François-Henri Pinault : «Un problème de culture»

François-Henri Pinault : «Un problème de culture»

Résultats financiers du groupe, crise, stock-options, manque de culture économique en France... En exclusivité pour Le Journal des Entreprises, François-Henri Pinault, P-dg du groupe PPR (Fnac, Conforama, Puma, Gucci...) nous livre ses réflexions. Alors que le film ?Home?, de Yann Arthus-Bertrand, sort dans le monde entier sur les écrans ce 5juin, le fils du milliardaire François Pinault nous explique également pourquoi un empire comme le sien a investi 10 M€ dans cette aventure.



Ce 5juin sort le film ?Home? de Yann Arthus-Bertrand et Luc Besson sur l'état de la planète. PPR l'a financé. Dans quelle proportion?

10 M€ étalés sur trois ans, sur un budget total du film de l'ordre de 12M€.


Pour quelle raison vous êtes-vous lancé dans cette aventure?

J'ai pris la décision en 2007 d'accélérer notre démarche de responsabilité sociale et environnementale (RSE, NDLR), notamment en créant une direction RSE au niveau du groupe qui m'est directement rattachée au même titre que la direction financière ou la présidence de la Fnac. Cela signifie que la notion de RSE devient un axe stratégique du groupe. Nous avons structuré notre mission autour de sept enjeux prioritaires liés à nos activités pour les trois prochaines années. Quasiment concomitamment, Yann Arthus-Bertrand et Luc Besson m'ont proposé d'être partenaire de leur film. Ce qui m'a paru très intéressant, c'était la vision de Yann sur l'environnement et l'état de la planète. Avec des vraies compétences scientifiques, un discours extrêmement structuré, charpenté. Et puis cette idée d'un film de cinéma - et pas d'un documentaire - réalisé par un grand cinéaste, avec une vision extrêmement professionnelle m'a plu. Ce qui m'a convaincu, c'est aussi le dispositif inédit de diffusion mis en place; une sortie mondiale simultanée sur tous supports et accessible quasi gratuitement. C'est véritablement un film événement.


Qu'attendez-vous de ce film pour PPR?

Si nous avons pris cette décision en 2007 d'intégrer la dimension RSE dans notre stratégie, ce n'est pas pour faire bien dans le tableau. Ce n'est pas pour se dire «De toute façon, ça va être obligatoire, donc il vaut mieux le faire avant qu'après». C'est tout simplement que nous pensons que le développement durable est une opportunité économique énorme. Et sur le très long terme. J'ai l'intime conviction qu'après la révolution informatique des années 70-80, celle concernant l'environnement sera bien plus forte encore. Non seulement cela va changer la société dans le bon sens, mais cela va aussi créer des opportunités de développement pour les individus, les entreprises.


Quelle est la stratégie de développement du groupe PPR en ces temps de crise?

Notre stratégie s'appuie sur une vision à cinq ou dix ans. Depuis plusieurs années, nous menons une politique de croissance à l'international à travers des marques puissantes, présentes à la fois sur les marchés du luxe et grand public. Nous sommes très attachés à cette dualité luxe-grand public. Si on veut avoir une taille mondiale importante, on ne peut pas être uniquement sur des marchés de niche. C'est pour cela que le grand public a une dimension importante dans notre stratégie qui vise à continuer le recentrage du groupe vers un ensemble cohérent de marques mondiales fortes, dans l'univers de l'équipement de la personne. La crise nous amène à marquer une pause. Il n'y a plus aucun sujet ni d'acquisition ni de cession car il n'y a plus de marchés. Nous reprendrons notre marche en avant quand la sortie de crise sera là.


En France, il y a un problème de défiance à l'égard des chefs d'entreprise. Que faudrait-il pour changer cela?

Il y a vraiment un problème de culture dans un pays comme le nôtre. Un patron ne se lève pas le matin en se demandant combien il va licencier de personnes dans la journée! Il n'y a qu'en France qu'on raisonne comme cela! C'est terrible, on a parfois l'impression de vivre encore à l'époque de la lutte des classes! Les Anglo-Saxons ne raisonnent pas comme ça. Les pays nordiques non plus. Je le vois dans les représentations syndicales du groupe.


Que pensez-vous des mesures du gouvernement visant à encadrer les retraites chapeaux, stock-options, golden parachutes...

Chez certains dirigeants d'entreprise, il y a des exagérations, c'est vrai. Mais vous n'allez pas résoudre le chômage avec cela. On a l'impression de pointer du doigt un coupable pour détourner l'attention des vrais problèmes. Il faut rappeler que les golden parachutes, c'est tout simplement une négociation contractuelle soumise à un comité des nominations, dépendant du conseil d'administration, qui les valide. Si l'on veut recruter quelqu'un qui est en poste ailleurs, il faut bien le motiver, et cela peut passer par la négociation d'un parachute doré en cas d'échec de la ?greffe?. Qu'on réglemente, qu'on rende transparentes les choses, je trouve cela très bien. Mais ne tombons pas dans l'excès de vouloir légiférer sur tout sur la base d'une approche générale. Il faut savoir adapter de telles mesures à la réalité de chaque entreprise. Ce fut le drame des 35heures. Le même temps de travail pour tous, sans tenir compte du secteur d'activité, de la taille. On a ce défaut en France. On a tendance à faire des règles générales à partir de cas particuliers. Finalement, on fait plus de dégâts qu'on n'en répare. Alors que les exagérations soient punies, sanctionnées, oui! Qu'on essaie de les éviter par plus de transparence, oui! Mais attention, car à un moment donné, on ne pourra plus trouver de mandataires sociaux pour les entreprises françaises. Parce que les gens ne voudront plus, il y aura trop de risques.




Retrouvez l'intégralité de cette interview sur www.lejournaldesentreprises.com, édition Ille-et-Vilaine.