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François Sayaret (FFB) : "Le nombre de points de reprise des déchets du bâtiment est insuffisant"
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François Sayaret (FFB) : "Le nombre de points de reprise des déchets du bâtiment est insuffisant"

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À l’approche des élections municipales, François Sayaret, président de la FFB Havre Pointe de Caux, représentant 350 entreprises du bâtiment employant environ 4 500 salariés, estime que les points de reprise de déchets dans le cadre du dispositif Responsabilité élargie du producteur (REP) sont en nombre insuffisant. Le dirigeant de la fédération normande déplore des difficultés de recrutement et plaide pour l’allotissement des marchés publics.

François Sayaret, président de la FFB du Havre Pointe de Caux, déplore que le nombre de centres de reprise gratuit de déchets dans le cadre de la filière REP soit insuffisant au Havre — Photo : DR

Quels sont les enjeux prioritaires pour les chefs d’entreprise membres de la FFB Havre Pointe de Caux dans le cadre des élections municipales au Havre et dans son agglomération ?

La question de gestion des déchets des professionnels du bâtiment est un enjeu important. Nous avons l’obligation de nous rendre dans des déchèteries de type Veolia ou Unifer Environnement qui offrent des prestations payantes et de plus en plus onéreuses. Il est effectivement souhaitable de dissuader de procéder à de l’enfouissement et, pour cela, il faut trier au maximum.

Depuis trois ans, le dispositif de responsabilité élargie du producteur (REP) applique une éco-contribution perçue sur les matériaux que nos entreprises utilisent, censées financer des centres de reprise gratuite de déchets de chantier. Or, sur la zone de la communauté urbaine, nous dénombrons onze points de reprise REP. Sur ces onze points, deux déchetteries UNifer Nord et Sud qui ont stoppé toute reprise REP sur chantier ou en atelier (financement insuffisant) et ne sont pas point de collecte REP. Donc, il existe 9 points de collecte REP effectifs. Mais, sur ces 9 points, 5 sont des négoces (Point P, VM…) qui respectent les obligations de reprise mais avec des containers de petite taille, souvent insuffisants pour les entreprises du bâtiment. Finalement, sur onze points de reprise REP, seuls quatre points de collecte des déchets inertes sont opérationnels. C’est insuffisant, contraignant nos entreprises à aller dans les déchèteries payantes. Il faut remettre le système à plat, cesser d’augmenter la cotisation parce que le service n’y est pas, on paie deux fois.

Vos métiers se heurtent-ils à la difficulté de recruter ?

Les entreprises du bâtiment restent encore assez pourvoyeuses en termes de main-d’œuvre, on embauche toujours. Or, depuis cinq ans, tous nos métiers sont en tension. Au Havre, le taux de chômage est au-delà de 9 % et, pourtant, on a du mal à faire revenir des personnes à l’emploi. Nous échangeons beaucoup avec France Travail, nous menons des séances de tests pour identifier les aptitudes minimales des candidats pour ensuite les former en interne. Et malgré tout, il demeure difficile de recruter. Et former en interne nécessite du temps et mobilise un tuteur. On essaie d’actionner tous les leviers pour combler nos besoins en recrutement. En ce sens, on anime chaque année, en octobre, la semaine des métiers du bâtiment en collaboration avec France Travail, le CFA du bâtiment, les missions locales, le lycée Schuman Perret du Havre et l’IUT de Génie Civil, pendant laquelle on invite les collégiens à visiter un chantier.

Les entreprises connaissent-elles des difficultés liées à la disponibilité foncière ?

La spécificité du Havre, situé en pointe sur l’estuaire de la Seine, incite les entreprises du bâtiment à s’implanter plutôt en dehors de la ville. Le stationnement nous pose problème lorsque nous sommes amenés à faire des travaux en centre-ville : il est de plus en plus compliqué d’avoir des systèmes d’abonnement simples lorsqu’on a une flotte de véhicules. Il existe, certes une application, mais limitée en nombres de plaques (l’application devient payante dans le cas de plus de dix véhicules) et le renouvellement des justificatifs est fastidieux. Au bout du compte, le coût de cet abonnement spécifique pèse sur la facturation des clients.

Lors de votre cérémonie de vœux, le 27 janvier 2026, devant vos adhérents mais aussi face à des élus du Havre Seine Métropole, vous plaidiez pour l’allotissement. Quels enjeux désigne cette pratique ?

Lorsqu’un projet de construction fait l’objet d’un appel d’offres, le maître d’ouvrage peut choisir de confier l’intégralité de l’ouvrage à une seule entreprise ou de consulter plusieurs entreprises pour chaque lot (maçonnerie, couverture, menuiseries extérieures…). L’allotissement est la règle de base pour les marchés publics de travaux et, si la collectivité locale ne le pratique pas, elle doit le justifier (complexité des travaux à effectuer).

Mais si une entreprise tous corps d’état est attributaire du marché, beaucoup de travaux seront sous-traités suivant une autre consultation et les conditions ne seront pas aussi favorables pour les sous-traitants qu’elles auraient pu être dans le cadre de l’allotissement. La rénovation de l’Espace Graillot (qui doit accueillir un centre d’art contemporain fin 2026) et celle de la deuxième partie de l’espace scolaire Grouchy du Havre ont ainsi l’objet d’appel d’offres de la ville du Havre en tous corps d’état. Or, à mon sens, ces marchés auraient pu être allotis. Mais chaque territoire se bat en ce sens.

De même, vous estimez souhaitable de réguler la sous-traitance…

Effectivement, nous souhaitons limiter la sous-traitance en cascade. Les prix des marchés publics sont tirés, sans marge énorme et lorsqu’on sous-traite, une partie de la marge reste au profit de l’entreprise qui sous-traite à une autre. Cela ne semble pas aller dans le sens de la qualité d’exécution des ouvrages, ni de nature à préserver la capacité de financement des entreprises. Lorsque les collectivités investissent, c’est avec notre argent et lorsqu’elles choisissent des entreprises venant hors du territoire, l’argent investi part ailleurs.

Vous plaidez aussi pour une amélioration des délais de paiement…

Dans le bâtiment, l’opération de construction peut durer plusieurs mois, voire plusieurs années en fonction de l’ampleur du chantier. L’entreprise n’attend pas la fin du chantier pour tout facturer, mais soumet une proposition de situation à l’architecte qui la valide, lequel la transmet au client qui, après validation, la dépose à la trésorerie pour paiement. En marché public, l’obligation de règlement est fixée à 30 jours. Mais les retards à chaque intermédiaire s’accumulent fréquemment et ce délai des 30 jours est rarement respecté. Les conducteurs d’opération de collectivités qui ordonnent des marchés publics ne mesurent pas les conséquences de ces retards, car nos entreprises paient les matériaux, les salaires des employés et leurs charges. Ce qui peut attiser la réticence de certaines entreprises à répondre aux marchés publics.

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