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'appel d'offres sur la privatisation de l'aéroport Lyon-Saint-Exupéry - dont la CCI est actionnaire à 25 % - devrait être lancé fin octobre pour un "closing" espéré au printemps 2016. Quelle est votre position sur ce dossier qui divise ? Cette privatisation représente un moment stratégique pour notre aéroport ; structure classée, je le rappelle, au 47ème rang européen alors que la région Rhône-Alpes, par son PIB, se hisse à la 8ème place au niveau continental. Ce qui n'est pas normal. L'Etat est majoritaire dans les aéroports de Paris, de Lyon et de Nice ; il tire par ailleurs les ficelles de la DGAC (Direction générale de l'aviation civile). On a besoin d'y voir clair ; cette privatisation est donc une vraie opportunité. D'autant que nous sommes en totale opposition avec l'avis du dirigeant d'Air France qui considère que les vols de provinces doivent passer par les aéroports parisiens. Il faut que Lyon, métropole européenne, soit connectée au monde avec la mise en place de lignes directes intercontinentales et européennes.
Se pose en revanche la question de la rentabilité de ces lignes au départ de Lyon...
Oui mais si l'on veut changer la domination des aéroports parisiens (plus de 90 millions de passagers/an contre 8,5 millions à Lyon/Saint-Exupéry), il faut un vrai projet industriel pour notre aéroport. Ce qui va compter dans cette privatisation, ce sont les états de services aéroportuaires de ceux qui se présentent et leur projet industriel pour le développement de cet aéroport. Car nous n'allons pas éternellement rester coincés entre Paris et Genève.
Avez-vous des a priori sur la nationalité de ce candidat à la reprise ?
Nous n'avons sur ce point ni a priori, ni tabou. Une chose est sûre : nous ne pouvons pas exiger des capitaux exclusivement français dans un projet qui est justement de connecter une métropole européenne au monde. Il y aura donc des candidatures avec des capitaux étrangers. Mais je ne peux pas en dire davantage. Plus on aura d'ailleurs des projets globaux, plus ce sera la preuve que notre métropole attire.
Le développement de l'aéroport Lyon/Saint-Exupéry devra-t-il également passer par le renforcement de lignes low-cost, selon le modèle qu'a pu prendre l'aéroport de Genève où EasyJet est désormais majoritaire en termes de parts de marché (44 %) ?
En 2014, cette compagnie représentait 26,2 % du trafic de Lyon-Saint-Exupéry, derrière Air France. Le low-cost n'est plus tout à fait celui d'il y a 10 ans ; il n'y a donc pas d'un côté les compagnies " discount " et de l'autre les compagnies classiques. Le low-cost offre des perspectives de croissance très importantes.
Où en est la construction de la CCI du bassin métropolitain
? Ce projet a été validé par l'ensemble des élus des 3 CCI concernées (Lyon, Saint-Etienne, Roanne, Ndlr). C'est suffisamment rare pour pouvoir le souligner. Il faut s'adapter au " New Deal " territorial et cette réforme est indispensable. Nous sommes là sur des réformes et des transformations de fond. On a une métropole lyonnaise - très puissante financièrement - qui se met en place. L'échelon métropolitain est désormais l'échelon où se crée la richesse. Cette CCI métropolitaine nous permettra donc sur le bassin de parler d'une même voix. Ce mouvement avait été préparé par une décision, plutôt passée inaperçue à l'époque, de la reprise en 2013 de l'ESC Saint Etienne par l'EMLyon. Cette étape a été très importante ; elle a montré que dans le domaine éducatif, nous sommes capables de nous entendre. C'est la même chose pour la construction de la COMUE (communauté d'universités et établissements qui fédère 11 universités, grandes écoles de Saint-Etienne et de Lyon, ainsi que le CNRS, Ndlr). Elle a permis d'initier des vocations puisque depuis cette année, Saint-Etienne et Lyon "chassent" à l'international sous la même bannière "OnlyLyon". A plusieurs, on est indiscutablement les meilleurs.
Ce "New Deal" territorial va-t-il faire évoluer les missions de la chambre consulaire ?
Nous sommes donc dans une période de transition, et il est indispensable que les CCI s'adaptent à cette nouvelle donne. Il faut que l'on accompagne nos entreprises et que l'on réfléchisse à un nouveau modèle qui soit plus aligné et plus en phase avec les attentes des entreprises. Cela passe par une réflexion sur leur accompagnement. Nous sommes en train de revoir l'ensemble du catalogue de nos actions et de juger de l'efficacité de chacune d'elles. De fait, les besoins des entreprises évoluent. Je peux prendre l'exemple de la formation professionnelle, modifiée en profondeur par la loi de mars 2014. Jusque-là, dans l'esprit de nombreux chefs d'entreprise, la formation était une obligation. Mais on ne peut plus aborder la formation comme avant. Il faut désormais la voir comme un investissement permanent devenu indispensable.
Percevez-vous, dans la construction de la CCI métropolitaine, des résistances au sein des équipes en place à Lyon, à Saint-Etienne et à Roanne ?
Avec mes homologues de Saint-Etienne et de Roanne, nous avons décidé d'appliquer une règle simple, celle de prendre systématiquement, pour telle ou telle action, le meilleur des trois. Nous sommes en train de mener un audit au sein de tous les services. Nous emmenons l'ensemble de nos collaborateurs dans un projet commun. La future CCI aura ainsi des représentants de tout le bassin. Il faudra que chacun profite de la dynamique métropolitaine.
C'est donc un futur ménage à trois dans lequel Lyon risque, redoutent certains, de dominer...
Non, car à Lyon nous emmenons dans cette CCI métropolitaine un peu plus que les autres. Je pense à notre participation (25 %) dans l'aéroport Lyon/Saint-Exupéry ou encore celle, majoritaire, à Eurexpo, etc. Il faut bien comprendre que demain tout cela n'appartiendra plus à Lyon mais au nouveau territoire métropolitain. Mais avant tout, il faut convaincre nos équipes. Si on fait ça, c'est parce que l'argent public devient rare. Nous sommes l'institution publique qui a été la plus fortement contributive en termes de ressources fiscales, soit l'équivalent d'une baisse de dotations de 35 % sur 3 ans. Ce qui a impliqué des vrais sacrifices ; je rappelle que nous avons fait un plan social en 2014.
Prévoyez-vous une nouvelle baisse d'effectifs ?
L'argent étant rare, il faut par conséquent que le réseau des CCI s'adapte. En se regroupant, on va mutualiser nos efforts. Il y aura un certain nombre de conséquences sur nos équipes. Nous travaillons en ce moment sur cette question de mutualisation. Je n'exclue pas aujourd'hui qu'il puisse y avoir des départs. Mais nous cherchons également, dans le cadre de ce "choc culturel ", à travailler sur de nouveaux projets. Ce que je veux, c'est qu'en termes de dépenses, 1+1+1 ne fasse pas 3. Nous ne devons pas faire un cumul des budgets. C'est ma condition préalable : nous allons devoir absolument faire des économies très fortes. Sinon notre CCI métropolitaine perdrait un de ses avantages.
Concrètement quels sont les impacts de cette baisse des dotations de l'Etat dans le quotidien de la CCI de Lyon ?
Je tiens à rappeler qu'en plus de cette baisse des dotations, il y a eu un " hold-up " de la part de l'Etat sur nos fonds propres, ces réserves que nos prédécesseurs avaient constituées pour pouvoir investir. J'ai ainsi fait un chèque ce printemps au Trésor Public de 15 millions d'euros. Notre capacité d'investissement a été réduite à néant par le choix qu'a fait le gouvernement. C'est en quelque sort une double-peine. Mais nous devons rebondir en nous recentrant sur l'essentiel. C'est-à-dire mener des actions qui permettent d'accroitre la création d'entreprises et d'assurer leur croissance. Il faut également veiller à ce qu'il n'y ait pas de décrochage numérique dans les PME et TPE du territoire, en particulier les commerçants. C'est la raison pour laquelle nous allons organiser en 2016 un rendez-vous sur la transition numérique. Nous sommes les mieux placés pour les aider à prendre ce virage.
Comment jugez-vous la conjoncture économique sur le territoire ?
Je constate que les grands groupes tirent leur épingle du jeu à l'international, le secteur du bâtiment est par ailleurs en train de reprendre des couleurs. Je note que l'on a fait un très bel été sur le tourisme. Toutefois, l'ensemble est contrasté et particulièrement morose. Je me refuse d'ailleurs à parler de reprise mais d'adaptation à une crise permanente. Adaptation qui doit passer par l'internationalisation et l'innovation. Les défis sont nombreux.
Ces défis, devez-vous personnellement les relever dans votre quotidien de patron de PME, la Cotonnière lyonnaise installée à Vaulx-en-Velin ?
Je ne parlerai pas mon cas personnel mais la profession - celle de la communication, dans mon cas - souffre. Il y a des décisions issues du Grenelle de l'environnement qui ont été prises, en particulier une taxe sur la publicité extérieure qui pénalise notre secteur. Avec ce genre de décisions, on tue l'emploi. L'augmentation du nombre de contraintes et de règles ont de lourdes conséquences pour les petites structures.
Propos recueillis par Pierre Tiessen
Le président de la CCI de Lyon, également patron d'une PME à Vaulx-en-Velin, détaille la construction de la CCI métropolitaine (Lyon, Saint-Etienne et Roanne). Un véritable « choc culturel », dixit, qui doit conduire à de très fortes économies.