La surprise de l'échec du consortium porté par GDF-Suez lors de l'annonce des résultats de l'appel d'offres pour l'éolien offshore aura quelque peu éclipsé la réussite de ses concurrents. Très actif dans la région, porteur d'un projet emblématique au large duTréport à travers sa filiale La Compagnie du Vent, GDF-Suez faisait encore fin mars figure d'acteur incontournable de cette filière naissante, avec dans ses bagages des grands noms de l'industrie françaises tels que Vinci ou Areva. Le grand raout organisé auHavre pour présenter le projet de site industriel d'Areva quai Joannès-Couvert, quelques jours seulement avant les annonces faites par le Gouvernement, prend à la lumière des événements de ces dernières semaines des allures de baroud d'honneur!
Une surcharge estimée à 500millions d'euros
Pour le gazier, la pilule est difficile à avaler. «L'État se prive du premier opérateur onshore en France», fait-on remarquer chez GDF-Suez. Sans compter que «dans le offshore nous participons à une trentaine de projets dans le monde à travers nos différentes filiales», souligne un porte-parole du groupe. Écarte au profit d'EDF (Fécamp, Saint-Nazaire et Courseulles-sur-Mer) et d'Iberdrola (Saint-Brieuc), GDF-Suez a surtout été recalé pour le projet de parc des Deux Côtes (LeTréport), l'État estimant que celui-ci «n'avait pas fait l'objet d'une concurrence suffisante» et présentait du coup «le prix d'achat de l'électricité le plus élevé parmi les cinq zones». Élément de dossier rédhibitoire, entraînant, toujours selon le ministère de tutelle, «une surcharge de l'ordre de 500millions d'euros pour la contribution au service public de l'électricité»!
Une période de levée des risques décisive
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Du côté de GDF-Suez, on voit les choses d'un autre oeil: «Nous estimons que le prix permet de conduire le projet jusqu'au bout». Sous-entendu, la période de levée des risques de dix-huit mois qui démarre pourrait conduire d'autres lauréats à revoir leur copie! En disant cela, le groupe vise sans le dire le consortium porté par son ancien partenaire et néanmoins concurrent, EDF, le grand vainqueur de ce premier appel d'offres pour l'éolien offshore. En Seine-Maritime, EDF Énergies Nouvelles alliée à l'Allemand WPD et au Danois Dong obtient donc le feu vert pour son projet de parc de 83 éoliennes pour une capacité de 500MW au large de Fécamp. «Mais l'histoire ne fait que commencer», insiste Pierre Peysson, chef de projet chez WPD Offshore France. Le dossier qui devra être soumis au débat public est déjà en préparation au point que les partenaires estiment que la procédure pourrait démarrer avant la fin de l'année, ou en 2013 au plus tard. «Les premiers signes d'intérêt pour la zone datent de 2007, rappelle Pierre Peysson. Et nous avons abouti dès 2008 grâce à la création d'un Comité local de concertation à la définition d'une zone unique acceptable par tous», soumise trois ans plus tard à l'appel d'offres. En tenant compte de la phase de levée des risques ainsi que de l'étude par les services de l'État de la demande d'autorisation d'exploitation et de la réalisation des études d'impact inhérentes, le chantier pourrait démarrer en 2016 pour s'achever en 2018. La mise en exploitation étant soumise au calendrier de raccordement prévu par RTE.
LeHavre peut souffler
Au plan local, Areva a confirmé son intention d'implanter auHavre deux sites industriels (production de nacelles et assemblage de pales) après l'obtention du projet de Saint-Brieuc par son partenaire espagnol Iberdrola. Areva qui compte bien profiter du marché en pleine explosion Outre-Manche de l'éolien offshore à partir de sa base arrière normande. LeHavre qui devrait bénéficier duplan industriel d'Alstom qui outre ses usines annoncées à Cherbourg et Saint-Nazaire envisage sérieusement de créer une unité de préassemblage d'éoliennes dans la cité océane avec quelque 200 emplois directs à la clé. «Les composants destinés au parc de Fécamp seront acheminés par bateau auHavre», confirme Béatrice Buffon, le directeur du développement de EDF EN qui annonce dans le même temps «600 emplois sur deux ans» pour une unité de production de fondations gravitaires, toujours auHavre, pour lequel le consortium «discute avec les gros acteurs du secteur». Un site dont la pérennité serait assurée «par la desserte d'installations futures».
L'échec du consortium mené par GDF-Suez laisse la place à d'autres opérateurs dont les ambitions en région restent intactes.
La zone duTréport devrait figurer dans le second appel d'offres.