Gilles Sergent : « La Normandie doit saisir sa chance »
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Gilles Sergent président du Medef Normandie Gilles Sergent : « La Normandie doit saisir sa chance »

Élu le 3 janvier dernier à la tête du Medef Normandie, Gilles Sergent veut poursuivre le travail lancé par son prédécesseur Arnauld Daudruy (Olvéa) sur les grands chantiers d'infrastructures régionales et soutenir les entreprises dans leur transformation digitale.

Le Journal des Entreprises : Originaire du Nord, vous êtes le président du groupe Récrea à Caen, spécialiste de la gestion d'équipements sports et loisirs. Quel a été votre parcours en Normandie ?

Gilles Sergent : Ch'ti à l'origine, je me suis installé en Normandie à Caen depuis plus de vingt ans. J'ai commencé ma carrière normande comme directeur général d'un groupe de distribution de véhicules industriels à Caen. À partir de 2005, j'ai pris la tête du groupe Récrea, entreprise spécialisée dans la gestion et l'animation en délégation de service public d'équipements sport/loisir autour de l'eau. Lorsque j'ai démarré avec Récrea, l'entreprise était en redressement judiciaire avec 300 salariés et 18 sites. Aujourd'hui, nous comptons 1.000 salariés et 60 sites en gestion dont 9 en Normandie. Nous sommes les concurrents de Vert Marine, autre régional de l'étape, mais nous sommes essentiellement orientés dans le domaine des piscines et les centres aquatiques avec une partie activité plein air.

La Normandie comme terre d'adoption, c'est l'une des raisons de votre engagement au Medef Normandie ?

G.S. : Oui, je suis un fort partisan de la Normandie, convaincu que la séparation des territoires était un élément très négatif. Nous avons l'immense avantage d'avoir un nom connu dans le monde entier et la réunification représente un bel enjeu d'avenir pour notre région. Mon objectif est aussi de rassembler. La région n'a pas assez chassé en meute car elle était divisée et coincée entre le Nord et la Bretagne, deux régions aux identités plus fortes et qui ont su fédérer. Il faut affirmer notre identité ! C'est tout l'enjeu de la mission d'attractivité menée par Philippe Augier, le maire de Deauville. De toutes les régions qui ont fusionné, la Normandie est la seule qui marche car elle a un nom et une histoire.

Vous parlez d'enjeu, quels sont ceux à relever pour les entreprises ?

G.S. : Tout va de plus en plus vite, le temps s'accélère. Les défis classiques d'innovation, d'internationalisation ou encore de ressources humaines sont entrés dans une grande complexité. C'est particulièrement vrai dans les ressources humaines où l'on trouve une dualité avec d'un côté un salarié qui a plus que jamais besoin de sens et de l'autre un niveau de charges inégalé et beaucoup d'entreprises qui ont du mal à recruter. Et puis, les emplois de demain sont différents de ceux d'hier et il va falloir penser digital dans tous les métiers.

Le digital sera votre cheval de bataille ?

G.S. : La question de la formation digitale se pose pour toutes les professions, pas seulement pour ceux qui travaillent sur les réseaux sociaux ou dans le marketing numérique, tous les métiers sont concernés. Alors oui, ce sera l'un des sujets forts que nous voulons porter, notamment auprès de la Région et du Rectorat. La question, c'est celle de la sensibilisation que l'on pourra mener également en partenariat avec la CCI Normandie. Car, il ne suffit pas de décréter cette transformation digitale, il faut l'accompagner. Et cela n'est pas réservé aux start-up pour qui c'est un mouvement naturel, ni aux grands groupes qui disposent de leurs propres spécialistes des questions numériques. Le débat il est autour des TPE/PME et ETI, avec la question de savoir comment assurer la transformation digitale dans l'entreprise tout en poursuivant son activité ?

Quelles seront les autres priorités du Medef Normandie ?

G.S. : Il faut tirer parti de la dynamique actuelle en Normandie. Les infrastructures restent une priorité pour notre développement, notamment la Ligne nouvelle Paris-Normandie. Nous sommes la seule région sans aéroport international, ni TGV ou LGV, avec par contre des problèmes de services et de régularité. Il est important que les investissements soient réalisés entre Paris et Mantes mais aussi pour la ligne de Fret Serqueux-Gisors. C'est essentiel car le port du Havre est l'un des atouts de la Normandie. La réflexion sur l'Axe Seine doit aussi être poursuivie car le bassin parisien est l'une de nos chances. La Normandie doit faire ce qu'il faut pour être attractive. Il faut devenir un partenaire indispensable.

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