Il vient tout juste de fêter son premier anniversaire et marque déjà ses premiers points. Le réseau Etena, pour Étudiants entreprenant en Alsace, créé pour insuffler l'esprit d'entreprendre aux jeunes Alsaciens, a instantanément su fédérer autour de lui tout «l'écosystème économique alsacien», affirme Catherine Ledig, l'une des instigatrices de cette structure. Mieux: un accord avec l'Université de Strasbourg va déboucher sur la mise en place, d'ici à la fin de l'année, d'un espace dédié à l'entreprenariat au sein de "l'environnement numérique de travail" des étudiants, sorte d'extranet de l'Unistra qui leur est dédié. «Encore en construction, il leur permettra de se familiariser avec l'univers des entrepreneurs, leur jargon, les définitions et les points clés de la création ou de la reprise», poursuit-elle.
Les patrons à la rencontre des étudiants
Un outil qui permettra de remplir le premier contrat que s'est fixé Etena: informer 50.000 étudiants de la région sur l'entreprenariat avec, pour objectif, 50 créations ou reprises par an par des étudiants à partir de 2013. «Notre obligation est de semer une graine», poursuit la responsable, «il y a un terreau en Alsace, nous devons le travailler». Un constat que ne renie pas Luc Julien-Saint-Amand. Le directeur associé d'Ernst & Young pour le Grand Est pilote effectivement une opération héritée du Nord, appelée "1 journée, 1 entrepreneur, 1 étudiant". L'idée: qu'une trentaine d'étudiants partagent le quotidien d'autant de chefs d'entreprises de part et d'autre de la frontière. «Les dirigeants ont réagi positivement à cette initiative, ils sont heureux de pouvoir contribuer à améliorer l'image des chefs d'entreprise», témoigne Luc Julien-Saint-Amand. Et pourquoi pas de transmettre «leurs motivations, leurs passions, sans cacher les soucis qu'ils peuvent aussi rencontrer». Une opération montée en partenariat avec le Medef et l'Université de Strasbourg, décidément très mobilisée sur la question du lien entre étudiants et entreprises.
Jeune entrepreneur
C'est en effet cette même structure que l'on retrouve, à travers son antenne École de management Strasbourg, aux côtés du réseau Team academy Alsace, derrière le diplôme universitaire Jeune Entrepreneur qui vient d'être lancé. La première promotion -22 élèves de 18 à 32 ans- vient d'investir les salles du pôle formation de la CCI de Strasbourg pour une formation de 5 ans à l'entreprenariat. «Ce qui caractérise ces élèves, c'est leur volonté d'action et de travail en équipe sur un projet concret et réel d'entreprise», définit Olga Bourachnikova, le professeur qui encadre les élèves. Point de départ de cette formation: la création d'une entreprise (deux en réalité, puisque les élèves sont divisés en deux groupes), dont les statuts devraient être déposés dans les mois qui viennent. Le temps de définir le projet, le business plan et d'en évaluer les besoins financiers. Chaque élève sera présent au capital de l'entreprise. «Ils vont apprendre sur le terrain: chercher des financements, développer des produits ou services, les commercialiser, assurer le marketing... Les professeurs n'interviendront que si les étudiants le réclament», précise-t-elle.
«La liberté d'innover»
Si l'idée est née en Finlande, elle n'a pas eu de mal à s'implanter ici. «C'est une opportunité unique de pouvoir échanger avec d'autres élèves qui ont la même volonté que moi. Celle de créer, un jour, notre propre entreprise», témoigne ainsi Emilie Schmitt, 23 ans, qui dans l'avenir aimerait créer «dans l'économie sociale et solidaire et avoir la liberté d'innover». Ce qui caractérise en effet le mieux l'ensemble de ces étudiants, parfois très jeunes, c'est leur volonté de créer. «Je n'ai jamais pensé être salarié», confie ainsi Guy Carbonne, 18 ans. «En revanche, depuis mes 12 ans, j'ai le projet de lancer mon entreprise sur internet. Et cette formation me permettra d'apprendre et d'avancer beaucoup plus vite», poursuit-il. S'ils ont parfois la fibre entreprenariale dans les gênes, avec un père ou une mère chef d'entreprise, ils veulent aussi, comme le souligne Xavier Ferrandi, 20 ans, «prendre leur destin en mains». «Ma plus grande réussite serait de créer des emplois», estime Guy Carbonne. «Je souhaite pour ma part pouvoir mettre en oeuvre mes idées, travailler pour moi et mon entreprise avec mes équipes», conclut Arnaud Fuchs, 18 ans. Ils sont ambitieux, sûrs d'eux, fiers mais avec les pieds sur terre et conscients du rôle social et sociétal de l'entreprise. Les patrons alsaciens ont-ils trouvé la relève?
VOCATION Les dirigeants alsaciens se cherchent des successeurs. Depuis un an, ils veulent susciter, chez les étudiants, l'envie d'entreprendre. Alors que la formation Jeune Entrepreneur vient de démarrer, Ernst & Young et le Medef montent, ce mois-ci, l'opération "1 journée, 1 entrepreneur, 1 étudiant".