Dans le Finistère, sous le château d’eau de Ploudalmézeau, l’entreprise familiale Énergie Transfert Thermique (ETT) est en train de franchir un cap technologique majeur. Spécialiste depuis 1979 de la conception, la fabrication et l'installation de systèmes de climatisation, chauffage et ventilation à haute performance, cette ETI de 375 salariés a fait de l’intelligence artificielle (IA) son nouveau levier de croissance.
Pilotage des machines, organisation de la maintenance et jumeau numérique
Grâce à un système de supervision installé sur ses machines depuis dix ans, l’entreprise collecte 400 paramètres de fonctionnement toutes les dix minutes pour chaque équipement installé dans le monde. "Ces datas sont une mine d’or pour l’IA, le champ des possibles est très large", se réjouit Antoine Millot, directeur général d’ETT.
Cette stratégie en matière d’IA s’articule en trois phases : le pilotage intelligent des machines via les datas qui permettent d’analyser les conditions de fonctionnement ; l’analyse des problématiques rencontrées par les machines pour ajuster les périodes de maintenance et organiser ainsi la maintenance prédictive ; créer un jumeau numérique du bâtiment équipé pour anticiper le fonctionnement des équipements, notamment en fonction de l’isolation.
L'IA permet de réaliser 50% d'économies d'énergies
"Un équipement bien piloté permet déjà de faire 30 % d’économies d’énergie. L’intégration de l’IA nous permettra d’optimiser l’ensemble pour arriver à 50 % d’économie", souligne Antoine Millot. Ces projets autour de l’IA sont déjà entrés dans une phase concrète. ETT vient ainsi de remporter un appel à projets avec l'Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) pour la réalisation du Roof top du futur, dopé à l’IA. La révolution IA offre de nouvelles perspectives de business à l’entreprise nord finistérienne, qui souhaite renforcer l’accompagnement de ses clients autour du suivi d’exploitation des machines. "Sur les pompes à chaleur, nous allons proposer des contrats de service après un audit de fonctionnement des équipements. Grâce au monitoring et à l’IA, il devient vraiment possible d’anticiper les pannes", explique le directeur général.
Un pionnier discret de l’efficacité énergétique
L'intégration de l'intelligence artificielle nourrit les perspectives de croissance de l'ETI. Déjà les 18 000 m² d'ateliers d’ETT impressionnent dans le paysage agricole de Ploudalmézeau. Depuis plus de 45 ans, l’entreprise conçoit des équipements sur-mesure pour l’industrie, l’aéronautique, les grandes surfaces, l’hôtellerie ou encore les équipements de loisirs. Avec un chiffre d’affaires de 72 millions d’euros en 2024 (+ 10 % sur trois ans), ETT exporte 20 % de sa production, notamment via ses filiales en Pologne, au Kazakhstan et bientôt en Roumanie. Elle est aussi active au Brésil et au Portugal. "Nous serons 400 collaborateurs d’ici la fin de l’année, portés par une croissance continue et forte ces dernières années en lien avec la transition énergétique", explique Antoine Millot, qui a repris en 2024 les fonctions de son père, Yves Millot, aujourd’hui président de l’entreprise.
Des innovations en matière de RSE
A l'image de ce qu'elle fait aujourd'hui avec l'IA, ETT parie depuis de nombreuses années sur l'innovation. Ce qui a généré plusieurs avancées en matière de RSE.
"Les équipements que nous proposons, tous intégrés dans des caisses en aluminium 100 % recyclables, sont durables et le niveau de performance autorise des économies d’énergie de 30 à 40 % par rapport à des systèmes de production de chaud ou de froid classiques, explique le directeur général. Notre matériel est un peu plus cher à l’achat mais les gains énergétiques réalisés permettent également à nos clients d’alimenter leur politique RSE (responsabilité sociétale des entreprises) et de renforcer leur image, créant ainsi une vraie dimension vertueuse."
"Nous assurons une veille technologique rigoureuse pour saisir toutes les opportunités d'évolution de nos produits."
Par ailleurs, l’entreprise a été, en 2021, la première au monde à industrialiser en série le fluide frigorifique plus écologiques (le R32) à l’ensemble de ses équipements, permettant de diviser par trois l’impact sur l’effet de serre par rapport au fluide utilisé auparavant (le R410). "Nous assurons une veille technologique rigoureuse pour saisir toutes les opportunités d’évolution de nos produits", indique Antoine Millot. Les progrès ne s’arrêtent pas là car, grâce à son pôle de recherche et développement, à son bureau d’études et à l’agilité d’une structure de taille moyenne, ETT a mis au point un système de climatisation en pré-série fonctionnant au propane (R290), installé en roof-top sur un site industriel. C’était là encore une première mondiale sur ce type d’équipements fonctionnant au propane, qui divise par 30 000 l'impact sur l'effet de serre par rapport au R410. "Si des réticences demeurent du côté des industriels sur l’utilisation de ce produit inflammable, le propane est clairement un fluide d’avenir", prédit Antoine Millot.
Nouveaux bureaux
La croissance de l’entreprise passe aussi par la modernisation du site : un bâtiment tout neuf de 2 000 mètres carrés vient de sortir de terre pour héberger les bureaux, les salles de pause de la production ont été refaites et un nouvel espace d’accueil est en cours de réalisation. Un investissement de 5 millions d’euros sur 2024/2025 qui permettra aussi à ETT de proposer à ses clients un parcours de visite axé sur ses valeurs et son expertise technologique. En parallèle, l’entreprise a racheté un bâtiment à proximité pour créer un centre de formation certifié Qualiopi. Il vise à accompagner la montée en compétences d’acteurs locaux de l’efficacité énergétique et de ses salariés. ETT entend bien prouver que le Nord Finistère peut être au bout du monde et à la pointe de la technologie, et que l’IA y trouve une application concrète, durable et porteuse de sens.