Luc Chatel, secrétaire d'État chargé de l'Industrie et de la Consommation, et Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'État chargée de l'Écologie, ont choisi Lyon et le salon Pollutec, en décembre dernier, pour tenir la deuxième réunion du Cosei (comité stratégique des éco-industries) et annoncer le plan stratégique Éco-tech 2012. Tout un symbole pour la région qui envisage de devenir leader français et en bonne place européenne sur le secteur des technologies propres. Finie donc l'opposition systématique entre deux mondes. L'industrie n'est plus l'ennemie de l'environnement: «La révolution environnementale sera d'abord industrielle» a déclaré Luc Chatel dans les allées de Pollutec. Le gouvernement, via France Investissement, a mobilisé 60M€ sur le sujet des éco-industries. Un appel à projets lancé en début d'année, en partenariat avec Oseo et l'Ademe, pour faire émerger l'innovation éco-technologique au sein des PME françaises, sera doté de 30M€ sur trois ans. Et les initiatives ne manquent pas: contrôles concernant le dumping environnemental par la DGCCRF, 1er prix TIC et développement durable avec le Medef, mise en ligne d'un éco-portail...
Des secteurs à potentiel
Tous les marchés ne sont pas au même niveau de maturité. L'eau, l'assainissement, la gestion des déchets et le traitement des pollutions locales (air, bruit, sols) sont des filières organisées avec de nombreuses entreprises françaises leaders au niveau mondial. En 2008, elles représentaient 29Md€ de chiffre d'affaires et 180.000 emplois, soit près de 50% de l'activité et de l'emploi des éco-industries en France, selon l'étude réalisée par le Boston Consulting Group, dans le cadre du plan gouvernemental Éco-tech 2012. Deuxième groupe de filières mises en avant par cette même étude: celles bien développées en France et qui connaissent toujours des taux de croissance supérieurs à 5% par an comme l'efficacité énergétique du bâtiment, l'exploitation de la biomasse et des biocarburants, le recyclage et la valorisation énergétique des déchets. En 2008, ces filières représentent 27Md€ d'activité et 200.000 emplois en France. Les prévisions de déploiement de ce secteur tablent sur 50Md€ de chiffre d'affaires et 400.000 emplois en France. Enfin, certaines filières, sur des technologies de rupture non encore viables économiquement, sont considérées comme des sources d'innovation et de profit très intéressantes. Les filières d'équipement dans le solaire, l'éolien offshore ou la géothermie, la fabrication de véhicules décarbonés (électrique, hydrogène) ou encore la production de systèmes de stockage de l'énergie sont des niches à exploiter. L'étude du Boston Consulting Group estime que cette filière pourrait représenter un chiffre d'affaires France de 11Md€ d'ici à 2020.
La carte régionale
Rhône-Alpes est plutôt bien avancée sur certains de ces sujets, grâce notamment à l'implication forte des pôles de compétitivité et aux industriels locaux qui tirent les PME vers le haut. Dans l'objectif de devenir un référent européen d'ici à 5 ans dans ce domaine des cleantech, les collectivités ont actionné le levier marketing pour faire émerger des compétences et profiter des acquis du territoire pour pousser les projets d'envergure. L'action des pôles, combinée avec les communications mises en place par la Région et le Grand Lyon, entraîne ainsi, avec les grands groupes qui disposent de moyens et de temps pour travailler sur les projets environnementaux, tout un tissu de petites entreprises en R & D, bureaux d'études et autres prestataires de services. Les compétences s'étoffent, en amont et en aval, et l'émulation est en train de se créer en région autour de ces industries nouvelle génération.
Rhône-Alpes a accueilli les premières entreprises françaises spécialisées dans le traitement des déchets et de l'eau. Trois décennies plus tard, les grands groupes locaux positionnés sur les cleantech s'avèrent être des moteurs pour tout un tissu économique dans le développement des éco-industries et des services qui leur sont associés. Les collectivités se sont aussi emparées du phénomène qui, derrière un aspect marketing, révèle un vrai savoir faire en région. Le point sur les perspectives avec ces acteurs de l'industrie verte.
Dossier réalisé par Claire Pourprix et Stéphanie Polette