La société coopérative d’intérêt collectif Douar Den (46 salariés, 17 M€ de CA en 2024-2025), qui réunit des acteurs bretons de la filière légumes bio, des récoltants aux transformateurs, a lancé une nouvelle activité. En plus de son rôle de coordination entre ces acteurs et celle de réception, lavage, emballage, étiquetage et commercialisation de légumes (pommes de terre en tête mais aussi carottes, oignons, échalotes, chou-fleur, chou lisse et poireaux) auprès des magasins bio et la GMS, la société a démarré en mai 2025 une "légumerie".
Des légumes auparavant données aux fermes alentour
"Nous avons sorti 19 000 tonnes de produits finis durant l’exercice 2024 – 2025, et 2 000 tonnes ont été données dans les fermes alentour pour l’alimentation animale, car les légumes n’étaient pas dans les normes (hors gabarit, aspect peu séduisant...), explique Fabris Tréhorel, qui dirige la société qui possède trois sites de stockage et de conditionnement : deux à St-Nicolas-du-Pélem dans les Côtes-d’Armor (13 000 m² au total), qui accueille aussi le siège, et un autre à Pontivy dans le Morbihan (4 000 m²). "Nous voulions faire valoriser ces légumes mais leurs différences de gabarit impactaient la productivité des modèles de transformation envisagés avec des industriels", ajoute-t-il.
"Nous avions les outils pour valoriser ces légumes"
Le Costarmoricain, fervent défenseur du Kreiz Breizh (le Centre Bretagne), imagine alors une solution en interne. "Nous avons la matière première et les outils : nous étions les mieux placés pour nous occuper nous-mêmes de la valorisation de ces légumes. Cela va nous ouvrir des débouchés supplémentaires et limiter le transport", explique-t-il.
Alors que Douar Den ("La terre et l’homme" en breton) commercialise ses légumes dans le réseau bio (40 % du chiffre d’affaires) et les livre à des industriels de l’agroalimentaire (20 % du CA), l’idée est désormais de proposer des légumes entiers, râpés, en rondelles, en cubes… aux établissements d’enseignement, aux collectivités, aux hôpitaux et aux Ehpad pour leur restauration collective, ainsi qu’aux artisans de bouche et professionnels de la restauration.
Collectivités, Ehpad et établissements d’enseignement ciblés
"Nous avons testé ces marchés et en novembre, nous avons validé l’acceptation de notre offre", raconte le dirigeant. La loi (Egalim, NDLR) indiquant que ces établissements doivent servir 20 % de produits bio, un objectif souvent loin d’être atteints, porte l’offre de la société costarmoricaine. À fin 2025, Douar Den, qui a été créée en 2007, compte déjà dans sa clientèle plusieurs collectivités (des communes de Saint-Brieuc Armor Agglomération et de la Communauté de communes du Kreiz Breizh), des lycées (Rabelais, Freyssinet, Chaptal à Saint-Brieuc), l’Ehpad de Saint-Nicolas-du-Pélem et des artisans traiteurs. Soit un total de 100 tonnes vendues.
Un investissement de 600 000 euros
L’objectif est d’atteindre à terme les 1 000 tonnes, en commençant par 300 tonnes en 2027. "Cela nous amènerait à un chiffre d’affaires d’un million d’euros en 2027", se félicite Fabris Tréhorel. Un surplus d’activité qui nécessiterait un investissement en matériel (éplucheuse, découpeuse, emballeuse) de 600 000 euros (après les 200 000 euros investis pour le démarrage de l’activité) et le recrutement de 7 personnes. Un emploi local qui apporte une satisfaction supplémentaire pour le dirigeant : "notre jardin, c’est la Bretagne."
Lancement d’une marque propre
Toujours en 2025, en septembre, Douar Den, qui vient d’adhérer à Produit en Bretagne, a lancé sa propre marque de légumes en magasins bio et GMS, en parallèle des ventes sous marque de distributeur. "Sur notre packaging, nous expliquons ce que nous faisons et nos valeurs", signale le Costarmoricain.
La société coopérative, qui compte une cinquantaine d’actionnaires réunis en collèges ("paysans, salariés, structures commerciales"), possède également depuis 2015 une activité de vente de plants de pomme de terre, qui assure les 40 % restants de son chiffre d’affaires. Elle développe des espèces adaptées au bio, résistant aux maladies, au stress hydrique… en partenariat avec Bretagne Plants, l’organisation des producteurs de plants bretons. "80 % de nos ventes de pommes de terre proviennent d’espèces que nous avons développées et qui nous appartiennent", précise Fabris Tréhorel.