Eco-construction : Bulle ou business durable?

Eco-construction : Bulle ou business durable?

Quinzaine du développement durable, parcs éco-responsables, salon de l'éco-habitat, trophées de la performance énergétique... Les événements et les sites se multiplient sur le thème plus ou moins flou et à la mode de l'éco-construction. Les entreprises se ruent vers ces nouveaux marchés en pleine croissance, boostés par une demande plus sensible au discours environnemental, mais aussi par les subventions et autres aides publiques. Parallèlement, certaines enseignes spécialisées ENR trinquent déjà. Ce business est-il vraiment durable ou la bulle va-t-elle bientôt éclater? Dossier réalisé par Thomas Baume, Géry Bertrandeet Bertrand Tardiveau

L'avenir a toutes les chances d'être durable. Inscrite à l'agenda du Grenelle, l'entrée en vigueur en janvier2013 de la nouvelle réglementation sur la performance énergétique des bâtiments confirme nettement la tendance.




Bulle ou réalité?

Mais le business durable n'est-il pas en train de gonfler au point de bientôt éclater, comme en son temps la bulle internet? Vu le nombre grandissant d'entreprises qui se cramponnent au terrain du développement vert, la question mérite d'être posée. «Même si la croissance verte est importante, il ne s'agit pas d'une bulle spéculative», selon Yves Delplanque, directeur de Douaisis technopole environnement (DTE). Les normes environnementales imposées par les pouvoirs publics permettent «de borner le marché et d'en définir la progression», toujours selon le directeur de DTE. Et ce dernier d'ajouter: «Le plan grenelle et la RT 2012 sont des réalités pour l'éco-construction. Celui qui ne voudra pas y aller n'arrivera pas à se développer. Il faut maintenant aussi que les entreprises se mobilisent et que les pouvoirs publics aillent dans ce sens avec des véritables projets d'éco-quartiers.»




Technicité accrue

Pour résister sur le nouveau front ouvert par l'écologie, la solution consiste avant tout à une professionnalisation accrue des métiers du bâtiment. L'époque de la reconstruction intensive et approximative, ainsi que des lotissements-champignons est bel et bien achevée. En revanche, de nouveaux besoins apparaissent: 30millions de logements à rénover en France d'ici à 2050, 600.000 rien que sur le Nord-Pas-de-Calais. Face aux contraintes des plans d'urbanisme et du bâti déjà existant, la plus grande technicité des chantiers disqualifie d'emblée les entreprises qui négligent les nouvelles méthodes et les nouveaux matériaux associés à l'éco-construction. Sur le marché encore frémissant des maisons individuelles, il est encore difficile de tirer son épingle du jeu en dehors du haut de gamme. «Pour l'essentiel, on n'observe guère de changement sur le terrain, regrette Maxime Lambert, fondateur en 2009 du cabinet d'architecture Arch'eco, à Saint-Laurent-Blangy. Les demandes sont nombreuses, mais elles se heurtent souvent à des questions de budget. D'autre part, les compétences en ce domaine sont encore trop rares. Et le prix des matériaux trop cher», souligne l'architecte, surpris qu'un mur en bois demeure plus cher qu'un mur en briques.




Diversification cruciale

Il s'agit également de se diversifier. La recette n'est pas nouvelle, encore faut-il l'appliquer. Pour ne pas être tributaire du seul photovoltaïque, «sous perfusion» d'aides publiques et déjà en proie à des difficultés, les installateurs multiplient leurs domaines de compétences et donc leurs offres commerciales. C'est le cas, par exemple, de Soleol à Haubourdin.






L'immobilier s'y met

Du côté des professionnels de l'immobilier, ce business est prometteur. Aux dires d'Hugues Laffineur, du cabinet lillois Tostain & Laffineur, «les investisseurs ne regardent plus que ça». D'où la multiplication des bâtiments et autres parcs que l'on nomme maintenant «éco-responsables» quand ils ne sont pas HQE. Même si leur prix est plus élevé, la promesse de diminution de charges est grande. «Charges et loyer compris, il n'y a pas de différence. On récupère tout de suite en charges la hausse de loyers, si on utilise bien le bâtiment», précise Hugues Laffineur. Norpac montre l'exemple. Le mois dernier, la filiale régionale de Bouygues a inauguré son siège, le premier bâtiment basse consommation (BBC) au nord de Paris. Jusqu'alors spécialisée dans le diagnostic immobilier, Expert Habitat, à Avesnes-les-Bapaume a redonné, quant à elle, du souffle à sa croissance en intégrant à ses activités l'expertise en bâtiment, notamment en matière d'isolation thermique.

Retour sur investissement Si les particuliers sont encore frileux, notamment face au surcoût des techniques ou matériaux engagés, les bailleurs sociaux ne sont pas en reste. Chez SIA (groupe BPCE), dont le siège est situé à Douai, même tendance à investir dans le durable. Fin 2009, le bailleur social aux 36.000logements dans la région a annoncé un vaste plan d'investissement de 75M€ avant 2020 pour la «réhabilitation thermique» d'un tiers de son parc. Le surcoût de 12 à 15% lié aux énergies nouvelles permettra tout de même de diviser les charges par quatre.

L'ingénierie se spécialise

Pour répondre à une demande toujours plus pressante des maîtres d'ouvrage, les cabinets d'ingénierie misent plus que jamais sur le marché du bâtiment «eco-friendly». Ainsi, le cabinet arrageois ETNAP BET préfère désormais sous-traiter les éco-projets qui lui sont soumis à Optere, société lancée par un ingénieur thermicien passé par les services du cabinet d'études, Frédéric Réant.