Elles ne représentent que 32% des créations d'entreprise, un tiers d'entre-elles investissent moins de 3.000 euros et deux tiers sont en activité au bout de trois ans. En France et en particulier en Bretagne, les freins sont connus et les acteurs économiques bien conscients des barrières à lever : « Or, on a jamais eu autant besoins d'entrepreneurs, hommes ou femmes. C'est de la création que viendra la mutation économique », a défendu Anne Patault, la vice-présidente de la Région Bretagne en charge de l'égalité et de l'innovation sociale devant plus d'une centaine d'acteurs et d'adhérents de l'association Entreprendre au féminin jeudi 23 juin à Ploemel. L'association bretonne soutient plus de deux cents créatrices d'entreprises et connaît bien les leviers à actionner pour dépasser les réticences : « Les femmes ne viennent pas à l'entreprise au même âge et pour les mêmes motivations que les hommes et elles investissent des secteurs d'activité plus concurrentiels. »
Le financement, point faible en Morbihan
L'objectif des pouvoirs publics de 75% des femmes en activité en 2025 est à portée de main. Mais si le taux d'activité des femmes est d'ores et déjà supérieur dans le Morbihan à la moyenne française, l'entrepreneuriat féminin, lui, progresse timidement. En cause notamment : les difficultés de financement. « Convaincre les banques reste plus difficile pour une femme. C'est souvent un véritable parcours du combattant », relaye Beryl Bès, créatrice du site de crowdfunding MyAnnona, conviée par l'association Entreprendre au féminin. A cela s'ajoute en Bretagne un facteur « métropolisation ». Les entreprises d'Ile de France et des grandes métropoles ont plus facilement accès aux financements innovants.
Bâtir sa communauté
Passionnaria du crowdfunding, la Lyonnaise Béryl Bès a exorté les Bretonnes à se saisir de ces modes de financement participatifs adapté aux créateurs à condition de travailler sa communauté. On ne lève pas des fonds sur les plate-formes sans avoir construit une histoire, rassemblé, entrenu ses contacts. « A ce titre, l'ancrage régional est un marqueur souvent pertinent pour réussir sa levée de fonds », renchérit Béryl Bès. Les femmes disposent d'un levier sous exploité : « Elles ne représentent que10% des levées de fonds ! »
Ne rien lâcher
Sept entrepreneures bretonnes ont témoigné de leurs expériences de la création et du financement : Book Beo, Ludha Breizh, Liliroulotte, Lumipousse et trois Morbihannaises : Cindy Bourgeon (ServicesÔdomicile, six salariés, La Gacilly), Anne Guillerm (ADC Conseil), fusions-acquisitions, Arradon) et Ariane Pehrson (Lyophilise&co, cinq salariés, Lorient). Toutes se sont heurtées à des rétissences à leur lancement mais éprouvent une grande fierté : « Le soutien d'associations comme Entreprendre au féminin, ou de business angels, peut être déterminant, mais c'est bien notre motivation première qui prime. Il ne faut jamais rien lâcher », résume Ariane Pehrson.
Xavier Eveillé
Lever des financements quand on crée une entreprise au féminin demeure compliqué. Le crowdfunding est un levier qui peut s'avérer efficace pour y faire face.