«Cela fait soixante-trois ans que je travaille. La moitié de ma vie professionnelle est faite!» Gaston Maulin, 77 ans, ne plaisante qu'à moitié quand il dit cela. Car s'il a certes une vie professionnelle déjà bien remplie, rien ne semble devoir l'arrêter. Il est et reste aujourd'hui à la tête d'un groupe, la Financière Maulin, qui représente deux cents personnes, et même jusqu'à six cents en haute saison, qui pèse «entre 70 et 150M€, selon les variations de l'immobilier», et qui est présent sur vingt-deux métiers différents. Cet entrepreneur, né à Albertville, n'a pourtant pas le profil typique. Il a commencé à travailler à 14 ans dans la boulangerie de ses parents à Grenoble. «Ma formation universitaire? Boulanger! Les études n'étaient pas faites pour moi.» Et puis à 24 ans, il a eu «envie de voir autre chose, de créer». Il s'est installé à La-Tour-du-Pin, «dans un local sans pas-de-porte», et a monté une petite usine de fabrication de cakes. «J'en vendais une centaine par jour quand j'étais boulanger; là, il en partait 2.000 chaque jour. J'ai alors ajouté la confiserie pour que ça marche et je suis devenu le plus gros distributeur européen. Certains m'appelaient le Roi du cake! J'ai progressé très vite, mais j'ai fait des erreurs.» Il a fourni Carrefour en local mais a voulu suivre l'évolution nationale du distributeur sans y parvenir et a dû tout vendre.
Des banquiers inhumains
«En 1977, je suis reparti de zéro pour la deuxième fois de ma vie. Il ne me restait que la confiance de mes clients.» Cette expérience vieille de 32 ans est toujours bien présente. «Tant que vous réussissez, c'est formidable. Mais quand on tombe... Il y a des cons sur terre... Ça fait mal, ça vous apprend à vivre. J'ai remboursé la banque, mais elle ne me prêtait plus. Alors quand vous vous en sortez, vous appréciez encore plus. C'est la vengeance de ceux qui réussissent quand ils ne sont pas aidés.» Il avoue garder depuis «une dent contre les banquiers, ils sont inhumains, il n'y a que le bilan qui compte pour eux.» Sa vengeance, c'est la création de la Chocolaterie du cheval blanc, qu'il introduit en bourse en 1988 et revend par une OPA amicale en 1990. «J'ai tout vendu pour préparer ma retraite. J'avais de quoi faire vivre mes petits-enfants et mes arrières petits-enfants. Quand on a dix fois, cent fois ce qu'il faut pour vivre... L'argent c'est formidable car ça permet de réaliser ce que l'on veut. Et puis on peut donner; c'est bon de donner pour faire plaisir à des gens. Mais je n'allais pas m'arrêter. Ce serait dommage, tant que j'ai la santé.»
Soutenir des orphelinats
Passer à autre chose, se consacrer à ses loisirs? «Vous savez, à force d'être passionné par le business, on perd ses autres passions. Même quand je pars en voyage, j'ai besoin d'une arrière-pensée boulot.» Il part en Chine pour préparer l'implantation d'une station de ski au Sichuan, ou à Dubaï pour créer une piste de ski à l'air libre... Il avoue quand même s'occuper d'orphelinats. «On peut aider des gens dans le monde entier. La vie est dégueulasse, pleine d'injustices. Alors au Vietnam ou au Maroc, je mets des petits pansements localement. Mais ça n'a pas beaucoup d'effets. C'est par conviction humaine, c'est tout, pas religieuse.» Il enchaîne en disant avoir eu «une chance terrible. L'abbé Pierre a fait ma communion et une fois j'ai mangé à la table du général de Gaulle. (NDLR: Une affiche de l'appel du 18juin est accrochée au mur de son bureau.) Le général et l'abbé sont considérés, c'est une chance d'être une vedette. Mais vous savez, il y a des gens simples qui bossent et que personne ne met en avant, ce sont de grandes vedettes aussi.» Il se dit admiratif devant une mère de famille qui élève seule ses trois enfants. Et lui, est-il une vedette? «Non, j'ai juste un parcours qui est marrant.»
Gaston Maulin dirige la Financière Maulin, une holding d'une vingtaine de sociétés, de l'agence immobilière à la station de ski en passant par l'informatique ou la construction de piscines. Autodidacte parti deux fois de rien, il ne cesse encore d'investir.
Anne-Gaëlle Metzger