"Guy Canu, ma vie, mon oeuvre". Il y a très peu de chance qu'un livre vienne un jour à être publié sur le sujet. Réservé et aimant bien la solitude, le président de la CCI de Rennes n'est pas du genre à se dévoiler facilement. Parler des actions de la chambre, de la vie des entreprises... Tout ça, il sait pourtant le faire, et même très bien. De l'avis de beaucoup d'acteurs du monde économique local, Guy Canu a en effet donné un nouvel élan à la chambre de commerce de Rennes, depuis son élection à sa tête en 2005. Réunir plus de 1.000 personnes pour les traditionnels voeux de début d'année, alors que ce type de soirée n'en rassemblait qu'un tiers lors de mandats précédents, c'est bien le signe que quelque chose s'est passé. Le charisme de Guy Canu y est sans doute pour quelque chose. L'homme, affable, est d'un naturel déconcertant et emprunt d'une très grande sincérité. Homme de parole, c'est avant tout l'action qui le guide. L'action, et les convictions. Rajouter le terme de Bretagne à l'appellation CCI de Rennes, déplaisant au passage à la CCI de Brest qui y voit une énième tentative de centralisation; défendre le projet de plate-forme logistique à Châteaubourg alors que le sujet, hyperpolitisé, est loin de faire l'unanimité... Guy Canu n'a pas peur de faire des choix, même s'il faut parfois aller au charbon. «J'aime bien me retrouver dans des salles un peu hostiles où il va falloir convaincre», confie-t-il.
Battant
Ce côté battant, le Rennais le doit peut-être à son enfance. Issu d'une famille modeste - un père ouvrier du bâtiment, une mère aide-soignante à l'hôpital - Guy Canu n'est pas né avec une cuillère en argent dans la bouche. Deuxième d'une famille de trois enfants, il a vécu jusqu'à l'âge de 7 ans dans une pièce unique chauffée au poêle. C'était rue de Brest, du temps où elle était considérée comme la rue la plus pauvre de la capitale bretonne. Quand, en 1957, le quartier est rasé pour être reconstruit, c'est à Cleunay qu'il va user ses fonds de culotte pendant quelques années, avant de rejoindre La Touche, où sa mère vit toujours. De toute cette période, dont l'évocation suscite encore aujourd'hui une certaine émotion, Guy Canu en garde «la sincérité des rapports». Pour un homme qui se garde bien de confier ses sentiments, cette seule phrase est riche de sens...
Sens des valeurs
Aujourd'hui, s'il vit dans le confort - dans sa maison de Bruz et sa résidence de Quiberon - Guy Canu n'en a pas moins gardé le sens des valeurs. C'est grâce aux chantiers de son père, auquel il participe durant l'été, qu'il a pu s'offrir sa première voiture: une 2cv. Un véhicule qui lui permettra pendant cinq ans de faire le trajet Rennes-Lyon pour suivre des études d'ingénieur à Lyon. Entre 13 et 16heures par trajet, il aura fallu quelques bielles pour mener à bien cette aventure! Embauché à Central Sanit (700 personnes) à Rennes en 1976, à l'issue d'une année de spécialisation à l'Insa sur les équipements des habitats et l'acoustique, l'actuel président de la CCI de Rennes n'aura pas connu longtemps la vie d'ingénieur en bureau d'études. Deux ans plus tard, l'entreprise dépose en effet le bilan. C'est le moment qu'il choisit avec Antoine Gilbert (son grand ami et actuel vice-président de la CCI de Rennes délégué aux infrastructures) pour créer sa première entreprise: Sogica. Une société aujourd'hui dans le giron du groupe Eiffage et qu'il a définitivement quittée en décembre dernier.
Trois mois de vacances et chasse sous-marine
Depuis cette fameuse année 1979, où il crée Sogica, le dirigeant aura toujours été à la tête de ses propres entreprises. L'incapacité à supporter la hiérarchie et l'autorité y est sans doute pour quelque chose. À son actif: peut-être une dizaine de créations d'entreprises, dont la dernière en date, CV Clim, à Pacé. Une vie d'entrepreneur riche qui ne lui fera pas sacrifier sa vie de famille. «J'ai toujours pris douze semaines de vacances par an», lance, sans manquer d'aplomb, Guy Canu. Un choix qui peut paraître incompatible avec la gestion d'une entreprise, mais pas pour lui. S'il a peut-être gagné un peu moins d'argent que d'autres du fait de partager les bénéfices avec un ou plusieurs associés, le dirigeant a toujours pris le temps de vivre. Et notamment ses passions. Golf (niveau 17), aviation - il a une licence de pilote depuis 1983 mais ne vole plus depuis 5 ans -, voyages (trois par an) et surtout chasse sous-marine. D'avril à octobre en Bretagne, quinze jours le restant de l'année dans un pays lointain. «Et en apnée, entre 15 et 25 mètres», tient-il à préciser. Une passion débordante depuis l'âge de 18 ans qui lui permet aujourd'hui de s'attaquer à des thons, espadons voiliers ou encore marlins bleus! Autant dire des monstres des mers quand on se retrouve seul face à eux, parfois parmi des requins, et toujours sans oxygène... Quand on connaît de telles expériences, la gestion d'une entreprise ou d'une CCI n'est peut-être finalement qu'une formalité.
Président de la CCI de Rennes depuis 2005, Guy Canu a donné un coup de fouet à l'institution consulaire. Homme d'action avant tout, il n'est surtout pas du genre à se la raconter.