Qui dit encore que les passerelles sont trop rares entre le monde de l'université et celui de l'entreprise? La démarche globale de l'Université de Strasbourg (UdS) tend à prouver le contraire. Dernier exemple en date: la validation, le mois dernier, du principe d'une formation diplômante en trois ans, en partenariat avec l'École de management de Strasbourg. Sa colonne vertébrale : une entreprise créée par les étudiants eux-mêmes. «Attention, il s'agit d'une véritable entreprise, avec des statuts déposés, qu'ils auront la charge de développer au long des trois ans que dure la formation», détaillent Philippe Kuhn et Olga Bourachnikova, deux des cofondateurs de Team entrepreneurs Alsace.
Une pédagogie née en Finlande
Cette pédagogie innovante, née en Finlande il y a plusieurs années, a trouvé écho dans plusieurs pays d'Europe. En France, une école privée angevine l'a déjà mise en place en 2009. «Nous voulons prouver que cela peut aussi marcher dans le public», explique Olga Bourachnikova, enseignant chercheur, responsable du master entrepreneuriat en PME à l'EM Strasbourg, «c'est une petite révolution des esprits», ajoute-t-elle. Démarrage en septembre prochain donc, avec une première promotion qui devrait réunir une quinzaine d'étudiants. Plutôt jeunes, d'ailleurs. « Il s'agira d'élèves n'ayant pas forcément trouvé leur voie après le bac ou ayant échoué en licence, mais avec une forte motivation et un esprit entrepreneurial. Un entretien de motivation permettra de jauger leur maturité et leur capacité à travailler en équipe», annonce Philippe Kuhn. Chacun mettra une cinquantaine d'euros au capital de l'entreprise. Son objet et le secteur, a priori plutôt les services, seront déterminés au cours des premiers mois par les élèves, sous le contrôle des professeurs de l'université et des coachs, issus de l'association.
Coaching et cours
«Les élèves fonctionneront en mode projet et passeront à ce titre beaucoup de temps sur le terrain, à développer l'entreprise, trouver des prestataires, des clients. Ils passeront également par tous les postes d'une entreprise», raconte Olga Bourachnikova. Leurs semaines seront rythmées par des séances de coaching collectif et des cours dispensés par les enseignants de l'UdS, selon les besoins. Au terme des trois années, l'entreprise pourra éventuellement être reprise par les élèves ou par des investisseurs (Team entrepreneurs compte des membres d'Alsace business angels...). Cette formation s'inscrit comme une brique dans le projet Etena (cf. JDE numéro 40). «Un jeune sur deux a envie de créer son entreprise. Nous sommes là pour transformer cette envie en projet», conclut Olga Bourachnikova. L'inscription dans un cadre public de cette vision plutôt libérale de la formation témoigne effectivement d'une profonde évolution de l'université. La proximité historique de l'EM Strasbourg et de l'UdS n'y est sans doute pas étrangère.