Le secteur du bâtiment connaît un fort ralentissement depuis 2008. Quelle est la situation en Haute-Normandie ?
En sept ans, le secteur du bâtiment a perdu presque 7.000 emplois, en Haute-Normandie. Sur douze mois à fin juillet, les logements mis en chantier sont en baisse de -11,4% (France -5,5%, Ndlr), les logements autorisés à -7,9% (France -7,9%, Ndlr), la surface de locaux autorisés chute de -20,1% (France -10,7%, Ndlr) et les emplois salariés dans la construction ont perdu -3,4% (France -3,5%, Ndlr). C’est une situation dramatique et inquiétante qui perdure et qui correspond à une perte de chiffre d’affaires de plus de 20% combinée à une baisse de l’emploi de l’ordre de 9% pour notre secteur d’activité au niveau France depuis 2008. Ces chiffres montrent que l’on aura par définition des soucis de main-d’œuvre. La grande question dans le bâtiment est de savoir s’il faut essayer de conserver ses salariés dans les périodes difficiles ? Mais, après sept ans de crise, c’est compliqué.
Pourtant le Gouvernement met en place de nouvelles mesures comme le nouveau prêt à taux zéro…
Oui, cela va être un petit plus. Si on arrivait à retourner sur 380.000 mises en chantier sur 2016, ce serait un bon début. Mais, l’objectif annoncé du Président de la République de 500.000 logements est encore loin. Trop de normes, de contraintes ont été mises en place qui renchérissent les coûts. Alors, ce prêt à taux zéro peut être une bonne chose pour les plus jeunes et dans l’ancien aussi. C’est en tout cas la preuve que le Gouvernement se rend compte que la construction en France est dans une situation dramatique. Et que ce que nous disions depuis des années à la FFB est arrivé.
Vous n’êtes pas optimiste pour 2016. Quelles sont vos attentes, les mesures à prendre ?
C’est vrai, nous n’attendons pas de rebond en 2016 et la commande publique va encore être grevée avec la baisse des dotations. Et puis, la confiance n’est pas là. Les règles sont trop dures et trop mouvantes. On en est au septième plan autour du bâtiment ! Ce dont nous avons besoin c’est d’un permis de construire plus clair, que ce soit moins la loterie. Car, c’est encore soumis à des décisions hors dossier et on a encore beaucoup de recours qui rallongent le temps des permis de construire. Le temps d’étude des commissions fait perdre deux mois. Il faut qu’on se mette tous autour de la table et qu’on décide des délais pour tous. Arrêtons de complexifier les choses.
La carte professionnelle qui sera en place au premier semestre 2016 sera une bonne chose. Elle disposera d’un QR code et sera gérée par les caisses congés. Un moyen de lutter contre les travailleurs détachés illégaux. Les travailleurs détachés du bâtiment sont actuellement estimés à près de 190.000 en France. Pour plus d’efficacité, la FFB réclame désespérément l’appui des Douanes pour effectuer davantage de contrôles, en particulier les fins de semaines et jours fériés. La grande question à se poser c’est, est-ce que l’on voudra mettre des travailleurs qu’on aura licencié dans des logements construits par des travailleurs détachés ?
Certaines entreprises semblent s’en sortir mieux. Comment l’expliquez-vous ?
Je vois plusieurs raisons. D’abord, il y a 120.000 ouvriers de moins dans le bâtiment, donc la charge des entreprises en rapport peut être meilleure. Nous avons de bons techniciens, c’est la force du bâtiment. Mais en plus, certains sont capables de défendre leurs prix, leurs savoir-faire, d’avoir une démarche commerciale. On relance le client, on s’intéresse à son budget, on est plus proche de son attente, plus à l’écoute. C’est une démarche que l’on retrouve dans les entreprises qui vont bien. Ce sont les mêmes qui laissent aussi souvent tomber les marchés qui ne parlent que d’argent.