Élections : Ce que veulent les chefs d'entreprises
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Élections : Ce que veulent les chefs d'entreprises

Charges sociales, lourdeurs administratives, manque d'adéquation entre l'offre et la demande de main-d'oeuvre... Les problématiques des chefs d'entreprises sont nombreuses. Revue de détail avec quelques-uns d'entre eux.

Véritable leitmotiv chez les patrons et responsables de réseaux de chefs d'entreprises, le coût du travail se pose en problématique phare pour laquelle il faut trouver des solutions. Un emblème des difficultés rencontrées par les chefs d'entreprises largement repris dans le livre numérique «Besoin d'Aire» qui recense les propositions du Medef et des entrepreneurs dans le cadre de la campagne présidentielle. «La France se situe dans le peloton de tête des pays de l'Union européenne pour son taux de prélèvements obligatoires. Cela nuit à son attractivité comme à sa compétitivité. Notre taux de prélèvements obligatoires sur les entreprises est le plus élevé d'Europe après la Suède: 24,8% de leur valeur ajoutée en 2010, soit près de 10 points de plus qu'en Allemagne».




Pouvoir d'achat et stabilité fiscale

Président du Medef des Hautes-Falaises (territoire de Fécamp) et membre du conseil exécutif du Medef national, Vincent Durozey explique les positions du mouvement patronal: «L'allégement des charges salariales, compensé en partie par une hausse de la CSG permettrait d'augmenter le pouvoir d'achat des salariés. Une baisse des cotisations employeurs compensée par une augmentation de la TVA d'autre part permettrait de rendre les entreprises plus compétitives face aux pays asiatiques et d'Europe de l'Est». Autre élément d'importance pour le Medef, mettre en place un pacte de stabilité fiscale, explique Jean-Jacques Gasly, président du Medef Rouen-Dieppe: «Ce pacte de stabilité fiscale propose qu'aucune loi fiscale ne puisse être remplacée dans les cinq ans suivant son adoption, afin de mettre en place un peu de stabilité fiscale pour que les entreprises sachent ou et comment investir. Un moyen de rétablir la confiance des entrepreneurs et des investisseurs». Président du CJD de Rouen Vallée de Seine et dirigeant d'une société de peinture (Saint-Étienne du Rouvray), Christophe Laguerre préférerait voir l'impôt sur les sociétés servir aux investissements ou être redistribué aux salariés mais parle aussi des charges patronales: «Elles sont trop importantes, surtout sur les hauts salaires pour lesquels il faut une baisse significative d'au moins la moitié car nous manquons cruellement d'encadrement dans les PME. C'est l'une des raisons pour lesquelles les PME ne se développent pas plus: l'embauche des cadres coûte trop cher et les aides sont très compliquées à obtenir. Une complexité du système qui serait bonne à améliorer».




Difficultés administratives

Simplifier les démarches administratives, c'est l'autre demande forte des chefs d'entreprises, souvent confrontés aux lourdeurs de l'administration. Pour Christophe Laguerre, l'intervention administrative apparaît trop souvent comme répressive: «Lorsque l'administration vient contrôler dans l'entreprise, c'est souvent trop tard. Il faut mettre en place un dialogue avant contrôle et renforcer le rôle de conseil de l'administration auprès des entreprises. Les entreprises ne sont pas des ennemis, nous devons pouvoir progresser ensemble».




Compétitivité

Si la mondialisation entraîne des échanges accrus entre les pays, force est de constater que les cartes ne sont pas les mêmes en ce qui concerne les taxes si l'on est une entreprise française ou chinoise. Un fort déséquilibre règne dans les échanges économiques de notre monde globalisé «et qui n'est pas à notre avantage», déplore Vincent Durozey, dirigeant de la société Ledun Pêcheurs d'Islande (Fécamp): «Je monte une société à Shanghai et tous mes produits qui entrent en Chine sont taxés à 23% plus 40$ de la tonne que les clients chinois payent, soit, une forme de protectionnisme. Nous devrions faire la même chose au niveau de l'Europe. Je pense que l'Europe devrait prendre des mesures protectionnistes afin de ralentir les entrées de produits en provenance d'Asie et favoriser le made in Europe. Il y a un vrai problème de compétitivité à l'export, nos entreprises sont lésées». Gérant de la société Dehondt Technologies (Notre-Dame de Gravenchon), Guillaume Dehondt rencontre fortement ces difficultés de compétitivité avec 95% de son chiffre d'affaires réalisé à l'export: «Nous sommes dans une économie mondiale mais face à des concurrents dont les coûts de production et les niveaux de charges sont bien moins élevés que chez nous. Pour moi, un SMIC à 1.500€ brut en France, c'est irréaliste face à cette concurrence. Ce qu'il faut, c'est nous donner les armes pour être concurrentiel dans ce monde globalisé».




Problèmes de société Autre point soulevé par les chefs d'entreprises, l'image négative du monde de l'entreprise véhiculée dans la population
. Une réalité à mettre en parallèle avec les difficultés de recrutement, selon Patrick Lechevalier, président du réseau Entreprendre Seine Estuaire: «Je n'entends parler que de difficultés de recrutement alors qu'il y a plusieurs millions de chômeurs et on ne trouve personne pour les postes vacants en entreprise! Mais quand on interroge les jeunes, les deux tiers souhaitent devenir fonctionnaires! Il y a un problème de mentalité: tout le monde recherche un confort sans risque et l'entreprise n'est pas perçue comme un élément positif. Pour améliorer l'image de l'entreprise, c'est une question d'éducation et sur du long terme. En fait, ce sont les professeurs qu'il faudrait faire venir en entreprise pour leur faire comprendre comment ça fonctionne. Faire comprendre que là où il y a de la valeur ajoutée, c'est dans l'entreprise».

Sébastien Colle

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