En annonçant des commandes toujours plus impressionnantes les unes que les autres lors des salons internationaux, les deux géants mondiaux de l'aéronautique que sont Boeing et Airbus ne font pas que jouer les gros bras. Ils planifient leur plan de charge ainsi que celui de leurs sous-traitants pour les mois et les années qui viennent. Et des annonces, en 2011, il y en aura eu. Une véritable année record pour Airbus avec 1.419 commandes enregistrées (contre 805 pour Boeing) qui conforte du même coup sa place de leader sur un marché qui résiste particulièrement bien à la crise. Alors que le site toulousain de l'avionneur peut déjà compter sur «sept à huit années de production» grâce à un carnet de commande riche de quelque 4.437 appareils, les fleurons normands du secteur ne sont pas en reste.
Aircelle porté par l'A320 NEO
Qui dit Airbus, dit A380 et surtout A320 NEO (26 commandes en 2011 pour le premier et 1.226 pour le second). Deux références dont le succès joue considérablement sur l'activité du fabricant havrais de nacelles et d'inverseurs de poussée, Aircelle (groupe Safran). Les cadences de production ont augmenté en 2011 à Gonfreville l'Orcher au point qu'Aircelle a dû procéder à l'embauche de 150 nouveaux collaborateurs, ingénieurs et ouvriers. En attendant d'autres embauches en 2012, probablement une soixantaine. Le succès de l'A320 NEO fait aussi les affaires d'un autre havrais, le bureau d'études AXS (groupe Ingeliance) qui vient de signer avec Aircelle, justement, un contrat portant sur le développement et la conception de la structure fixe de l'inverseur de poussée qui équipera la nacelle du nouvel Airbus. «Cela représente 40.000heures d'études sur 18 mois», explique François Ribour, le dirigeant d'AXS auHavre. Un chantier étalé dans le temps dont le pic devrait se concentrer entre cet été et le printemps prochain et qui nécessitera un dimensionnement progressif des équipes. «Mais nos projets de recrutement pour 2012 ne sont pas uniquement liés à ce contrat», précise François Ribour. «Nous sommes d'ailleurs en recrutement permanent pour anticiper les projets qui pourraient tomber demain». Présent depuis 1998 dans la région, le bureau d'étude emploie aujourd'hui soixante personnes auHavre et cinq autres dans un nouveau bureau ouvert en début d'année à Trappes en région parisienne. Même tendance pour les ressorts Masselin à Rouen, entreprise de 160 personnes spécialisée dans l'étude et la fabrication de ressorts et solutions élastiques qui a recruté dix nouveaux collaborateurs en 2011 et fait grimper la part de l'aéronautique dans son chiffre d'affaires à près de 40%. La société vient d'ailleurs de finaliser la création d'une joint-venture avec un partenaire indien implanté à Bangalore (lire page10). Le spécialiste de l'usinage Sumpar (Boos) affiche quant à lui une insolente croissance de +18% de son chiffre d'affaires en 2011 et anticipe déjà entre 25 et 30% de hausse supplémentaire cette année avec pour objectif d'atteindre les 21millions d'euros de CA. La PME envisage vingt-cinq recrutements pour faire face à l'accroissement de son activité. Et les grands groupes ne sont pas en reste sur le terrain des embauches. L'Elbeuvien Aérazur (groupe Zodiac) a augmenté ses effectifs en 2011 notamment pour faire face à l'accroissement du plan de charge (+22% en 2011) grâce en partie à deux nouveaux contrats signés avec des constructeurs russes d'hélicoptères. Une quinzaine d'embauches pourraient être validées en 2012. De son côté, la Division moteurs spatiaux de Snecma à Vernon a réalisé dix-neuf embauches l'an dernier et anticipe déjà une vingtaine de nouveaux recrutements d'ingénieurs en 2012.
Prendre le train des grands programmes
La déléguée de Normandie AéroEspace, Fabienne Folliot, ne cache d'ailleurs pas son enthousiasme: «les carnets de commandes sont pleins et une progression de +7% est attendue pour 2012 par l'ensemble du secteur». Un contexte dont devraient profiter des entreprises normandes nombreuses à avoir «pris le train» des grands programmes stratégiques tels l'A380, l'A350 ou encore l'A400M qui leur assurent plusieurs années d'activité, juge la déléguée de NAE. Un succès qui trouve probablement sa source dans le réseautage efficace mis en place par la filière à l'occasion des grands événements: «Lors du Salon du Bourget en juin dernier
nous avions organisé près de 430 rendez-vous entre des membres de NAE et des donneurs d'ordres», explique Fabienne Folliot. Des rendez-vous qui ont donné lieu à des contacts, puis à des commandes. Au final, Fabienne Folliot reconnaît «qu'avec un tel niveau de commandes, la fragilisation n'est pas pour demain!»
Guillaume Ducable
Tiré par une année record du constructeur européen Airbus, le secteur aéronautique semble se déjouer du piège de la crise.
Les acteurs de la filière normande annoncent tous, ou presque, des projets de recrutement pour 2012.