Depuis Strasbourg, l’Alliance des régions automobiles dresse un constat : "Notre industrie n’est plus compétitive"
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Depuis Strasbourg, l’Alliance des régions automobiles dresse un constat : "Notre industrie n’est plus compétitive"

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Réunie à Strasbourg le 17 juin, l’Alliance des régions automobiles demande à l’Europe davantage de clarté dans la réglementation et des financements pour accompagner la transition du secteur.

Valérie Debord, vice-présidente de la Région Grand Est et Guido Guidesi, président de l’Alliance des régions automobiles (ARA) — Photo : Dorian Mao

"Si nous n’agissons pas maintenant, nous allons droit dans le mur de la disparition du secteur automobile européen", alerte Guido Guidesi, actuel président de l’Alliance des régions automobiles (ARA) et ministre régional du développement économique de la Lombardie, en Italie. Le ton est donné. Mardi 17 juin, les 38 membres du réseau de l’ARA, qui rassemble des régions dotées d’une forte industrie automobile et équipementière, se sont réunis dans l’hémicycle de la Région Grand Est, à Strasbourg, pour évoquer la transition du secteur automobile avec des membres du Parlement européen et de la Commission européenne.

"Dix à quinze ans de retard sur la Chine"

Pour la Région Grand Est, dont le secteur automobile représente 117 000 emplois et près de 2 300 entreprises, l’Union européenne doit agir pour "arrêter de subir la situation". Pour Valérie Debord, première vice-présidente de la Région, "nous avons encore des possibilités d’agir, notamment en matière de souveraineté européenne sur les batteries des voitures électriques". "Mais il faut que l’UE donne les moyens aux régions pour rivaliser face aux technologiques asiatiques. Aujourd’hui nous avons dix à quinze ans de retard sur la Chine", ajoute-t-elle.

Des erreurs stratégiques faites par le passé

Si les représentants de l’ARA affirment que la transition du secteur automobile ne peut être que progressive et non immédiate, Guido Guidesi dénonce les erreurs du passé. "Aujourd’hui, le constat est simple : notre industrie n’est plus compétitive. Des choix erronés ont été faits, les réactions face aux crises n’ont pas été les bonnes", déclare-t-il. Ciblant les constructeurs et les équipementiers qui ont choisi de sous-traiter à l’étranger, notamment en Asie, Valérie Debord a rappelé "que notre pays possédait par le passé l’intégralité de la souveraineté de la chaîne de production du secteur automobile".

Autre erreur pointée par le président de l’ARA, la bascule rapide vers l’électrique, qui a entraîné une situation "absurde" pour Guido Guidesi : "Nous avons créé deux catégories de consommateurs, ceux qui peuvent se permettre d’acheter un véhicule électrique, et ceux qui ne peuvent pas le faire pour des raisons financières".

"Si nous ne faisons rien, nous allons traverser plus qu’un accident industriel : ce seront des régions entières qui seront sinistrées"

Si les propos sont alarmants, c’est que les dirigeants des régions membres de l’ARA craignent la suppression de centaines de milliers d’emplois dans toute l’Europe. "Nous devons agir pour prendre la bonne direction et ne pas perdre des centaines de milliers d’emplois dans toutes les régions. Si nous ne faisons rien, nous allons traverser plus qu’un accident industriel : ce seront des régions entières qui seront sinistrées", complète le président de l’ARA.

Vers un "financement de transition spécifique" ?

Face aux représentants des institutions européennes, les représentants de l’ARA ont appelé à un renforcement des partenariats de formation transfrontaliers, une meilleure collaboration entre les collectivités publiques et l’industrie pour anticiper les enjeux de la montée en compétences de l’industrie automobile, ainsi que la nécessité d’un financement de transition spécifique pour les régions dépendantes de l’automobile. "Nous avons lancé des études pour travailler sur un dispositif qui nous permettrait d’accompagner l’ensemble des corps de métiers du secteur automobile pour des montées en compétences ou des formations pour une diversification des activités. On ne veut pas laisser cette filière sur le côté, elle a de l’avenir mais sans accompagnement financier, ce ne sera pas possible d’y arriver", estime Valérie Debord.

"L’Europe doit protéger son industrie"

Pour le président de la Région Grand Est, Franck Leroy, les défis sont "considérables", et les régions européennes ne pourront pas les relever seules. "L’Europe doit désormais accélérer, en protégeant son industrie face à une concurrence de plus en plus agressive, et en accompagnant les entreprises dans une transition juste, concrète, et ancrée dans les territoires", estime le président de Région, qui exige désormais une mobilisation déterminée de l’Union pour éviter la chute pure et simple de tout un pan de l’industrie européenne.

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