L'agence de pub Révolution 9 fait-elle face à une crise de croissance ? Vu son appétit d'ogre, ça y ressemble fortement... avec des méthodes décriées et les déboires en prime. Absorber quelque 60 sociétés en trois ans ne va pas sans surprises. Son histoire avec l'agence rennaise AdHoc était belle, la mariée aussi. Tout était bien parti (notre édition de juin 2015). Tous ses acteurs voulaient y croire. Mais comme tout mariage, il se termine parfois par le divorce... C'est le cas aujourd'hui entre les fondateurs de l'agence de pub rennaise AdHoc* et le groupe parisien « R9 » qui avait racheté l'entreprise courant 2014.
En désaccord
Tout se passait plutôt bien. Le rachat était entendu. Il devait se faire en paiements par tiers, selon une technique couramment utilisée par R9. Pas de souci pour le premier versement. C'est au deuxième tiers que les choses se sont gâtées. Un échéancier avait bien été proposé. Evincés, les deux cédants qui étaient sous contrat de prestation, attendent toujours leur deuxième part. La cause ? Xavier Baillet, cofondateur et actuel DG de R9, que nous avons rencontré à Rennes, ne cache pas « le retard de paiement et une divergence d'opinions sur la stratégie ». Il justifie ses soucis de trésorerie : « Nous vivons, comme toute entreprise en France, des difficultés de cashflow. Les clients ne payent pas assez vite et les charges sont importantes », ajoute-t-il, « pas inquiet ». Il ne se dit « pas dépassé » non plus.
Retards de paiement
Xavier Baillet indique ne pas avoir eu de souci pour les deux tiers de sa soixantaine de rachats. Problème : le tiers restant et les retards de paiement qui s'accumulent de toutes parts chez les fournisseurs, prestataires, et même Urssaf, TVA... Xavier Baillet annonce deux millions d'euros de retard sur douze millions de créances.
« Des erreurs, c'est évident »
« Chaque mois, il nous manque deux millions d'euros... Nous avons réduit de 90 % la dette exigible. Nous n'avons pas négocié une seule dette fournisseur à la baisse et nous avons ramené notre retard de six à trois mois. À ce jour 90 % des prestataires sont régularisés, "moratoriés" », argumente-t-il. Le dirigeant parisien reconnaît « des erreurs, c'est évident... Nous n'avons peut-être pas assez communiqué », souligne Xavier Baillet, qui assure être sur une bonne pente avec « des mesures correctives ». Il avance même des projets de levée de fonds en cours, « de dix à quinze millions d'euros ». Son projet n'a pas changé : apporter des compétences digitales à des agences plus traditionnelles en régions. « Nous sommes venus ici pour créer de l'emploi. Nous continuons d'investir », insiste-t-il. « L'activité est bonne. Nous allons nous battre. La majorité des clients nous soutient », renchérit Ingrid Bourdais, directrice qui, malgré la crise, tente de faire bonne figure au pilotage de l'agence renforcée par Yann Le Guellaff. Consultant, fondateur de l'association des Cadres bretons de Paris dépêché de la capitale, il se défend d'endosser le rôle de « pompier de service ».
Rassurer
Pour Xavier Baillet, « AdHoc n'a pas besoin d'argent, l'entreprise n'est pas en difficulté. La société est rentable et va bien. Il ne faut pas confondre avec l'exploitation », précise-t-il, en avançant ses chiffres : un CA 2015 d'1,875 millions d'euros pour un million de marge brute et 225.000 euros de résultat d'exploitation pour AdHoc ; 28 millions d'euros de marge brute pour Alliance R9 en 2015 (26 millions d'euros prévus en 2016) pour un Ebitda de 4 M?. Quant au transfert à Paris du siège rennais d'AdHoc, qui a surpris sur la place bretonne, Xavier Baillet le justifie : « C'est purement administratif, selon lui. N'y voyez pas de stratégie de fuites, l'avenir de notre développement Ouest est à Rennes. Cela ne préjuge en rien de l'avenir du pôle Ouest. Nos ambitions sont d'installer un FastLabs à Rennes (sur la même idée qu'à Paris), mobiliser les acteurs locaux, proposer à nos équipes de Paris d'intégrer les bureaux de Rennes », complète-t-il.
En redressement judiciaire
Au printemps dernier, AdHoc a pourtant été placée en redressement judiciaire. Un nouveau rendez-vous est fixé au tribunal de commerce le 13 juillet. La justice devra aussi éclaircir la course en avant de cette méthode de rachat par tiers, financés avec l'argent d'autres sociétés. Pour un financier rennais averti, ce système a déjà été dénoncé dans d'autres affaires et s'apparente à la pyramide dite de Ponzi ou, plus récemment de « Madoff », qui consiste à rémunérer des investissements par les fonds générés par les nouveaux entrants. Ce que réfute Xavier Baillet à qui nous avons posé la question.
(*) Jean-Marcel Philippe et Erwann Nedellec n'ont pas souhaité s'exprimer sur le litige et l'affaire en cours.