Football : Quatre PME dopées par l'Euro 2016

Football : Quatre PME dopées par l'Euro 2016

Quel est le point commun entre l'hôtel Servotel St-Vincent, la maison d'édition Apicoove, l'entreprise de maquillage Imalis et la société d'intérim Proman ? Ces PME régionales vont toutes profiter de l'Euro 2016, organisé du 10 juin au 10 juillet dans dix villes hôtes françaises, dont Nice et Marseille. Rencontre...

A qui profite l'Euro 2016 ? Au-delà des géants du BTP, chargés de la construction ou de la rénovation des grands stades hôtes de la compétition, l'événement profite à de nombreuses entreprises. Selon l'Euro 2016 SAS, la société en charge de l'organisation de la compétition pour le compte de l'UEFA, 58% des entreprises sont françaises. Des grands comptes nationaux bien sûr, mais aussi des PME locales. La preuve par quatre.

Apicoove

Sélectionnée en début d'année 2015 par le jury de l'UEFA Euro 2016 pour réaliser un jeu de plateau aux couleurs de l'événement, la jeune maison d'édition Apicoove, basée à Ollioules et La Ciotat, a lancé son jeu sous licence UEFA Euro 2016 en octobre 2015. Ce jeu de société ludo-éducatif et culturel a été baptisé « Le Grand jeu ». Disponible à la vente auprès de 15.000 Maisons de la presse et quelques petits réseaux de vente, comme le Bonhomme de Bois, le jeu n'a pas séduit les grands noms de la distribution. « Les niveaux de vente sont bien inférieurs à nos attentes. Les grands acteurs de la distribution que nous attendions n'ont pas joué le jeu. Nous espérons être présents aux abords des fan-zones pour faire quelques ventes directes », confie son dirigeant Guillaume Nanot. Si les ventes ne sont pas au rendez-vous, l'obtention de cette licence a néanmoins propulsé la jeune start-up Apicoove sur le devant de la scène. « Alors que nous n'existons que depuis 2013, nous avons gagné une crédibilité rapide et importante auprès de la profession. Nous avons franchi un cap, passant de 80 K€ de chiffre d'affaires en 2014 à plus de 315 K€ en 2015. Cette année, nous espérons réaliser entre 1,5 et 2 M€ de CA », détaille le dirigeant. La jeune entreprise, spécialiste des jeux promotionnels "Made in France" et fabriqués avec des matériaux recyclables dans une démarche éco-responsable, a fait l'acquisition d'autres licences : La Vache qui rit et le Tour de France. « D'autres licences sont en cours de négociation et nous espérons convaincre de très grands noms ».

Servotel St-Vincent

Dans le quartier Saint-Isidore, à deux pas du stade niçois, le Servotel St-Vincent, établissement hôtelier 4 étoiles de 88 chambres, accueillera le staff de l'Euro 2016 pendant toute la durée de la compétition. Soit entre 60 et 90 personnes selon les jours et les matches programmés. « Nous avons été approchés par l'UEFA il y a deux ans », racontent ses propriétaires-exploitants Denis et Sylvie Cippolini, qui recueillent là les fruits d'un positionnement stratégique dans l'accueil des sportifs de haut niveau initié dès 2003. « A l'époque, le quartier n'était pas encore dans la dynamique Eco-Vallée et, pour générer des flux, il fallait trouver une niche ». Cette année, l'hôtel familial a accueilli quatorze des dix-huit équipes de la Ligue 1 de football, trois équipes de cyclistes du Paris-Nice et, dès septembre, les équipes italiennes et finlandaises de l'édition 2016 du championnat d'Europe de cyclisme qui se déroulera dans la capitale azuréenne. Une clientèle qui demande un savoir-faire particulier, notamment en termes d'accueil et de restauration. Pour le staff de l'UEFA, pas de cahier des charges précis, si ce n'est « une amplitude horaire élargie des services de restauration et d'entretien qui nécessitera le renforcement des effectifs ». Et, à la clé, un contrat de 300 K€ pour le seul hébergement. « C'est 10% de notre chiffre d'affaires annuel», précisent les dirigeants qui, au-delà du montant, voient dans cet Euro 2016 l'occasion de « stabiliser l'image et la crédibilité du Servotel St-Vincent auprès des sportifs et de l'UEFA. » Cette dernière les a, par ailleurs, déjà consultés dans le cadre de l'Europa Ligue que disputera l'OGC Nice la saison prochaine.

Imalis

La société Imalis, basée à Aix-en-Provence, a vu le jour en 2004, créée par Pierre Maillé. L'entreprise a imaginé commercialiser un fanbrush, un crayon multiligne destiné aux supporters leur permettant de se maquiller aux couleurs de leur pays ou de leur club préféré. « Je suis informaticien de formation. J'ai un jour eu cette idée et je l'ai brevetée », confie le dirigeant qui revendique un produit "Made in France". L'entreprise ne compte que trois salariés et pilote la fabrication et la commercialisation dans de nombreux pays. « Nous sommes présents surtout en Europe, mais nous avons eu aussi des ventes au Brésil, en Russie et nous débutons les Etats-Unis ». Outre-Atlantique, l'absence de clubs de football a conduit la PME à élargir son concept. « Nous proposons nos produits dans le cadre d'événementiels liés au sport ». Pour Imalis, le concept dépasse le football. « Nos produits tendent à associer émotion et couleur. Dès que la couleur a un sens, nos produits peuvent être distribués. Il y a le sport mais aussi les fêtes de rue, par exemple ». Les participants de gay pride sont ainsi également de gros consommateurs des fanbrush. Toutefois, l'Euro 2016 a largement contribué à doper les ventes de l'entreprise. « Nous avons d'ores et déjà vendu 2 millions de produits. Nous avons travaillé en flux tendu depuis six mois afin de livrer les clients ». Pierre Maillé avoue avoir même dû refuser des commandes. En revanche, son entreprise, grâce au "Made in France", pourra fournir des kits jusqu'au dernier moment, ce que ne peuvent pas faire certains concurrents asiatiques. Les couleurs d'Imalis sont vendues en grande distribution (Monoprix, Auchan, Cora, Leclerc, Carrefour, System U...) et sont également commandées par de grandes entreprises, sponsors sportifs « Pour nous, des événements comme l'Euro 2016, qui plus est en France, sont bien évidemment majeurs pour notre activité ». L'entreprise enregistre entre 600 et 700 K€ de chiffres d'affaires selon les années.

Proman

Le groupe d'interim Proman, basé à Manosque et fondé voici vingt-cinq ans par Roland Gomez, qui le dirige aujourd'hui avec son fils, a emporté le titre de recruteur officiel de l'Euro 2016 au terme de huit mois de négociations. « L'entreprise familiale a su rester indépendante depuis ses débuts. Nous avons fait les bons choix et déployé notre réseau en fonction des opportunités pour créer un maillage fort », explique le dirigeant. Une proximité qui a joué en sa faveur. L'entreprise compte en effet 250 agences en France, dont 42 en région Paca qui génère à elle seule près de 200 M€ pour un chiffre d'affaires global atteignant le milliard d'euros. Pour l'Euro 2016, ce sont donc 5.000 postes que Proman a dû fournir dans les dix villes hôtes de la compétition : chauffeurs, agents de sécurité, hôtesses, restaurateurs... A Marseille, 600 recrutements ont été organisés. A Nice, 400. Proman a par ailleurs signé, aux côtés du Ministre du Travail et de l'Emploi, une convention visant à pérenniser les postes à l'issue de la compétition. L'Euro 2016 devrait apporter à l'entreprise, nº5 français du marché de l'intérim, une notoriété qui lui faisait encore défaut au regard de ses trois grands concurrents du secteur (Adecco, Manpower et Randstad), en France et à l'international où Proman commence à se déployer suite aux rachats du groupe britannique Heads et du Suisse AAZ Emplois.