Nommé il y a un an à la tête de la direction Est de fret SNCF (*) à Nancy, Denis Doute analyse les difficultés de sa branche d'activité dans un contexte de crise.
Comment vos trafics évoluent-ils?
L'année dernière, dans l'Est, nous avons transporté environ 23millions de tonnes, dont 13millions pour le compte de la sidérurgie. Or depuis début 2009, l'ensemble de nos trafics a baissé de plus de 20% avec une chute d'environ 40% des acheminements de ferrailles et de produits sidérurgiques. Cette baisse est notamment liée à l'arrêt de Gandrange et à la mise en sommeil des deux hauts-fourneaux de Florange. Cependant, certains atouts nous permettent de résister. Ainsi, notre région «fret» bénéficie de la proximité du seul corridor de fret international en France: il relie Anvers et Bâle via la plateforme bimodale d'Athus-Meuse (Wallonie). Et il n'y a pas que des mauvaises nouvelles. Ainsi, depuis janvier, nous acheminons un train complet par jour entre Gonfreville (Basse-Normandie) et Creutzwald pour le compte de Total Petrochemicals.
Qui sont aujourd'hui vos principaux concurrents?
Tout d'abord, nous subissons l'agressivité du transport routier dont les prix ont baissé de 8% en moyenne dans l'hexagone. Et le cabotage de conducteurs venus de l'Est n'arrange rien. Par ailleurs, nos clients souvent fragilisés par la crise économique ont tendance à mettre leurs transports en appel d'offres. Ils font jouer la concurrence sur le marché du fret ferroviaire. Nous devons donc nous défendre, même si, en tant qu'établissement public, nos prix de revient demeurent supérieurs à ceux de nos concurrents. Nous misons donc sur la qualité de nos services. En effet, notre direction Est bénéficie désormais d'équipes entièrement spécialisées dans le fret. Une première! Enfin, l'exemple de Veolia qui cherche à revendre sa filiale Veolia cargo, notre principal concurrent en Lorraine, témoigne de la complexité de notre secteur: une activité très capitalistique avec des marges réduites.
Le Grenelle facilite-t-il votre travail?
Les grandes envolées du Grenelle de l'environnement n'ont rien changé. Au contraire, nous sommes plutôt sur une pente défavorable au ferroviaire. Par exemple, à Époisses (Bourgogne), en raison du manque d'entretien d'une voie ferrée, la vitesse des convois de fret a été limitée à 20Km/h, au beau milieu de la campagne de récoltes céréalières! Nous nous interrogeons également sur la pérennité du système de hubs nationaux mis en place pour palier à la fermeture de 262 gares de triage en France. Les quatre hubs dont un se trouve à Woippy, fonctionnent à moitié de leurs capacités.
(*) La direction Est de fret SNCF regroupe les activités de fret en Lorraine, Alsace, Franche-Comté et Bourgogne.