La Bretagne produit 7,4% de l'énergie qu'elle consomme, dont 9,5% de son électricité. La région connaît un essor démographique important ces dernières années. Et les alertes au "black out" électrique reviennent chaque hiver. Pourtant le territoire possède un fort potentiel de production d'énergies renouvelables. Discrètement, mais concrètement, une nouvelle filière énergétique se met en place.
Le pacte électrique breton
Avec l'Ademe, la Région a mis en place un «pacte électrique breton» qui prévoit sécurisation du réseau, cogénération, centrale combiné gaz et production d'électricité en énergie renouvelable de 8,8 Terawattheure en 2020 soit 34% de la consommation. Le pacte inclut un développement de l'éolien marin, du photovoltaïque et de la biomasse. «Ces derniers objectifs sont révisables à la hausse», indique Dominique Ramard, pour qui les territoires ruraux ont une vocation de production d'énergie à développer.
Des communes s'engagent
Devenir un territoire autonome en énergie et même «à énergie positive» en 2030, tel est l'objectif de la communauté de communes du Mené dans les Côtes d'Armor. La population a participé activement: production d'agro carburant et unité de méthanisation (Géotexia) portés par une Coopérative d'utilisation de matériel agricole (Cuma), chaudière à bois alimentée localement, parc éolien de 7MW cofinancé à hauteur de 450.000 €, un tiers, par 160 familles du territoire, constructions neuves et aussi réhabilitations de logements en basse consommation.
Méthanisation à la ferme
Jean Marc Onno, éleveur à Moustoir-Remungol, a développé «un modèle de méthanisation à la ferme, avec apport de ressources locales et optimisation de la chaleur». Et non celui s'appuyant sur des cultures dédiées qui font grimper le prix des terres. Un modèle qui a les faveurs de la Région dont le projet vise à fédérer les producteurs de ressources (agriculteurs, collectivités, industriels) à l'échelle locale et qui a demandé à AILE (Association d'initiatives locales pour l'énergie et l'Environnement) de définir «quelle méthanisation mettre en place en Bretagne». Incluant le modèle agricole que cela implique. Un travail de calcul de la ressource vient d'être produit par la chambre d'agriculture et la CCI du Morbihan.
Potentiel éolien
La Bretagne possède aussi un «potentiel éolien qui pourrait fournir la moitié de sa consommation électrique», indique Marc Théry, de la communauté de communes du Mené. «Côté terrestre les spécificités bretonnes (habitat dispersé, topographie, zones protégées) en matière d'éolien n'ont pas été prises en compte dans le plan national, ce qui limite le potentiel», indique Claude Midi d'Eole génération à Lorient. Côté mer, le seul parc éolien offshore de 500MW en baie de Saint-Brieuc (240MW pour la Rance), permettra de couvrir la moitié de la consommation électrique des Côtes d'Armor. Pour un investissement proche de deux milliards d'euros et des emplois de maintenance locale à la clé. «À l'avenir des éoliennes flottantes devraient permettre de tripler cette production», espère Jacques Barreau de Nass&Wind, qui planche aussi sur les hydroliennes.
Mix énergétique
Après un soutien financier de la filière photovoltaïque, à cause du moratoire, la Région lance une étude en vue d'équiper les toits des lycées bretons. Un appel à projet, pourvu d'une enveloppe, devrait également être mené sur les bâtiments agricoles. Autre projet régional qui doit voir le jour ce mois-ci: la création d'un fonds de capital investissement, doté de huit millions d'euros pour le financement des gros projets d'énergie. La Région, la Caisse des dépôts, et les investisseurs privés sont partenaires. À cela s'ajoute la filière bois, la géothermie et peut-être, d'ici à 2030, une centrale à algues... De quoi réussir un mix énergétique et donner un nouveau souffle à l'économie régionale.
ÉNERGIE Dépendante de la production d'électricité nationale, la Bretagne se prépare à créer une importante filière d'énergie renouvelable. Une formidable opportunité économique, sociale et écologique.