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En recyclant les tissus des palaces, Étofé se recentre sur le B to B
Alpes-Maritimes # Hôtellerie # Transition écologique

En recyclant les tissus des palaces, Étofé se recentre sur le B to B

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Étofé récupère les tissus des hôtels de luxe pour éviter qu’ils ne finissent à la décharge. La TPE azuréenne transforme rideaux et couvre-lits en trousses et autres pochettes durables dans des chantiers de réinsertion professionnelle. Il reste néanmoins très difficile de faire valoir l’argument environnemental et éthique pour convaincre les clients.

Incubée au sein des DéCCIdeuses à Sophia Antipolis, Julie Poirot est la fondatrice d’Étofé — Photo : Olivia Oreggia

Julie Poirot avait ce que d’aucuns appelleraient "une bonne place" : elle était responsable RSE dans de grands hôtels de luxe de la Côte d’Azur. En 2023, après une belle carrière, elle décide de quitter sa vie de salariée pour se lancer dans l’entrepreneuriat et créer Étofé l'année suivante.

La petite entreprise récupère les tissus que les hôtels de luxe jettent lorsqu’ils lancent des rénovations et leur donne une seconde vie. Un chantier d’insertion les transforme en pochettes, trousses, housses d’ordinateur et autres pochons.

Couvre-lits ou rideaux des hôtels de luxe qui finissent habituellement à la décharge, sont recyclés par Étofé en sacs, trousses ou pochettes — Photo : Etofé

Des consommateurs peu sensibles à l’environnement

Soutenue par les DéCCIdeuses, l’incubateur féminin de la CCI Nice Côte d’Azur, elle a tenté de cibler le marché B to C. "Cela nécessite une forte présence sur les réseaux sociaux, raconte Julie Poirot. Je me suis fait accompagner par un expert extérieur, afin d’établir la stratégie commerciale spécifique".

Malgré une grande détermination (jusqu’à proposer ses produits sur les marchés pour tester en direct l’accueil de la clientèle), elle a dû se rendre à une évidence un peu amère : "l’impact environnemental, l'engagement éthique et responsable… tout cela n’a que très peu d’effet sur le grand public."

Alors, sans abandonner ces consommateurs finaux (elle garde sa boutique en ligne), elle a décidé en 2026 de focaliser essentiellement son activité et son modèle d’affaires, sur les professionnels de l’hôtellerie haut de gamme.

Les produits d’Étofé sont fabriqués à la main dans un atelier d’insertion près de Cannes — Photo : Etofé

Des hôtels engagés, d’autres (beaucoup) moins

Car il y a ceux qui donnent leurs anciens tissus et ceux, souvent les mêmes, qui achètent les produits d’Etofé. C’est le cas par exemple du Grand Hôtel du Cap Eden-Roc à Antibes, de Château Saint-Martin à Vence ou Cheval Blanc à Saint-Tropez. Julie Poirot est par ailleurs depuis peu en discussion avec l’Hôtel Hermitage, mythique 5 étoiles à Monte-Carlo, appartenant à la Société des Bains de Mer (SBM).

Là encore, et en dépit parfois du discours officiel, tous les établissements n’ont pas le même intérêt pour l’impact environnemental ou social de leurs achats. "À Monaco, il y a des acteurs engagés, dès qu’on va un peu plus vers Cannes, c’est nettement plus compliqué, confie-t-elle. C’est plus facile pour moi quand ce sont des hôtels familiaux, ils ont les mains libres et agissent s’ils ont un coup de cœur pour le produit et le principe. Les grands groupes, eux, ont beaucoup de process."

Étofé continue de vendre ses produits en tissus upcyclés sur son site internet mais a choisi de se focaliser essentiellement sur le B to B — Photo : Olivia Oreggia

Paris et la Suisse

Sans communiquer de chiffre d’affaires, Julie Poirot se dit très satisfaite de son "premier bilan positif". Avec Etofé, qui a rejoint la communauté du Coq Vert, elle vise d’ici un an une dizaine de clients locaux avec lesquels elle pourrait tisser de vrais partenariats lui offrant récurrence et donc visibilité, de quoi recruter un premier salarié pour son développement commercial. La loi Agec, qui oblige les entreprises au recyclage des textiles, devrait l’aider à accélérer.

Après la Côte d’Azur, elle aspire d’ici la fin de l’année à séduire de grands hôtels à Paris et pourquoi pas aussi en Suisse. Un territoire qu’elle n’avait pas identifié jusqu’à ce qu’un luxueux établissement de Genève la contacte.

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