de maisons individuelles vont devoir s'adapter aux nouvelles tendances de l'habitat. Une étude de l'agence départementale d'information sur le logement, parue en mai 2011, les pointe du doigt. La dernière décennie a ainsi été marquée par l'apparition de collectifs sur les premières couronnes, et d'habitat individuel dans les secteurs périurbains et ruraux. Un signe révélateur de l'étalement urbain. Véritable fléau environnemental. En totale opposition avec le principe de proximité qui veut rapprocher habitat, commerces et services. «Chaque maire voulait développer sa commune, comme pour bénéficier d'une certaine postérité», observe Pierre Le Bodo, président de Vannes Agglo. «L'esprit n'était pas encore communautaire.» Aujourd'hui, les maîtres mots sont concentration, densification et mutualisation. «Il faut changer les habitudes. Espérons que cela ne prenne pas 20 ans», indique-t-il. Ce nouveau modèle d'habitat doit également être porté par les constructeurs. «Nous devons nous reconvertir dans la construction de maisons urbaines», complète Jean Dumoulin. «Les Anglais ont très bien réussi à faire des petites maisons de ville. » Petites et fonctionnelles.




Des surfaces de terrains qui diminuent

Quand Lorient Agglomération mise sur la densification urbaine à la verticale, révisant son plan local d'urbanisme à cette fin, les surfaces des terrains tendent en effet à diminuer. Passant de 953m² à 734m² en moyenne pour un terrain à construire. Soit 23 % de superficie en moins en dix ans. Une évolution qui s'accentue en zone périurbaine, dans les communes à fort développement et dans le pays de Vannes, notamment, qui a clairement optimisé ses surfaces d'habitation. Enregistrant un recul de 35% de la taille de ses terrains : de 526m², ils ne font plus que 340m² en moyenne aujourd'hui. La surface médiane la plus petite du département. «Les petits terrains de 450 m² d'hier sont aujourd'hui devenus grands», observe Jean Dumoulin, regrettant pourtant qu'un terrain de 220m² se vende aujourd'hui au même prix qu'un terrain de 350m² d'hier. L'espace agricole se fait également denrée rare dans le Morbihan qui grignote année après année un peu plus de terres cultivables. La consommation des terres agricoles a été divisée par trois depuis 2000. Mais des zones comme la presqu'île de Rhuys, Quiberon, le sud de Belle-Ile, Larmor-Plage, Auray, Vannes ou Baden ont carrément fait disparaître plus de 20% de leur surface agricole utile. Ce signe de densification urbaine s'explique d'autant plus que 50 % de la population morbihannaise se partage 20 % du territoire. Cela reste un enjeu d'avenir qui doit s'accompagner des infrastructures et services adéquats, alors que 63% des actifs travaillent dans une autre commune que celle où ils résident. Et que 81% des trajets se font encore et toujours en voiture.

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