Doux : Un mauvais souvenir pour les Brésiliens
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Doux : Un mauvais souvenir pour les Brésiliens

Agroalimentaire Les représentants du secteur mettent en cause la maison mère dans la gestion de sa filiale au Brésil. Doux-Frangosul (6.000 salariés) multipliait les impayés et les dettes.

« Doux a été une expérience nocive pour le secteur, les éleveurs et les fournisseurs qui ont travaillé avec eux en gardent un mauvais souvenir ». Ricardo Santin, directeur des marchés à l'Union brésilienne d'aviculture n'y va pas de main morte quand il s'agit d'évoquer le passage de Doux au Brésil. Le volailler de Châteaulin y a débarqué en 1998, via le rachat d'un des fleurons du poulet brésilien, Frangosul. « Il a été très bien accueilli », jure Francisco Turra, le président de l'Ubabef, dont le groupe Doux était membre. Dans les années 90 et 2000, la filière avicole brésilienne décolle littéralement : les exportations sont multipliées par 10 entre 1990 et 2012 et le Brésil devient le premier exportateur de poulet et le troisième plus gros producteur au monde. Une croissance fulgurante dont a profité le groupe Doux : le chiffre d'affaires de la filiale brésilienne est passé de 380 millions de réals en 1998 à près de 2 milliards en 2008, soit 621 millions d'euros selon le taux de change actuel. Avec une quinzaine d'usines, surtout réparties dans le sud du pays, Frangosul est le troisième plus gros producteur de poulet au Brésil. « Quand ils ont repris l'entreprise, Frangosul était en pleine croissance et entretenait de très bonnes relations avec ses partenaires et ses éleveurs, assure Francisco Turra. Puis la maison mère a eu des difficultés. » En 2003, le groupe Doux ferme neuf sites, puis deux autres en 2008. « Les bénéfices de la filiale ont commencé à être utilisés pour équilibrer les comptes en France », avance Ricardo Santin.




« Plusieurs mois de retard »

Fin 2008, la filière brésilienne est frappée par la crise économique et par la dévalorisation du dollar, qui défavorisent les exportations brésiliennes. Frangosul, qui exporte 75 % de sa viande, fait alors face à ses propres difficultés financières et le siège n'est pas en mesure de soutenir sa filiale. Alors les dettes s'accumulent et la gestion empire. « Les éleveurs et les fournisseurs étaient payés avec plusieurs mois de retard, rappelle Ricardo Santin. On recevait des dizaines de lettres de plaintes à l'Ubabef ». Quand Doux, acculé, cède en mai 2012 sa filiale en location-gérance au numéro un de la viande au Brésil, le géant JBS-Friboï, Frangosul affiche une dette de 182 millions d'euros. Pour expliquer cette débâcle, le volailler invoque le protectionnisme brésilien et les subventions que recevaient ses concurrents. « Une stratégie de défense », qualifie Ricardo Santin, qui a fini par agacer les professionnels du secteur. Si la BNDES, la banque de développement brésilienne, a effectivement aidé le secteur, Francisco Turra rappelle que « ce n'étaient que des prêts que les entreprises devaient rembourser ». Et il rappelle que jusqu'à il y a peu, Doux profitait largement des restitutions européennes, une aide « absolument injuste », selon lui.




La dette retarde l'arrivée d'Al Munajem

La reprise par le géant national JBS de l'ex-fleuron brésilien a donc été accueillie avec soulagement. La question reste de savoir quand JBS rachètera Frangosul, pour permettre à Doux de se décharger enfin de sa dette brésilienne qui pèse encore sur son passif et retarde l'entrée au capital du Saoudien Al Munajem, qui doit prendre 25 % du capital. Selon les Échos du 1er décembre, JBS aurait entamé des discussions dans ce sens avec Frangosul. Pour Francisco Turra, c'est la « conclusion naturelle » de l'accord signé en mai 2012, qui stipule que JBS dispose d'une possibilité de rachat.

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