F : Saint-Geours : « Briser le cercle vicieux »

F : Saint-Geours : « Briser le cercle vicieux »

l'interview. À l'heure de l'élection de Pierre Gattaz à la tête du Medef, le patron de la puissante fédération de la métallurgie dresse le constat d'une France en panne de compétitivité.

Lors de la campagne pour la présidence du Medef, vous aviez évoqué le risque pour la France « d'être reléguée en deuxième division ». Qu'est-ce qui freine selon vous la compétitivité des entreprises françaises ?
Au printemps 2012 l'UIMM avait finalisé en amont de l'élection présidentielle un Pacte social pour une industrie compétitive. Le constat fait à l'époque appelait à des changements nécessaires et radicaux qui le sont encore plus aujourd'hui car la crise s'est approfondie. Plus personne ne conteste d'ailleurs qu'elle est devenue structurelle.
Comment cela se matérialise-t-il ? Depuis un an, les entreprises ont arrêté d'investir, alors même que notre outil industriel est vieillissant avec un âge moyen supérieur à celui de nos principaux concurrents européens. La robotisation est par exemple deux fois moins importante en France qu'en Italie et quatre fois moins qu'en Allemagne ! C'est très préoccupant car ce retard ne cesse de s'approfondir.
Comment sortir de ce schéma que vous décrivez ?

C'est un cercle vicieux. Le constat est simple : les marges des entreprises sont insuffisantes et elles sont même à leur plus bas niveau depuis 40 ans ! Or, sans marges, pas d'investissement, donc pas de compétitivité future, pas de capacité de développement et, in fine, pas d'emploi. Ce cercle vicieux, il faut le briser.
Quelle solutions préconisez-vous ?
Je crois qu'il est nécessaire d'insister sur le climat qui règne actuellement. Les chefs d'entreprises se sont arrêtés d'investir aussi pour des raisons qualitatives, or ces derniers ont besoin de perspectives claires sur l'avenir. La manière dont ils pensent que les pouvoirs publics vont travailler avec eux est essentielle. Or, nous vivons une période porteuse de messages contradictoires, avec d'un côté le CICE et de l'autre le projet de taxe à 75 %. Ce dont ont besoin les entreprises, c'est de projections à moyen terme et de flexibilité.
Le CICE et les Contrats de génération, sont-ils à ce propos de nature à redonner confiance aux chefs d'entreprises ?
Soyons clairs : les contrats aidés, c'est un dispositif traditionnellement utilisé en période de crise qui a une portée extrêmement temporaire. S'agissant du CICE, on peut dire que c'est une mesure qui va dans le bon sens. Mais au final, cela ne fait que compenser les augmentations de taxes et prélèvements mis en oeuvre depuis plusieurs mois. C'est une simple remise à niveau.
Le « choc de compétitivité » n'est donc, selon vous, pas au rendez-vous ?
Prenons l'exemple du système de financement de la protection sociale qui repose essentiellement sur les cotisations sociales assises sur les salaires. Pour gagner en compétitivité, le plus simple serait de transférer ces cotisations sur d'autres sources de financements. Nous estimons que les entreprises auraient besoin d'un choc de compétitivité de 30 à 50 milliards d'euros. Le produit d'une telle mesure permettrait une amélioration des marges des entreprises, une baisse du coût du travail, et donc des créations d'emplois.
La BPI est-elle une réponse efficace aux attentes des chefs d'entreprises ?
Il va falloir attendre un peu pour en juger
. Il ne faudrait pas que la BPI soit seulement une structure de plus. L'intérêt c'est que l'on a probablement avec la BPI un établissement qui permettra de répondre à tous les besoins des entreprises, en termes de financement, d'aide aux exportations ou encore d'aide de structuration. Le second intérêt c'est qu'il y a des correspondants régionaux.
Êtes-vous satisfait des conclusions de la Conférence sociale ?
A l'UIMM, nous nous sommes battus pour que la question de la compétitivité et celle de la réforme du financement de la protection sociale soient sur le devant de la table. Au final, le sujet a été abordé, mais de façon un peu rapide. Ce qui nous a gênés à propos de la discussion sur les retraites, c'est que le sujet de l'allongement de l'âge de départ ne soit abordé ni dans le rapport Moreau ni dans la feuille de route du Gouvernement, alors que l'on sait qu'il faut combiner âge de départ et durée de cotisation. Concernant la formation professionnelle, nous sommes également déçus que le sujet n'ait pas été traité à la hauteur de l'enjeu.
De votre côté, seriez-vous prêts à faire des concessions sur l'augmentation des cotisations ?
Nous y sommes clairement opposés. On ne peut pas augmenter encore le poids des cotisations sociales. Ce serait se tirer une balle dans le pied ! À moins d'un rééquilibrage lié au transfert des cotisations sociales vers d'autres sources de financement.
Lors de la conférence sociale, François Hollande a mis l'accent sur les emplois non-pourvus. Existe-t-il une solution miracle ?
La non-adéquation vient d'abord de l'appareil de formation initiale, j'entends le collège et le lycée. Il faut se poser la question de savoir comment les élèves sont formés et orientés. La formation professionnelle ne peut pas corriger 100 % des lacunes des élèves qui sortent du secondaire. S'agissant des postes non-pourvus, la question est de savoir si les demandeurs d'emplois peuvent les occuper. Il faut bien regarder la nature des emplois en question, identifier ceux qui en sont le plus proche en termes de compétences et leur proposer une formation professionnelle appropriée. À former juste pour former, on risque une forte déperdition. Entre 35 et 40 % des demandeurs d'emplois qui font une formation mettent plus de six mois à trouver un emploi. Le système dysfonctionne clairement.
L'élection de Pierre Gattaz marque-t-elle le grand retour de l'UIMM au sein du Medef ? C'est avant tout la reconnaissance du fait que l'entreprise est vraiment l'élément qui va permettre à la France de sortir de la crise. L'UIMM et Pierre Gattaz ont d'ailleurs voulu dans leur campagne remettre les entreprises au coeur du débat politique. C'est aussi le signe que nous avons réussi à constituer une réelle unité patronale essentielle dans le dialogue avec les pouvoirs publics et les organisations syndicales.


Propos recueillis parGuillaume Ducable