Finistère : TOWT : le transport toutes voiles dehors

Finistère : TOWT : le transport toutes voiles dehors

Depuis Brest, Transoceanic Wind Transport surfe sur un marché de niche : le transport de marchandises à la voile. Créée en 2011 sous la houlette de Guillaume Le Grand et Diana Mesa, la jeune entreprise ne cesse de se développer et a des projets plein les soutes.

Utiliser un mode de transport du 19ème siècle à l'heure des super-vraquiers et des semi-remorques? C'est le pari un peu fou de Guillaume Le Grand et Diana Mesa, les co-fondateurs de Transoceanic Wind Transport. Et ça marche : de 60.000€ de chiffre d'affaires en 2013, TOWT est passée en Sarl l'année dernière et boucle son premier exercice à 250.000€ de CA. « On vient de livrer 2,5 tonnes de Real ale à Plymouth», sourit Guillaume Le Grand, qui emploie actuellement cinq salariés. Et s'il affrètte régulièrement six à sept navires, il est aussi devenu depuis peu co-armateur d'un "vieux gréement", terme un peu galvaudé auquel le dirigeant préfère celui de "voilier de travail".




Transatlantique, transmanche, cabotage...
« On a fait deux transatlantiques l'année dernière : on a transporté du café de république Dominicaine qu'on fait ensuite torréfier en Bretagne, des fèves de cacao, du thé des Açores... On aussi fait une dizaine de transmanche chaque année, durant lesquelles on transportée de la bière, du vin biodynamique, du cidre cornouaillais, du thé ou encore des conserves... Mais on fait aussi du cabotage transrégional : de Paimpol à Bordeaux avec une dizaine d'escales, pour transporter du Muscadet, du Cognac, etc. On exporte aussi du vin vers le Danemark et on est en train d'ouvrir une route depuis le Portugal et jusqu'à la Finlande».




Ouverture d'une boutique en mai à Douarnenez
Et si son premier métier est le transport de marchandises à la voile, TOWT verse aussi dans le négoce en compte propre (40% de l'activité), et annonce d'ailleurs l'ouverture d'une boutique mi-mai à Douarnenez, son port d'attache. « On va aussi lancer notre propre marque de rhum agricole pour l'été, et importer du vin et de l'huile d'olive de Porto et du vin de Madère», ajoute le gérant qui, son diplôme de Sciences-Po en poche, est passé par Berlin et Londres avant de s'installer à Brest.




Bilan carbone et label "Transporté à la voile"
« On est bien conscient que ça peut sonner comme un anachronisme d'utiliser un voilier pour transporter des marchandises au 21ème siècle, admet Guillaume Le Grand, mais le fait est que 90% des produits de consommation transitent par la mer, et que le transport maritime représente 5% des émissions de CO2 au niveau mondial. Transporter des marchandises à la voile permet de réduire ces émissions de façon drastique : entre 50% et 90% par rapport à un mode de transport conventionnel».

Autre avantage : les marchandises transportées à la voile bénéficient d'un label établi par TOWT, et que les brestois sont actuellement en train de faire certifier.

« Les consommateurs peuvent retracer la route empruntée par le produit qu'ils viennent d'acheter, via un site web. Pour nos clients, ça permet de créer une vraie histoire autour de leurs produits... Bien sûr, on est 20% à 50% qu'un mode de transport traditionnel, et les délais de livraison sont plus ou moins longs en fonction de la météo, mais ça fait partie du concept et nos clients le comprennent tout à fait »,.




Projet de « voilier-cargo» en étude

Un concept qui ne séduit pas que les clients : TOWT, hébergée à l'hôtel d'entreprises de Brest Métropole, a été lauréate du Réseau entreprendre et d'Initiative Pays de Brest. Mais les brestois voient plus grand : « on est en train de plancher sur un nouveau concept de "cargo-voilier" d'une capacité de 1.000 tonnes pour transporter des produits à très forte valeur ajoutée », confie Guillaume Le Grand. « On travaille actuellement sur les plans car on n'en est encore qu'à la phase d'étude, mais ce serait une première mondiale ! », sourit le gérant, qui cherche des partenaires financiers, industriels et commerciaux pour ce projet lauréat d'un appel à projets de l'ADEME dans le cadre des investissements d'avenir, et estimé à une dizaine de millions d'euros. À bon entendeur...