Georges Vincent : Aiguilleur et aiguillon

Georges Vincent : Aiguilleur et aiguillon

Pilote Major Amont de la Seine, Georges Vincent est devenu en 2005 le porte-étendard du projet de contournement Est de Rouen. Président de l'association qui milite pour sa réalisation, il n'ambitionne pas moins que de rallier le ministre Jean-Louis Borloo à sa cause.

«Une visite de courtoisie». C'est ainsi que Georges Vincent qualifie sa rencontre avec le préfet de région Rémi Caron le 17juillet dernier; vingt-quatre heures à peine après la visite du président de la République auHavre, accompagné pour l'occasion de... Jean-Louis Borloo, ministre de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement Durable et de l'Aménagement du Territoire. Un détail qui n'en est pas un, puisque c'est lui qui annoncera à l'automne les conclusions du SNIT, Schéma national des infrastructures de transport qui doit fixer pour les années à venir la carte des nouveaux tronçons d'autoroutes et décider une fois pour toutes si le contournement Est de Rouen se fera.




«Je voulais faire le tour du monde»

Venu tâter le terrain en préfecture, c'est en réalité à Jean-Louis Borloo lui-même que le pilote major de la Seine veut pouvoir exposer son argument choc: «Le contournement Est de Rouen est Grenellement compatible!» Georges Vincent, dont le nom est indissociable du projet depuis 2005, date à laquelle il a pris les commandes de l'association pour la défense du contournement Est, ne veut pas se risquer au jeu des pronostics. Mais sa religion est faite. Et depuis longtemps déjà. Normand d'adoption, c'est dans le Nord que Georges Vincent est né et a grandi. Après des études secondaires à Lille, il rejoint l'Hydro auHavre en 1967 et est reçu en bonne place au concours de l'École de la marine marchande. Guidé par un sérieux «esprit d'aventure» autant que par l'envie de voyager, il passera dix années sur les mers du Globe. «Je voulais faire le tour du monde», explique-t-il simplement. Contrat rempli, aux commandes de pétroliers dans le Golfe Persique et en Méditerranée, avec la Compagnie des Messageries Maritimes (absorbées en 1977 par la Compagnie Générale Transatlantique devenue CMA-CGM) ou encore Delmas, le long des côtes africaines. En Normandie, il oeuvre entre1976 et1980 sur la ligne de ferry Dieppe-Newhaven avant d'intégrer, et de ne plus quitter, le pilotage de Seine. «J'ai choisi Rouen parce que c'était la plus grande station de pilotage de France», explique-t-il, et parce que guider des navires des flottes du monde entier sur le Seine représentait pour lui un sacré défi. Sur la partie amont du fleuve, entre Rouen et Caudebec-en-Caux, il lui faudra près de dix ans «pour devenir un pilote chevronné». Un parcours répété à l'envie, par tous les temps, «sur un fleuve long, étroit et pas très profond» où le pilote dirige la manoeuvre à vue ou plus souvent au radar: «Comme dans un simulateur... Sauf que c'est du réel! C'est parfois un peu angoissant», concède Georges Vincent.




Défenseur des valeurs portuaires

Devenu pilote Major après avoir dirigé la station de Rouen entre1999 et2001, il se décrit lui-même comme «l'aiguilleur de la Seine», celui qui règle les mouvements des quelque trois mille cinq cents navires qui remontent chaque année depuis l'estuaire jusqu'au port de Rouen. De son expérience de pilote vont naître des liens indéfectibles avec la communauté portuaire rouennaise qui font de lui un ardent défenseur des valeurs qu'elle porte. Élu à la CCI en 2000, il préside le Propeller Club de Rouen un an plus tard, «passionné à l'idée de rapprocher le monde portuaire et le monde maritime». Trésorier du Club Logistique du Grand Rouen en 2005, il prend la même année la tête de l'Association pour le Contournement Est, sous l'amicale pression d'un portuaire respecté en la personne de Jacques Brifault: «J'étais aussi un portuaire, mais indépendant de tout ce qui était routier; j'avais le bon profil!» Militant convaincu de la liaison A28-A13, il n'a qu'un regret: «Hormis pendant l'Armada, les Rouennais ne s'intéressent pas à leur port; ils ne le voient pas! C'est pourtant le grand moteur de l'agglomération».



Guillaume Ducable