Guy Chambon : La revanche de l'héritier

Guy Chambon : La revanche de l'héritier

La carrière de Guy Chambon ne cesse depuis quarante ans d'osciller entre remorquage et international. Héritier de la Compagnie Chambon, rachetée en 2002 par Bourbon, il a recréé une Compagnie Maritime Chambon en 2003 pour s'occuper de... remorquage dans les ports français.

Les locaux de la Compagnie Maritime Chambon sont installés dans l'ancien immeuble de la Compagnie Freyssinet, à Marseille, à quelques pas du Palais de la Bourse. À la fenêtre du bureau de Guy Chambon, un pavillon flotte: celui de la Compagnie éponyme. D'un geste de la main, il le désigne fièrement, rappelant que les couleurs de la famille Chambon se dressent à nouveau depuis 2003 là où le coeur de l'activité économique et maritime phocéenne battait il y a un peu plus d'un siècle.




Rétablir la Compagnie Chambon

Car l'aventure de Guy Chambon est marquée par une blessure. En 1996, la compagnie familiale, fondée en 1873 par son arrière-grand-père, intègre le groupe Bourbon. «Une société familiale a souvent d'importantes difficultés pour traverser les années et les générations. En 1996, les actionnaires familiaux ont voulu reprendre leurs parts et j'ai été en quelque sorte contraint de trouver un repreneur pour l'entreprise qui se portait très bien. Après trente années de travail, c'est un moment difficile. Même si j'ai négocié de rester dans le groupe, c'est un peu la sortie par la petite porte. Dans le milieu économique marseillais, on ne vous regarde pas d'un bon oeil. Je me suis retrouvé directeur général et je me suis occupé pendant six ans des Abeilles Outre-Mer. Après avoir dirigé l'intégralité de la société, c'est un poste limitatif. Il y a eu beaucoup de choses difficiles à avaler durant cette période, mais aujourd'hui, le nom de Chambon existe à nouveau et mes enfants, Bertil et Antonin, vont poursuivre l'aventure. C'est pour moi une grande satisfaction», explique-t-il. En 2002, alors que la Compagnie Chambon était intégrée depuis 1996 au sein de Bourbon et que son nom avait totalement disparu du groupe depuis un an, Guy Chambon rachète l'activité de remorquage dans les ports secondaires, dont Bourbon ne voulait plus. «C'est ainsi qu'au 1erjanvier 2003, j'ai recréé la Compagnie Maritime Chambon et que nous nous occupons aujourd'hui des sites de Calais, Boulogne, Dieppe, Cherbourg, Bayonne, Sète... Nous sommes présents sur les trois façades maritimes de l'Hexagone», ajoute-t-il. Il revient ainsi à ses premières amours, le remorquage, qui fut la base de la compagnie jusque dans les années 1970, date à laquelle il avait entamé un repositionnement de Chambon sur les marchés internationaux et notamment l'offshore.




Un rêve de gosse

«J'ai toujours su que j'allais travailler dans ce milieu. J'en ai même toujours rêvé. Déjà tout gamin, à 13 ans, je passais mes vacances sur les remorqueurs. J'ai connu l'époque de la vapeur et c'était quelque chose d'extraordinaire. Prendre la barre, vivre avec l'équipage...» A 20 ans, Guy Chambon interrompt ses études de commerce pour intégrer la société familiale au côté de son père qui décédera six mois plus tard. «Nous n'avons pas travaillé ensemble autant de temps que nous aurions aimé...» La Compagnie Chambon était alors positionnée sur le remorquage. «Dès 1965, j'ai commencé à développer des activités à l'international et l'offshore, car le remorquage commençait à connaître un certain ralentissement, comme le port de Marseille. Il fallait chercher des débouchés ailleurs». À la fin des années 1990, l'activité dans le port de Marseille ne représentait plus que 20% de la compagnie.