Un vent de responsabilité sociétale souffle sur les patrons. Après la grande vague du marketing dans les années 1980, puis celle de la relation client, c'est au tour de la Responsabilité sociale et environnementale (RSE) de tomber en pluie fine sur les PME. Quand on leur parle du fameux acronyme, certains P-dg embrayent sans se faire prier, tandis que d'autres font la grimace. «Après quatre ans d'évangélisation, les chefs d'entreprise sont maintenant conscients qu'il faut se lancer, mais ils ne savent pas toujours comment», observe François Rabasse, directeur de SENSE (91), cabinet spécialisé en RSE. Pour lui, un patron peut y parvenir par plusieurs chemins. «Soit parce qu'un gros client se plaint, soit parce qu'il estime que c'est nécessaire pour attirer des jeunes diplômés. Soit encore parce qu'il s'est penché sur une problématique sociale qui l'a amenée vers d'autres.»
Les Messieurs Jourdain de la RSE
À noter que, bien souvent, les patrons font de la RSE sans le savoir, comme Monsieur Jourdain de la prose. Bien souvent aussi, ils ne trouvent pas le terme très sexy. Dominique Parzy, P-dg de K-Plan (matériel biomédical de pointe à Villeurbanne) est de ceux-là. «Le terme paraît rébarbatif. On se dit que si on se plonge là-dedans, on va s'arracher les cheveux jusqu'à en devenir chauve.» Alors, trop métaphysique la RSE? Sans doute, puisqu'elle demande de prendre un peu de hauteur. Mais quand on interroge Dominique Parzy, on réalise qu'il applique déjà une partie du cahier des charges. Sa conception de l'entreprise -une équipe dont les membres doivent se sentir bien - l'a déjà amené à développer un système de participation, ainsi que la formation. Daniel Luciani, P-dg de l'agence de conseil en communication Icom (Toulouse), peut donner une définition standard de la RSE. Mais il lui préfère le terme de ?performance globale? développé par le Centre des jeunes dirigeants. «Quand on parle de RSE, j'ai l'impression qu'on colle une contrainte supplémentaire sur l'entreprise, alors que la performance globale fait référence à une stratégie d'entreprise qui intègre le développement durable.»
Des entreprises pas responsables?
Daniel Luciani n'est pas seul à penser ainsi. Mathieu Chevara, gérant de l'atelier de design graphique Chevara (Paris), estime que le terme de RSE, «sous-entend que les entreprises ne sont pas responsables. Or, avant de parler de RSE, je pense que la société se porterait déjà mieux si les règles étaient respectées.» Ce n'est pas l'avis de Laurent Valet, P-dg d'EnergIT (69). «Pour moi, l'entreprise a une dimension sociétale importante. On est là pour le progrès de la société», clame-t-il. Quels que soient les avis, les observateurs attentifs comme Jacques Schramm, P-dg du cabinet A2 Consulting (Paris), estiment que se lancer dans la RSE est inéluctable. «Le marché a une empathie pour la RSE et le grand public est prêt à acheter à des entreprises vertueuses. C'est aussi vrai dans les échanges B to B. Mieux vaut donc que les patrons se familiarisent encore avec l'acronyme.»
Il y a autant de raisons de faire de la RSE qu'il y a d'entreprises en France.
Certains y sont venus d'eux-mêmes, d'autres poussés par des clients.