Le sprint final est lancé! Et le top départ, c'est le président de la République en personne qui l'a donné à Saint-Nazaire le 25janvier dernier. En dévoilant le contenu de l'appel à projet de l'État concernant le développement de parcs éoliens offshore en France, Nicolas Sarkozy a aiguisé un peu plus l'appétit des territoires concernés. Le choix des cinq premiers sites d'implantation est désormais connu et la Normandie se taille la part du lion avec 500MW à Courceulles-sur-Mer (14), 700MW au large duTréport et encore 500MW à Fécamp. Les deux derniers projets concernent quant à eux Saint-Brieuc dans les Côtes d'Armor et Saint-Nazaire en Loire-Atlantique.
Un comité de coordination trimestriel
Si élus et industriels n'ont pas attendu les annonces de l'État pour se lancer dans la course, ils veulent aujourd'hui mettre à profit les quelques mois qui viennent pour structurer de véritables filières industrielles capables de mobiliser le tissu local et, surtout, de faire venir les spécialistes du secteur. En Haute-Normandie, la question est prise très au sérieux au point que la Région et l'État en région ont mis en place début mars un Comité de coordination trimestriel destiné à faire le point sur l'avancée des projets locaux. Le président de région Alain Le Vern affiche même clairement ses ambitions: «l'implantation de l'éolien offshore sur nos côtes s'inscrit dans la démarche de conversion économique et écologique de notre territoire», estime-t-il. Étape indispensable «pour faire de la Haute-Normandie l'un des champions européens dans le secteur énergétique». Seulement voilà, les Normands ne sont pas seuls sur le coup. En Loire-Atlantique, les annonces présidentielles ont elles aussi été prises au pied de la lettre. «L'éolien offshore, c'est pour vous!» lançait Nicolas Sarkozy en janvier dernier devant les salariés des chantiers navals STX à Saint-Nazaire. Une annonce dont l'État actionnaire des chantiers navals ne pouvait faire l'économie, mais qui ne refroidit pas le moins du monde les ardeurs normandes. Au contraire.
Le match LeHavre Saint-Nazaire
Signataires à l'automne dernier d'une convention de partenariat, les agglomérations duHavre et de Saint-Nazaire sont aujourd'hui bel et bien en concurrence sur le dossier de l'éolien offshore, avec pour principal enjeu, rappel le directeur duHavre Développement Gérard Mercher, «d'accueillir un turbinier». «La turbine, c'est le coeur de l'éolienne. Si nous avons un turbinier, nous aurons la fabrication des pâles et des mats», explique-t-il. Gérard Mercher confirme d'ailleurs que «des accords de confidentialité ont été signés avec six fabricants de turbines», que sont potentiellement Siemens, General Electric, Vestas, Alstom ou encore Nordex. But de l'opération, convaincre ces industriels que la place havraise dispose de tous les atouts nécessaires en termes de logistique, de capacité industrielle et de main-d'oeuvre, pour satisfaire à leurs exigences. Mais au final, ce qui compte vraiment «c'est le volume du marché et la possibilité de produire au plus prêt des sites d'exploitation», rappelle Gérard Mercher. Et sur ce point, LeHavre avance ses pions. Les trois projets normands de parcs éoliens offshore constituent en eux-mêmes une perspective intéressante pour les industriels du secteur avec leurs 1.700MW cumulés. Mais au-delà, c'est vers le marché anglais, nettement plus mature avec ses 32.000MW à l'horizon 2020, que lorgnent ces mêmes industriels. Un marché cinq fois plus important que le marché Hexagonal pour lequel le port duHavre veut se positionner durablement. «La perspective, c'est de produire une centaine d'unités par an à compter de 2015», explique Gérard Mercher qui croit à la pérennité d'une telle filière: «le mix énergétique va évoluer et d'autres zones seront ouvertes à l'éolien (l'appel à projet de l'État concerne 3.000MW sur les 6.000MW envisagés à l'horizon 2020); demain, on parlera d'éoliennes flottantes et après-demain d'énergies marines. Et ceux qui auront la technologie de l'offshore éolien auront une longueur d'avance». Un véritable pari d'avenir face à un marché européen qui pourrait d'ici 2020 représenter près de 50.000MW, soit près de 10.000 éoliennes à produire! Désormais les choses doivent aller vite, selon le directeur général de l'agence de développement havraise: «les industriels nous disent: on réservera un terrain avant la fin de l'année pour être prêt à produire dès 2014». Une annonce pourrait même être faite dans ce sens dès juin prochain à l'occasion des Rencontres Internationales duHavre («L'Éolien offshore, un second souffle»), veut croire Gérard Mercher. «Ce serait dans la logique du calendrier».
Guillaume Ducable
Élus et industriels normands travaillent à la structuration d'une filière de l'éolien offshore, avec en ligne de mire, l'installation d'un turbinier auHavre. La Région et l'État ont mis en place un comité de coordination trimestriel pour suivre l'avancée du projet.