Il y a quelques semaines, l'autorité de la concurrence, saisie par la CCI du Var a rendu son avis sur les liaisons continent-Corse et relancé la bataille autour de la desserte de l'île de Beauté. «Compte tenu du faible taux de remplissage des bateaux assurant la liaison Marseille-Corse», l'autorité recommande à l'Office des transports de la Corse «d'étudier la possibilité d'abandonner au moins provisoirement le régime de la délégation de service public (DSP) à compter du 1erseptembre 2012 et de mettre en place un régime d'OSP (obligation de service public) généralisé pour tous les armateurs au départ des ports niçois, toulonnais et marseillais.» La saisine de l'autorité de la concurrence par la CCI du Var trouve ses origines dans la crainte de voir s'étendre la DSP à Toulon alors même qu'aucune carence du privé ne pouvait être démontrée sur le port varois. «Nous avons un port qui a toujours été ouvert à une libre concurrence et ceci nous a permis d'avoir une activité croissante, pertinente et efficace pour la continuité territoriale. Nous ne voulons pas renoncer à cette situation et nous nous réjouissons que la DSP ne soit pas étendue au port de Toulon», souligne Jacques Bianchi, président de la CCI du Var.
Hémorragie du dispositif de continuité territoriale
Cette extension de DSP avait été évoquée en 2011 dans un contexte d'hémorragie du dispositif de continuité territoriale qui s'élevait en 2010 à 130M€. Une part - 113M€ - va au système de DSP instauré au départ de Marseille et détenu par la Société de navigation Corse Méditerranée (SNCM) et la Méridionale. Le reste - 17M€ en 2010 - est distribué au titre de l'aide sociale aux passagers, dont le montant a suivi la progression importante du nombre de passagers au départ de Toulon et Nice. Cette aide bénéficie dans sa majeure partie à la Corsica ferries, mais aussi à la SNCM au départ de Nice et de Toulon, puisque la compagnie est depuis le début de l'année de retour dans la rade toulonnaise avec 370 traversées programmées en 2012.
Une décision discutée
Dès lors, pour la SNCM, l'autorité de la concurrence outrepasse ses droits. En revanche, pour Pierre Mattei, directeur général de la Corsica Ferries, leader sur la ligne Toulon-Corse avec plus d'1,2million de passagers transportés en 2011, «cet avis réaffirme le principe édicté par la cour d'appel de Marseille: la DSP ne peut se concevoir qu'en cas de carence avérée du privé. À Toulon, c'est tout le contraire. Il confirme aussi l'interprétation que nous faisons depuis de longues années des règlements européens. Il faut prendre les choses en ordre: définir ce qui est vital pour la Corse, constater que le marché n'assure pas ces services et enfin uniquement et en dernier ressort financer avec des fonds publics en s'assurant de ne payer que pour ces services.» Désormais, la décision finale est entre les mains de la communauté territoriale Corse, qui est «la seule souveraine, la seule compétente», selon Jacques Bianchi, qui ajoute vouloir «conserver d'excellentes relations avec tous ses partenaires.»
Le port de Toulon, ouvert à une ou plusieurs compagnies
La décision est attendue par tous les acteurs de la desserte continent-Corse et notamment par la chambre consulaire varoise: «Le port de Toulon reste un port disposé à accroître harmonieusement sa capacité d'accueil. Il a de la place pour une ou plusieurs compagnies. Ce que je souhaite ardemment et ce à quoi je serai aussi attentif, c'est que la qualité de service soit maintenue au bon niveau, c'est-à-dire au moins telle qu'elle est aujourd'hui.» Le port de Toulon a aussi des atouts que les compagnies constatent d'elles-mêmes. La SNCM est revenue dans la rade toulonnaise pour conquérir des parts de marché sur l'activité dédiée au fret et répondre à la demande de certains clients, «désireux de passer par Toulon pour réduire le temps de transit vers la Corse, bénéficier des infrastructures logistiques du port varois et de prix attractifs.» Le rétablissement de cette concurrence en début d'année, Pierre Mattei l'interprète quant à lui comme «une preuve aussi que le port de Toulon est une alternative plus que viable à Marseille.»
TRANSPORT MARITIME L'autorité de la concurrence a relancé la bataille autour de la très convoitée desserte de la Corse. Alors que la décision finale appartient aux élus corses, le port de Toulon s'affirme de plus en plus comme une alternative viable à Marseille.