Elles créent la première coopérative funéraire de France
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Elles créent la première coopérative funéraire de France

Pompes funèbres. C'est une petite révolution dans le monde des pompes funèbres. Une coopérative funéraire ouvre ses portes à Orvault. Une formule inédite qui s'inspire d'un modèle déjà bien connu au Canada.

Le corbillard vient tout juste d'être acheté, le jonc de mer est fraîchement posé sur le sol, la toute nouvelle coopérative funéraire est prête à ouvrir ses portes ce mois d'octobre au Forum d'Orvault. Sabine Le Gonidec, présidente de la coopérative, et ses deux cofondatrices et conseillères funéraires Brigitte Brodin et Sophie Dronet, installent leurs ordinateurs dans les nouveaux locaux de la Scop de transport Titi Floris. Reste encore à finir l'aménagement de la salle d'accueil et de réception : « On va installer ici des canapés, pour faire un vrai salon avec des plantes vertes, des tableaux et un espace pour les enfants. C'est une décoratrice qui choisit les meubles, c'est de la récup'remise au goût du jour. Tout vient de la région nantaise », commente Sabine Le Gonidec en faisant la visite guidée. Les trois entrepreneuses ne voulaient surtout pas présenter une vitrine de plaques commémoratives en granit ou des fleurs en plastique. Leur but : dépoussiérer l'image des pompes funèbres et proposer un nouveau modèle.




SCIC, un statut particulier

Nouveau modèle, jusque dans le statut même de l'entreprise. Le principe : les sociétaires, 123 pour le moment, sont des particuliers, des associations, des entreprises aussi, sans oublier les salariés. Certains ont apporté 20 euros, d'autres 3.000 mais aucun n'est rémunéré au capital. Lors de l'assemblée générale, « un homme égale une voix ». Mais le capital reste privé. L'entreprise peut faire des bénéfices mais ils sont investis à 57 % au minimum dans la société. « C'est un statut hybride entre une Scop, une association, une coopérative », explique Sabine Le Gonidec. Cela s'appelle une SCIC : société coopérative d'intérêt collectif. Un statut créé en 2001 encore très peu connu. « Le seul bémol, commente la présidente, c'est que ce statut très particulier nous empêche d'avoir des aides. Comme on ne détient pas 50 % du capital, on ne rentre dans aucune case ». Pour avoir de l'aide, elles peuvent compter sur les sociétaires.




Des sociétaires militants

Certains sont venus poser le jonc de mer par exemple. Tous sont invités à prendre part au projet. « Pour les sociétaires, note la co-fondatrice de la SCIC, c'est un acte militant, il s'engage en prévoyance de leur propre décès ou de celui de leurs proches ». La coopérative s'engage en fait à ne pas faire de marge exagérée. « Mais attention, prévient Sabine Le Gonidec, ce n'est pas parce que c'est une coopérative que c'est du low-cost ». Aucune pression commerciale pour signer des devis. La valeur ajoutée : l'humain. « On va passer du temps avec les familles pour les conseiller, les accompagner. On sait qu'elles ont besoin dans ces cas-là, d'une oreille attentive. Elles pourront nous appeler le dimanche, le soir, si besoin. On veut faire du sur-mesure à chaque fois », détaille la présidente de la coopérative.




Une reconversion inattendue

Pour cela, l'équipe dirigeante se donne pour objectif de gérer deux décès par semaine au maximum, pour le moment. La coopérative proposera aussi d'organiser une cérémonie laïque personnalisée pour rendre hommage au défunt. Il y a encore quatre ans, Sabine Le Gonidec ne connaissait rien au milieu funéraire. Elle a initié sa reconversion suite au décès de sa grand-mère en 2012 : « j'ai été choquée de voir à quel point les prix sont élevés. Le jour où vous avez un décès à gérer, cela vous tombe dessus, cela va très vite, les montants sont tout de suite énormes et pas toujours transparents ». Elle alors l'idée d'importer un modèle qui existe depuis des années au Canada. Là-bas, le système des coopératives représente même la moitié du marché des pompes funèbres. En France, c'est une première.



Amandine Dubiez

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