Fessenheim, le nouveau Florange ?
# Production et distribution d'énergie

Fessenheim, le nouveau Florange ?

La centrale de Fessenheim va-t-elle fermer en 2018 ? C'était la promesse de François Hollande. En votant un accord d'indemnisation, le conseil d'administration d'EDF semble signer la fin de Fessenheim. Un dossier très politique à la veille de la campagne présidentielle.

Le conseil d'administration d'EDF s'est prononcé le mardi 24 janvier en faveur du protocole d'indemnisation proposé par l'État en prévision de la fermeture anticipée de la plus vieille centrale nucléaire de France : Fessenheim, dans le Haut-Rhin. Mise en service en 1977, la centrale nucléaire de Fessenheim devrait ainsi fermer en 2018. Cette date correspond à la mise en service de l'EPR de Flamanville 3 et, en conséquence, de l'arrêt d'une capacité de production équivalente. C'est ce qui résulte notamment de la loi du 17 août 2015 plafonnant à 63,2 GW la capacité de production d'électricité issue du nucléaire en France.

490 millions d'euros d'indemnisation

Alors que le comité central d'entreprise avait émis un avis négatif concernant l'indemnisation liée à une fermeture anticipée du site de Fessenheim, les membres du conseil d'administration d'EDF ont tranché et approuvé le protocole d'indemnisation. Dans un communiqué, EDF indique que le protocole prévoit le versement « d'une part fixe initiale couvrant l'anticipation des coûts à engager après l'exploitation (dépenses de reconversion du personnel, de démantèlement, de taxe INB (installation nucléaire de base) et de « post-exploitation »). Cette part fixe est estimée à ce jour à environ 490 millions d'euros avec une prévision de versement de 20 % en 2019 et 80 % en 2021 ». L'énergéticien évoque de plus une « part additionnelle variable donnant lieu le cas échéant à des versements ultérieurs, reflétant le manque à gagner pour EDF jusqu'en 2041 », dont le montant n'est pas communiqué. Dans ce contexte, les écologistes, à travers Europe Écologie les Verts, prônent l'arrêt immédiat des réacteurs et une fermeture de la centrale avant même la fin du mandat de François Hollande. Dans un communiqué, ils déclarent que « contrairement aux assertions d'EDF, le plafonnement de la part du nucléaire permet bien de fermer des centrales sans en ouvrir de nouvelles. Il sera inacceptable d'attendre l'improbable mise en service de l'EPR de Flamanville pour fermer la centrale de Fessenheim. L'indemnisation accordée par l'État à EDF est manifestement excessive : elle est en réalité calculée pour couvrir un hypothétique manque à gagner si la centrale était exploitée pendant 60 ans, alors que d'une part, rien ne dit que l'Autorité de sûreté nucléaire n'accorderait une telle prolongation, et d'autre part, que les investissements ont été calculés sur une durée d'amortissement de 40 ans ! Il s'agit donc d'une subvention cachée ».

« Une perte de 2000 emplois »

À l'annonce de ce vote, Éric Straumann, président (LR) du Conseil départemental du Haut-Rhin, a rappelé « qu'une étude financière du cabinet Secafi avait montré que la perte de recettes pour EDF pourrait atteindre 6 milliards d'euros. [...] L'étude d'impact social réalisée par le cabinet Syndex, a évalué avec la fermeture la perte de 2 000 emplois dont la moitié chez les fournisseurs et les entreprises sous-traitantes ». Actuellement, le site de production nucléaire emploie 750 salariés. L'élu regrette par ailleurs l'absence d'indemnisation allouée au territoire concerné. Olivier Klotz, le président du Medef Alsace, indique quant à lui que « c'est une décision qui ferait plaisir à certains écologistes, mais si le site est réputé en état de fonctionner, je ne vois pas pourquoi il devrait s'arrêter. La centrale de Fessenheim est située à proximité de la Suisse, qui donne des leçons en faveur d'un arrêt du nucléaire. Pourtant, le pays dispose de centrales encore plus vieilles mais on n'en parle pas ». Les tranches 1 et 2 de la centrale de Beznau ont en effet été mises en service en 1969 et en 1971.

Une issue dans les urnes ?

De son côté, l'association « Fessenheim Notre énergie », en faveur du maintien de l'activité de la centrale, estime que « cette décision n'est pas compréhensible. Fessenheim est une centrale nucléaire intégrée dans le parc électronucléaire français, elle ne s'en distingue pas. L'Autorité de sûreté nucléaire la considère parmi les plus sûres. Les expertises montrent qu'elle est parfaitement rentable ». Son vice-président, Laurent Reynaud, précise que « les invitations adressées au président de la République et ses ministres pour ouvrir une discussion sont restées lettre morte. Nous ne trouvons pas d'autres explications que l'accord passé entre le PS et Europe Écologie les Verts en 2011. Nous ne comprenons pas pourquoi François Hollande maintient la pression. C'est un acharnement et une précipitation alors qu'il n'a plus rien à gagner à aller au bout. En revanche, nous, nous avons beaucoup à perdre, à commencer par 2 000 emplois dans notre bassin économique. De plus, dans un contexte de tension de la consommation d'énergie comme en période actuelle de grand froid, la fermeture de Fessenheim représente une perte de 11 à 12 térawattheure par an sur le réseau électrique. Nous attendons maintenant un changement de gouvernement lors des échéances électorales cette année ». Dans un climat de préparation à la course vers l'Élysée, le dossier Fessenheim pourrait bien revêtir les contours d'un nouveau Florange...

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