Doux : Le symptôme d'une filière malade?
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Doux : Le symptôme d'une filière malade?

AGROALIMENTAIRE Alors que la consommation mondiale de volaille n'a jamais été aussi forte, la production française ne cesse de diminuer. Vétusté des outils de production, perte de compétitivité: les difficultés de Doux lèvent le voile sur une filière en déclin.

«Dans un corps qui ne va pas bien, c'est son membre le plus malade qui souffre en premier». Christian Renault, spécialiste de l'aviculture au sein du cabinet d'étude AND, résume bien la situation. Gangrené par une dette de 400millions d'euros, qu'il traîne comme un boulet depuis le rachat de Frangosul au Brésil, Doux a dû déposer le bilan et commence à céder des actifs. Mais la dette n'est pas la seule explication: Doux, comme l'ensemble de la filière avicole française, souffre d'une compétitivité en déclin. Alors que la consommation mondiale de volaille n'a jamais été aussi forte, la production française a baissé de 21,7% en dix ans. La Bretagne est particulièrement touchée. «On a perdu un tiers des poulaillers en dix ans», estime Didier Goubil, président de la commission avicole de la Chambre d'agriculture du Finistère.




Des outils vétustes

La rupture daterait des années 2000, au moment de l'application des accords de l'OMC sur la libéralisation des échanges, qui ont laissé le champ libre, sur le marché intérieur, aux volailles brésiliennes bien moins chères. C'est la dinde qui souffre alors le plus. «À ce moment-là, la filière nécessitait une restructuration pour faire face à la concurrence», rappelle Christian Renault. «Mais plutôt que de moderniser les outils pour gagner en productivité, les producteurs et éleveurs les ont simplement maintenus en l'état.» Christian Marinov, porte-parole de la Confédération française de l'aviculture souligne qu'«en moyenne en France, une exploitation d'éleveur a 23 ans». Les faibles marges et le nombre croissant de normes environnementales à respecter n'ont pas permis aux éleveurs de dégager suffisamment d'argent pour investir.




42 % d'importations

Et pendant ce temps-là, la concurrence s'est accrue. Une concurrence non seulement brésilienne, mais également européenne, avec de nouveaux acteurs. «42% des poulets frais sont aujourd'hui importés d'Allemagne, de Pologne, des Pays-Bas...», confirme Jean Dano, agriculteur à Lanouée dans le Morbihan et vice-président de la coopérative Triskalia. «En France, la diversité de notre production animale est un atout qui peut vite se transformer en handicap lorsque le consommateur recherche en priorité un poulet à bas prix.»




Concurrence allemande

L'Allemagne s'est attaquée au marché dès les années 2000. «Il y a eu une volonté politique très forte pour lancer la filière là-bas», explique André Quénet. Aujourd'hui, les industriels allemands ont des outils de production très modernes. «Ils produisent des poulets hyperstandardisés, entiers ou à la découpe, alors que les Français proposent des gammes de produits sophistiqués, exigées par la grande distribution, qui font perdre en productivité», ajoute Christian Marinov.




La filière export en sursis

Si la filière du poulet frais souffre, malgré la bonne santé du leader LDC, de son côté, la filière de la volaille congelée, destinée à l'export, se porte plutôt bien. Seuls deux acteurs en profitent, le géant Doux, qui contrôle 70% du marché du poulet export, et Tilly-Sabco, basé à Guerlesquin dans le Finistère. Largement subventionnés par les aides européennes de la Pac (les fameuses restitutions), les poulets congelés sont restés compétitifs sur le marché mondial. «Sans ces restitutions, la filière export n'a aucun avenir», assure Christian Marinov, qui rappelle que Doux a reçu 50millions d'euros de restitution en 2011. Les ennuis de Doux n'arrivent pas au meilleur moment: une révision de la PAC est prévue pour l'année prochaine. L'arrêt des restitutions, que certains craignent, signifierait l'écroulement de la filière et un véritable séisme en Bretagne où l'export représente 55% des poulets bretons. Avec les difficultés de la filière du frais, les éleveurs auraient de la peine à trouver de nouveaux débouchés.



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