Après les promesses de campagne, place à l'action. Le nouveau président de la République tout juste élu, nous avons interrogé les représentants locaux des syndicats patronaux pour connaître les mesures prioritaires qu'ils souhaitent que le gouvernement prenne. Évidemment, leurs voeux ne sont pas vraiment en phase avec les propositions du candidat-président socialiste. Pourtant, ils fondent de grands espoirs sur le climat des affaires et le retour à des relations de confiance entre État et PME.
1. Instaurer des relations de confiance
«Ce que l'on demande au nouveau président, c'est qu'il tienne ses promesses, argumente François Turcas, président de la CGPME du Rhône. Nous avons besoin de stabilité et de visibilité sur le quinquennat. Il est intolérable d'avoir connu cinq plans budgétaires en cinq ans! La crise de confiance et la chute des investissements des entreprises viennent de là!» Bernard Fontanel, président du Medef Lyon-Rhône, attend lui aussi que le nouveau gouvernement envoie des signaux favorables aux entreprises, pour «nous remettre en situation d'avoir confiance». Parmi ses propositions: que «le code du travail, très contraignant pour le chef d'entreprise, ne soit plus une machine à licencier», mais au contraire une machine à créer de l'emploi. «Il faut de la souplesse, faire comprendre aux entreprises qu'on compte sur elles pour redresser le pays. Pour cela il faut donner un horizon où l'entreprise aura la capacité de s'exprimer. Il est nécessaire d'arrêter l'inflation législative dans les domaines fiscal et social.»
2. Réduire les taxes
La baisse de l'imposition et des prélèvements sociaux des entreprises est en ligne de mire des syndicats patronaux. François Turcas se réjouit pour sa part que la progressivité de l'impôt soit actée. «François Hollande a retenu quinze de nos propositions. L'impôt devrait être de 15% pour les TPE, 30% pour les PME et 35% pour les grandes entreprises, contre 8% actuellement!
La France compte 2,5millions d'entreprises mais 96% emploient moins de 50 salariés et la CGPME est très représentative de cette configuration. La mise en place de l'impôt progressif est le début du small business act à la française.» Un SBA, compatible avec l'Europe, qui distinguerait les PME des grands groupes. «Les PME de quartier et les multinationales n'ont pas les mêmes charges et les mêmes devoirs, souligne François Turcas. Il faut concevoir des lois adaptées aux TPE et PME et leur donner des moyens administratifs. De plus, il faut que 25 à 30% des marchés publics leur soient réservés.» Bernard Fontanel est bien plus dubitatif sur les propositions faites par le nouveau président et craint que le «matraquage fiscal» soit reparti. «Je ne crois pas au redressement de la France dans la situation financière qui est la nôtre, avec les charges qui pèsent sur les entreprises». Quels seraient les taux acceptables? «Les prélèvements sociaux devraient être ramenés au niveau de ceux de l'Allemagne, voire inférieur. Notre Smic était 10% inférieur à celui de l'Allemagne au début des années 2000, il est désormais 8% plus cher ! Il est dommage que la TVA sociale ait été proposée tardivement car si nous ne sommes pas capables de réduire le taux de prélèvements, nous aurons du mal à redresser la situation».
3. Relancer l'emploi
En matière d'emploi, François Turcas se félicite des promesses sur l'intergénération. «Un million d'entreprises n'a pas de salarié en France! Exonérer de charge sur le premier emploi jeune ou senior pendant trois ans est une excellente idée. Je suis certain que 300.000 entreprises ont la possibilité d'embaucher une personne.» Déçu également que la TVA sociale ne se fasse pas, il aurait aussi apprécié la conduite d'accords de compétitivité emploi branche par branche. Le Medef Lyon-Rhône, très impliqué dans le développement de l'apprentissage, aimerait que ce type de formation soit encore plus promu. «La taxe d'apprentissage repose sur les salaires des entreprises de plus de dix salariés. Or elle n'augmente plus en volume car ce sont les entreprises qui ont été les plus touchées par des pertes d'emploi!» L'abandon des 35heures est, pour Bernard Fontanel, l'un des éléments clés du retour à l'emploi: «Les entreprises embauchent quand les conditions économiques sont favorables. Or, la désindustrialisation a démarré il y a quinze ans avec la mise en place des 35heures. Aujourd'hui, nous devons faire des réformes structurelles pour adopter les mêmes modes de fonctionnement que nos voisins européens et construire une plateforme commune.»
4. Mettre fin aux aides
François Turcas et Bernard Fontanel sont unanimes pour rejeter les subventions de toutes sortes. Les cas du bâtiment ou du photovoltaïque, qui ont connu de fortes croissances dans notre région avant de subir des coups d'arrêts brutaux avec la fin des aides gouvernementales, ont laissé des traces. «Nous sommes contre les subventions, nous voulons simplement de la visibilité sur cinq ans, appuie François Turcas. Ce n'est pas à l'État d'encourager tel ou tel secteur. Il faut laisser les chefs d'entreprise décider.» «Il n'y a pas plus pervers que les aides, j'y suis opposé, renchérit Bernard Fontanel. Ce n'est pas sérieux de vivre sous perfusion fiscale.» Toutefois, il y a une aide que les deux présidents ne veulent pas toucher: le crédit impôt recherche. «Le CIR va être étendu aux TPE et PME, il aura une présentation simplifiée qui en facilitera l'accès, c'est très bien», reconnaît François Turcas. Bernard Fontanel ajoute que «les entreprises devraient être moins imposées quand elles investissent et remontent leur résultat dans le haut de bilan, car c'est une façon de les sécuriser.Car l'innovation est forte en France: on dépose beaucoup de brevets, notamment en Rhône-Alpes. Mais ensuite la fabrication se fait ailleurs. Il faut donc maintenir le soutien à l'innovation et favoriser la production en France».
5. Faciliter l'émergence d'ETI
«L'innovation est avec la formation et l'international les trois mots majeurs qui doivent être développés dans ce quinquennat, ajoute François Turcas. Il faut ouvrir les pôles de compétitivité aux PME-PMI et associer les cadres d'ETI car ils ont les moyens de faire de la recherche et tirent dans leur sillage des PME-PMI qu'ils connaissent bien puisqu'ils sont issus de la même base. De plus, les ETI exportent plus facilement leurs produits nouveaux. Il faudrait mutualiser des PME-PMI pour en faire des ETI et que tout le monde profite de cette nouvelle vague.» Mais, d'après Bernard Fontanel, rien n'est fait pour laisser les PME devenir des ETI. «Il est difficile de gérer la croissance. Quand vous créez une entreprise qui connaît une belle croissance se pose la question de la transmission. Or celle-ci a un coût trop élevé. Bien souvent, plutôt que d'être transmises et de continuer à croître, les PME sont donc reprises par des grands groupes.Si François Hollande introduit une tranche d'imposition à 75%, la situation sera pire encore.»
Les présidents du Medef Lyon-Rhône et de la CGPME du Rhône attendent beaucoup du nouveau quinquennat.Ils évoquent les orientations prioritaires que doit prendre le gouvernement pour reconstituer un contexte favorable au développement des entreprises locales. Idées croisées.