Le groupe Royer n’est plus. Acteur historique du négoce et de la distribution de chaussures (Kickers, Chevignon, Charles Jourdan, Mod 8, Aster…), l’entreprise familiale bretillienne de 180 salariés, fondée à Fougères en 1945, vient d’être placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Rennes. Et avec elle l’ensemble de ses filiales : Royer Logistique, Royer Retail et Royer SAS. Selon les derniers chiffres financiers connus, le groupe breton générait un chiffre d’affaires de 132 millions d’euros en 2023.
Maigre consolation, la marque Kickers que détenait la PME bretillienne est reprise par le groupe Chausséa (4 500 salariés et 800 M€ de CA), géant français de la distribution de chaussures installé à Valleroy en Meurthe-et-Moselle. Le site de Javené près de Fougères, qui accueille le siège social de Royer, est également un actif récupéré. Ça n’est pas le cas du site de Cholet (dont le sort est aujourd'hui en suspens) qui gère la partie e-commerce du groupe Royer. Ni du bâtiment showroom de Sèvres en région parisienne, ni encore de plusieurs entrepôts dans toute la France.
45 postes sauvés
Côté social, seuls 25 % des effectifs sont sauvés au siège et à Cholet, soit 45 postes sur 180. "Les catégories de collaborateurs qui restent ont appris leur sort la semaine dernière suite à l’audition du tribunal. Certains magasins en propre avaient déjà tiré le rideau", rend compte Hervé Frandeboeuf, délégué syndical CDFT au sein du groupe Royer. En l’occurrence, quelques métiers de la logistique, du e-commerce et du design produits sont maintenus. L’opérateur de logistique, âgé de 60 ans dont 38 ans de maison, qui a connu l’entreprise à "près de 1000 personnes à la fin des années 1990" évoque une "triste période".
Une situation financière aggravée au moment du Covid
Le groupe Royer exploitait une vingtaine de marques de chaussures sous licence, vendues et distribuées dans le monde entier. Elle avait aussi ses marques propres comme Kickers ou Charles Jourdan et des magasins dédiés (Angers, Toulouse, Paris…). Comme de nombreux acteurs du secteur de l’habillement, le groupe était en proie à des difficultés financières depuis plusieurs années en raison d’une compétition internationale accrue. Selon Hervé Frandeboeuf, la situation est devenue critique au moment du Covid lorsque le breton a perdu l’exploitation de la marque américaine New Balance, en 2020. "Ça nous a assommés", lâche-t-il.
L’entreprise a connu trois plans sociaux depuis 2015. Son placement sous protection du tribunal de commerce à la rentrée 2025 visait à "traiter durablement son endettement", exprimait alors la direction. L’entreprise n’a finalement pas réussi à apurer ses comptes. Sur le site corporate du groupe, déjà inactif, 80 ans d’histoire sont purement effacés… Jacques Royer, le PDG du groupe, a fait ses adieux hier aux membres du personnel.
Un espoir de relance
Hervé Frandeboeuf affiche un petit espoir que son nouvel employeur redresse l’activité. "Le dossier est solide, le repreneur est une grande entreprise, avec de gros moyens financiers. Comme c’est à la maison mère que l’activité perdure, on peut espérer que ça prospère et que ça embauche, même…"
Chausséa est l’exploitant d’un réseau de 650 magasins installés en périphérie des centres-villes. VGM Holding, le propriétaire de l’enseigne, a vendu 32 millions de paires de chaussures au sein de son réseau en 2024. L’objectif est d’atteindre les 60 millions de paires vendues d’ici à 2045.