Tout juste labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant, France Hélices revendique désormais son ancrage local en apposant la mention "made in Cannes" sur ses hélices, notamment celles destinées à l'international. Une façon de marquer les 40 ans de ce fleuron de l'industrie cannoise crée en 1977 par Paul Bezzi qui, il y a peu, a passé la main à ses filles, Laetitia et Emmanuelle. Elles héritent d'un groupe leader dans son domaine, la propulsion marine, qui commercialise chaque année 20.000 hélices de par le monde équipant aussi bien le petit remorqueur de port que le ferry, emploie 41 personnes sur 3 sites (dont une filiale italienne) pour un chiffre d'affaires 2016 de 6,1 million d'euros (RN positif). Charge à elles de poursuivre l'histoire, selon toutefois une équation légèrement différente.
Voir plus grand
Car la crise de 2008 a bouleversé le marché nautique, notamment le segment de la plaisance (spécialité du site cannois) où la vague des rafiots de 12-15 mètres a été submergée par celle des bateaux de plus de 40 mètres. « En dix ans, on est passé de 200 unités produites annuellement à 2.000 », explique Paul Bezzi. Conséquence pour France Hélices : l'obligation de s'adapter à cette tendance de fond « en augmentant la taille moyenne de nos produits et en se donnant de nouveau la possibilité de servir les unités de plus de 120 mètres », complète Emmanuelle, directrice commerciale et marketing. Car la fermeture fin 2016 de son site de production francilien qui abritait quelques-unes de ses plus grosses machines-outils a accentué la problématique foncière du groupe. Tant à Concarneau, en Bretagne, site acquis en 1991 et orienté vers l'activité pêche et matériel professionnel, où la PME prévoit la construction, à partir de 2018, d'un nouveau bâtiment budgété à environ 1 million d'euros. Qu'à Cannes où, après trois ans de recherches infructueuses, une solution serait en passe d'être trouvée par l'intermédiaire de la Ville. A savoir, « un terrain de 2.900 m² situé à proximité du site actuel qui permettrait de doubler la surface des locaux et de créer une dizaine d'emplois supplémentaires », détaille Paul Bezzi qui espère signer l'accord avant la fin de l'année. France Hélices y consacrera au total une enveloppe de 2 millions d'euros.
Le numérique, évidemment
L'évolution du marché impose aussi au groupe azuréen de s'adapter à de nouveaux challenges techniques. Une formalité pour cet expert de la propulsion marine qui, très vite, a misé sur la qualité et le savoir-faire pour résister à une concurrence asiatique des plus agressives. Et qui investit donc chaque année de 4 à 5% de son chiffre d'affaires dans la R&D. « France Hélices est le seul fabricant dans son domaine à réunir sur le même site toutes les compétences possible en matière de technologie numérique », revendique Emmanuelle Bezzi dont la dernière acquisition tient en une imprimante 3D permettant de fabriquer des modèles pour hélices pouvant mesurer jusqu'à 3 mètres de diamètre. « Il s'agit à la fois d'améliorer le rendement tout en se projetant vers l'avenir ».
Booster l'export
Et l'avenir, pour France Hélices, c'est l'export. Le groupe y a réalisé, en 2016, 44% de ses facturations. Bien mais peut mieux faire. D'où la structuration, toujours en 2016, d'une cellule dédiée et l'intégration, cette année, à un programme Coface pour cibler quatre marchés spécifiques : Taïwan, la Turquie, l'Espagne et les Emirats. « L'objectif est d'accélérer les exportations pour compenser la faiblesse du marché hexagonal où deux de nos produits phares, les drives de surfaces et les hélices classe S dédiés aux bateaux rapides, ne trouvent pas preneurs alors qu'en Chine, oui. Et ce malgré le prix. Comprendra qui pourra », sourit Emmanuelle Bezzi.