Frédéric Sanchez : Le président de la Crea face aux patrons rouennais

Frédéric Sanchez : Le président de la Crea face aux patrons rouennais

Un peu plus de six mois après la succession de Laurent Fabius, le président de la Communauté d'agglomération Rouen-Elbeuf-Austreberthe (Crea) et maire de Petit-Quevilly répond aux questions des chefs d'entreprises rouennais.

Philippe Dehays, directeur régional de Centrimex et président de l'Union Portuaire Rouennaise (UPR) : La Crea est-elle aux côtés des opérateurs portuaires et de leurs clients pour militer en faveur d'une utilisation des quais bas rive gauche, au moins dans l'attente du Contournement Est ?
Les quais bas rive gauche sont aujourd'hui ouverts à la circulation ! Il ne faut pas oublier de le rappeler. Le projet de la ville de Rouen ne conclut pas à la fermeture à la circulation. La municipalité reste d'ailleurs ouverte sur le sujet. En revanche, un arrêté préfectoral interdit la circulation des poids lourds au-delà d'une certaine zone en fonction des horaires, sauf desserte locale. Tout cela se fait dans un contexte bien particulier avec la fermeture du Pont Mathilde. Lors de la réouverture, dans de nombreux mois, réorganiser la circulation des poids lourds à l'échelle de l'agglomération deviendra un vrai sujet. C'est un problème global qui ne s'appréhende pas seulement sous l'angle de la circulation sur les quais bas de Rouen. J'appelle de mes voeux une réflexion avec les habitants qui font aujourd'hui l'expérience quotidienne de l'absence des poids lourds au coeur de l'agglomération. La population n'imagine pas qu'après l'incident du Pont Mathilde on revienne à la situation antérieure. La situation que nous vivons rebat les cartes à l'échelle de l'agglomération.
Guy Foulquié, P-dg de I-comm et président du club d'entreprises Rouen Ecoactive : Quel rôle compte jouer la Crea pour concrétiser rapidement la mise en place du haut-débit sur son territoire, et pas seulement sur la pépinière Seine Innopolis ?
S'agissant de la Crea, nous luttons résolument contre la fracture numérique. Nous mettons en place la fibre optique sur toutes nos zones d'activité, ce qui représente près de 130 km de réseau global sur le territoire de l'agglomération. S'agissant des Hauts de Rouen et de l'immeuble Alpha qu'évoque Guy Foulquié, ce n'est pas une zone d'activité en tant que tel mais une zone franche où la Crea n'intervient pas. La question est celle du déploiement du haut-débit par les opérateurs eux-mêmes. Et il est en cours dans le cadre du plan de déploiement d'Orange et de SFR qui concerne toutes les catégories d'utilisateurs. Nous avons pris nos responsabilités sur les zones d'activité ; progressivement, d'ici 2020 tout le territoire sera couvert par la fibre optique.
Mounir Megherbi, dirigeant de la société 6bles et président de Normandie Web Xperts : Comment la Crea compte-elle accompagner le développement des acteurs du web, notamment en termes de financement via des fonds d'amorçage ?
Nos actions sont à deux niveaux. À partir de la pépinière Seine Innopolis (Ndlr : qui ouvrira à l'automne prochain) nous créons un pôle d'excellence dans le domaine du numérique avec un effort particulier sur l'accompagnement. Cela coûte au contribuable car c'est financé par la Crea. Je travaille également avec le président de la région, Alain Le Vern, dans le cadre de la future banque publique d'investissement (BPI) afin que nous soyons partenaires dans des fonds spécifiques dédiés aux entreprises innovantes. Nous sommes une capitale régionale et notre économie est diversifiée. L'industrialo-portuaire est notre avenir mais sur la création d'emplois, nous souhaitons nous diversifier. Et nous fondons beaucoup d'espoirs sur ce positionnement numérique. C'est un pari à cinq ans.
Pierre Lecomte, cabinet Mazars, président du CJD Rouen Vallée de Seine : Au-delà des zones d'activités en cours d'élaboration sur l'agglomération, quelle est la stratégie de la Crea pour attirer des entreprises nouvelles ?
Il y a deux aspects dans la question de l'attractivité : celle exogène et celle endogène. Le premier est incontestablement le plus difficile. Attirer une entreprise dans le contexte actuel est extrêmement compliqué. La compétition est rude et il y a peu d'entreprises mobiles. Nous faisons à travers l'Adear (Ndlr : l'agence de développement de la Crea) de la prospection pour susciter la mobilité des entreprises d'Ile-de-France, notamment grâce à des loyers inférieurs. Sur le second aspect, il y a notre politique des pépinières. Nous serons bientôt l'un des premiers réseaux en France avec la santé, le numérique, les biotechnologies. C'est un réseau d'appui en lien avec la région, les écoles d'ingénieurs, des chercheurs qui créent de la richesse localement. C'est toute notre ambition à travers, notamment, la mise en service du guichet unique « J'innove à Rouen » qui vise à détecter des porteurs de projets le plus en amont possible pour les accompagner dans la phase de création.
Jean-Paul Rivière, P-dg d'Altitude Infrastructures et Cap Horn : Il y a 5 millions de mètres carrés de bureaux à la Défense et autant à l'Ouest de paris, soit près d'un million d'emplois. Quelle est l'ambition de la Crea pour en capter une partie de ces « emplois-mètres carrés » qui s'externaliseront en partie en province ?
La réponse est dans la question ! C'est une affaire d'orientation stratégique. Comment attirer les entreprises ? Par la qualité des services, la profondeur de la main-d'oeuvre disponible et les mètres carrés disponibles à des prix raisonnables. C'est notre point faible aujourd'hui, nous ne produisons pas assez de m² disponibles. Nous n'avons pas le « bâtiment d'avance » et pour cela nous ratons des implantations sur notre territoire. Pour inverser la tendance, il faut parvenir à faire partager la confiance des Rouennais à davantage d'investisseurs. C'est le positionnement même de Rouen et de l'agglomération en France et en Europe qu'il faut travailler. Rouen doit apparaître plus qu'elle n'est aujourd'hui, bien sûr comme une ville industrialo-portuaire, mais aussi comme une ville du tertiaire supérieur et de l'innovation. Au final, il faut inspirer confiance et donner envie ! Et les grands événements tels que l'Armada ou Normandie Impressioniste sont des éléments majeurs de notre attractivité. L'ouverture du Palais des sports est une très bonne nouvelle de ce point de vue.
Marc-Antoine Troletti, vice président de la Fédération des