Passer d'un pré carré monopolistique de service public au milieu concurrentiel de l'entreprise privée, c'est l'enjeu relevé depuis un an par Eilyps, le nouveau nom de l'ex-syndicat agricole de contrôle laitier d'Ille-et-Vilaine (Bretagne Élevage Conseil 35). Si elle conserve jusqu'à la fin de cette année sa mission de délégation de service public, cette structure rennaise de 80 ans a désormais une logique différente. « Notre mission est toujours de contrôler la production de lait de chaque animal, mais nous avons aussi développé des conseils sur la conduite de l'élevage, de la nutrition, de la reproduction et des aspects sanitaires, mais aussi en bâtiment, matériel, environnement... Nous sortons de cet esprit associatif pour entrer dans une logique d'entreprise. Nous vendons du service et des conseils techniques », appuie Hubert Deléon, le directeur général qui conduit ce changement depuis deux ans et demi.
« Une rupture forte »
L'ex-syndicat était le seul organisme habilité et touchait à ce titre 90 % des éleveurs de bovins du département, soit 3.500 adhérents et 200.000 des 230.000 vaches du premier territoire producteur de France. Son évolution, véritable « révolution », n'a pas altéré les relations avec les éleveurs et, cerise sur le gâteau, ils ne l'ont pas délaissé. « Tout notre plan stratégique s'est tourné autour de l'éleveur client et nous n'en n'avons pas perdu en route ! Le bilan est positif et la concurrence nous stimule, se félicite Hubert Deléon. Nous avons décidé d'une rupture forte. Notre entreprise n'est plus une institution, nous sommes partenaires de la chaîne entre l'élevage et la laiterie. Nous avons fait un saut en passant d'une logique d'éleveur adhérent d'une organisation professionnelle agricole avec une méthode de délégation de service public à une logique d'entreprise avec un rôle d'accompagnement en considérant l'éleveur comme un client. » Sans cet état d'esprit, l'avenir même du syndicat aurait semble-t-il été compromis. « Le monopole est fini. Il y aura de la concurrence nationale et européenne, plusieurs opérateurs agréés, etc. » Cette mutation va aussi de paire avec une révolution technologique dans le pilotage des élevages et de leur production. « Pour faire de la sélection, les gens n'ont plus besoin de nous. Les automates nous remplacent... » Impossible de rivaliser entre une vingtaine d'informations et les 800 mesures annuelles d'un automate ! Eilyps valorise alors son savoir-faire, avec « une assise technologique » et « une longueur d'avance ».
Investissement et innovation
Son changement de nom, inscrit dans la modernité grâce à l'agence de com' Ovny aux Herbiers (85), s'accompagne aussi d'innovations. On parle désormais de protection des données, d'agro-environnement... Dernière innovation en date : une application sur smartphone baptisée SmartLY, un nouveau boîtier de saisie en salle de traite. Eilyps a investi plus de 500.000 euros dont la moitié dans son siège social à Pacé. Le mot rentabilité ne fait plus peur. « Il nous faut du résultat pour pouvoir investir. Nous avons progressé de 5 à 7 % de chiffre d'affaires par an ces trois dernières années, avec 2,7 M€ de fonds propres ».
Un champ élargi
Comme toute entreprise, Eilyps fait de la croissance externe. Elle vient de racheter MSB (7 salariés) à Saint-Sauveur-des-Landes, spécialisée dans le parage des pieds de bovins. Une opération menée à 50/50 avec une autre société de Loire-Anjou. « Notre champ d'activité s'élargit... » Eilyps vient aussi d'adhérer au réseau Bretagne Commerce International (BCI). Résultat : l'enseigne s'est aussi rendue attractive et attire désormais des profils d'ingénieurs qu'elle ne parvenait pas à séduire. Hubert Deléon a embauché un directeur des systèmes d'information (DSI), cinq cadres ingénieurs et une quinzaine de conseillers élevage. « Le fait que nous ayons changé attire. Nous avons modernisé notre image et investi dans la matière grise », sourit le DG qui parle de « nouveau souffle ». Et de conclure : « Nous avons changé de braquet. »
Géry Bertrande
Agroalimentaire Un an après sa transformation en société privée, le syndicat de contrôle laitier poursuit sa mutation. Rencontre avec son nouveau DG, Hubert Deléon.