Enquête : Qui dirige les ports français?

Enquête : Qui dirige les ports français?

Les nouvelles instances dirigeantes des sept Grands Ports Maritimes Français ont été désignées au cours du 1er semestre 2014. Au sein des Directoires, les ingénieurs de Ponts, des Eaux et des Forêts sont en bonne place.

Les gouvernances déjà en place depuis 2009 des Grands Ports Maritimes (GPM) Français ont globalement été reconduites et planchent à présent sur les Plans stratégiques locaux dont la validation va déterminer les grandes orientations pour les cinq ans à venir. Avec un système à Directoire -dont le président est nommé par le Président de la République- et Conseil de surveillance, sur lequel l'État conserve assez largement la main, le législateur a voulu que « la représentation des acteurs économiques et des collectivités locales soit accrue ». Malgré un Conseil de développement destiné à mieux associer les nombreux acteurs locaux concernés par le fonctionnement du port, l'ensemble peut-il apparaître comme un pas vers la transformation des ports en entreprises comme les autres, à l'instar de ce qui existe dans les pays voisins ?




La domination des ingénieurs des Ponts

Certes, la gouvernance des GPM de Dunkerque, Le Havre, Rouen, Nantes Saint-Nazaire, La Rochelle, Bordeaux et Marseille-Fos n'a plus rien à voir avec celle qui régissait les Ports autonomes où l'État régnait en maître. Ces derniers étaient l'un des terrains de prédilection des X-Ponts, brillants ingénieurs IPC ayant enchaîné Polytechnique et l'École Nationale des Ponts-et-Chaussées. En 2009, la fusion de ces IPC avec six grands corps d'ingénieurs a donné naissance aux Ingénieurs des Ponts, des Eaux, et des Forêts (IPEF). Un véritable « vivier » de l'encadrement supérieur de la fonction publique d'État à vocation interministérielle, et notamment à la présidence des GPM ! Tous ceux qui étaient en place ont été reconduits en 2014 : Hervé Martel au Havre, Philippe Deiss à Rouen, Michel Puyrazat à La Rochelle, Christophe Masson à Bordeaux, et Jean-Pierre Chalus à Nantes-Saint-Nazaire.




Martine Bonny, une Énarque à Rouen !

Dès avant la Réforme portuaire, Martine Bonny, une Énarque, avait accédé à la direction générale du Port autonome de Rouen devenant alors la première femme dans le gotha des dirigeants portuaires où la parité restait totalement ignorée. Elle reçut un accueil beaucoup plus courtois à Dunkerque en 2009 où elle devint présidente du Directoire du GPM. Profil plus atypique tendance « commercial », Christine Cabau-Woehrel qui avait fait toute sa carrière dans le groupe CMA-CGM, allait lui succéder en 2011. Elle vient d'être promue à la tête du GPM de Marseille. Mais la « féminisation » des ports, c'est davantage du côté des Conseils de surveillance qu'il faut aller la chercher grâce à un millésime 2014 au visage plus féminin. Au Havre, la nouvelle présidente c'est Emmanuèle Perron, vice-présidente du groupe NGE (travaux publics) qui a intégré l'entreprise familiale TSO spécialisée dans la pose et l'entretien de voies ferrées, dont elle reste présidente du conseil d'administration. Elle est aussi vice- présidente de la Fédération Nationale des Travaux Publics dont elle préside la commission des marchés. Et si à Marseille, Delphine André, P-dg du groupe Charles André (transport et logistique), a dû décliner l'offre de présidence du Conseil de Surveillance pour se consacrer à son entreprise, elle a été nommée présidente du Conseil de développement de l'établissement phocéen. À Rouen, Frédéric Henry est le président pour la France de l'entreprise pétrochimique américaine Lubrizol où il a effectué toute sa carrière. À Marseille, c'est Jean-Marc Forneri, un éminent financier créateur en 2004 de Bucéphale Finance, qui occupe la fonction. À Dunkerque, on retrouve François Soulet de Brugière, acteur incontournable de la logistique dans la grande distribution au sein du groupe Auchan qui fut président du Port autonome. À Bordeaux, la présidence est tenue par Pascal Lefèvre un ingénieur chimiste, directeur général de la SIAP Bassens, qui traite annuellement 100.000 tonnes de déchets industriels et président de Prociner, spécialisée dans le traitement des déchets hospitaliers. À Nantes-Saint-Nazaire, Francis Bertolotti est un ingénieur de la sidérurgie, secteur où il a occupé plusieurs fonctions et notamment jusqu'en 2013, celle de directeur général des ateliers de construction du groupe ArcelorMittal. Enfin, à La Rochelle, la place est occupée par Xavier Beulin, président tout juste réélu de la FNSEA ainsi que du groupe Sofiprotéol, acteur financier et industriel de la filière française des huiles et protéines végétales.




Des usagers consultés mais pas décisionnaires

Dans ce nouveau contexte, quel rôle joue les Unions portuaires locales qui représentent les entreprises usagers des ports ? Bien que largement représentées au sein des Conseil de développement, certaines voix s'en élèvent pour dire que la réforme est globalement un échec. Toutes jugent que le rôle de l'État dans la gouvernance portuaire est encore trop important. C'est le cas avec la mise en place du GIE Haropa (regroupement des ports de Paris, Rouen et Le Havre) qui suscite toujours d'assez vives réserves de la part des portuaires rouennais.

Rouen Le Havre Bordeaux Saint-Nazaire Dunkerque Marseille