Grasse : La Belle Endormie se réveille

Grasse : La Belle Endormie se réveille

Grasse renoue avec ses origines en axant son développement sur son expertise en matière de produits naturels. De la plateforme Erini à la zone d'activités Aroma Grasse, de nombreux projets dédiés à la filière se concrétisent. Reste à savoir s'ils porteront leurs fruits...

Il est des signes qui ne trompent pas. Les 22% de croissance enregistrée en 2010 par la filière aromatique grassoise en est un. L'inauguration coup sur coup de la pépinière d'entreprises Innova Grasse et de la plateforme de recherche Erini en est un autre. La prochaine mise en service de l'usine Robertet et, enfin, le retour de Firmenich sur Grasse laissent à penser que la Belle Endormie est de nouveau aux aguets. En rapatriant son unité dédiée aux plantes aromatiques naturelles, le géant Suisse conforte le territoire dans sa politique initiée à l'aube des années 2000. Positionner Grasse comme une référence mondiale en matière d'expertise dans l'exploitation des matières premières naturelles, destinées à la grande industrie des arômes, des parfums, de la cosmétique, de la santé et de la nutrition. Et ainsi entrer dans une dynamique économique dont l'enjeu est de définir de nouveaux segments d'activités. Car si le marché du naturel ne représente aujourd'hui que 8% de la production, il est appelé à atteindre les 20% dans les prochaines années.




Rechercher l'excellence

Aussi la Cité des parfums renoue-t-elle avec son activité historique, abandonnée au siècle dernier sur l'autel du synthétique. Mais, évidemment, les fondamentaux ne sont plus les mêmes. «On a été dépassé par la concurrence mondiale. Il nous faut donc réécrire nos lettres de noblesse, analyse Jean-Olivier Gourdon, directeur général adjoint de Payan Bertrand. Certes, on ne pourra jamais plus revenir à la compétition quantitative... Mais pourra-t-on nous suivre dans la compétition qualitative que nous allons imposer?» En effet, «notre stratégie vise plus l'excellence, la recherche et développement, que la production de masse» confirme de son côté Richard Rios, directeur économique de la communauté d'agglomération Pôle Azur Provence. Dont acte! La concrétisation du projet Observatoire du Naturel «apporte une dimension intellectuelle qui manquait à la filière» reprend le représentant de Payan Bertrand. L'enjeu étant de conserver la matière grise, et donc d'être «à la pointe de l'innovation, résume Philippe Claud, directeur du pôle de compétitivité Pass. Car le tissu industriel, à la fois concentré et concurrentiel, impacté par la globalisation, la hausse des coûts et de l'approvisionnement en matières premières, doit faire preuve d'une extrême vigilance pour se maintenir.» Fer de lance de ce positionnement, l'espace Jacques Louis Lions. Niché au coeur de la ville, il abrite en son sein, outre la pépinière d'entreprises Innova Grasse, le Master professionnel Foqual de chimie, spécialisé dans les métiers de l'analyse, de la formulation et de la qualité, ainsi que la toute nouvelle plateforme d'innovation Erini, qui entrera en activité début 2011. Un outil technologique partagé dédié à la chimie analytique des extraits naturels, dont la vocation initiale est d'aider les TPE et PME de la filière à s'adapter au nouveau cadre réglementaire européen Reach. Cependant, la mutualisation imposée des compétences et des moyens pose la question des collaborations possibles entre entreprises concurrentes. «Ce sont sur les seuls projets transversaux que pourront se faire les synergies», estime Han-Paul Bodifée, président du Pôle Pass. Dix-huit sociétés ont tout de même noué un partenariat avec la plateforme, laissant présager «une certaine dynamique collaborative».




Élargir la filière

Autre axe de croissance appelé à se concrétiser: l'élargissement de l'

activité locale vers l'amont de la filière. Dès janvier, un travail de recensement de caractérisation et d'authentification de plantes aromatiques et médicinales va débuter sur le parc naturel régional situé au-dessus de Grasse. Il y aurait quelque 300 espèces naturelles non exploitées. L'idée ici est de créer un pôle d'excellence végétale. «Nous sommes sur une politique foncière de réservation de terres agricoles pour proposer une production de plantes nouvelles à valeur ajoutée qui pourrait intéresser les parfumeurs» indique Richard Rios. En ligne de mire, les 58 hectares de la zone Saint-Marc qui devraient mixer habitat, agriculture et activités à dominante tertiaire. Toujours au service de la filière, cela s'entend, mais positionnées cette fois-ci sur son aval. L'objectif étant de se rapprocher du client final, de privilégier les entreprises de mise en marché, moins gourmandes en m². Car, faute de place, l'expansion industrielle grassoise risque bel et bien de s'achever avec le projet Aroma Grasse (voir interview), certainement la dernière réserve foncière dédiée à l'industrie de production et de composition. Pourtant, les industriels restent attachés au territoire et continuent de se lancer dans des programmes d'investissement d'envergure. C'était le cas hier d'Expressions Parfumées. C'est aujourd'hui au tour de Robertet. Ce sera demain celui de Payan Bertrand. Une stratégie territoriale plus ouverte apparaît donc nécessaire...