Pour Thierry Millon, directeur des études pour Altares, l’année 2025 a été marquée par "un climat d’incertitude fort pour les entreprises et notamment des PME déjà éprouvées par la hausse des coûts logistiques et énergétiques". La dernière livraison du cabinet référent de la donnée d’entreprises montre que la barre symbolique des 70 000 procédures de sauvegarde, redressements ou liquidations judiciaire, a été frôlée, pour atteindre 69 957. Un chiffre en hausse de 3,2 % par rapport à 2024, qui pèse sur l’emploi avec 267 000 salariés et dirigeants qui ont vu leur emploi supprimé ou menacé.
Mais les entreprises du Grand Est ont déjoué la tendance. Le nombre de défaillances est resté stable dans la région, signant un honorable 0 % sur l’évolution par rapport à l’année précédente. Seule la région Sud, où le niveau des défaillances a reculé de 5 %, fait mieux que le Grand Est.
Si le nombre de défaillances reste stable dans la région, le niveau est élevé : 4 439 entreprises ont ainsi fait l’objet d’un redressement ou d’une liquidation, soit un nombre proche du maximum relevé sur les dix dernières années. C’est en 2016 que le Grand Est avait passé la barre des 4 500 défaillances.
Dans le Grand Est, la liquidation la plus emblématique de 2025 reste celle de Novasco. Dans son délibéré du 17 novembre 2025, la chambre commerciale du tribunal judiciaire de Strasbourg a désigné comme repreneur le consortium d’investisseurs réunis autour de Julien Baillon, à la tête de la PME ardennaise Métal Blanc (CA : 50 M€). L’offre du consortium portait uniquement sur le site des Dunes, situé à Leffrinckoucke, dans le Nord, employant près de 150 salariés. Trois autres sites, totalisant près de 600 salariés, sont laissés sans repreneurs : celui d’Hagondange où se trouve le siège de l’entreprise (Moselle), employant 450 salariés, celui du Marais à Saint-Étienne (Loire) et celui de Custines (Meurthe-et-Moselle).
Si les sujets industriels continuent à focaliser l’attention, les données d’Altarès montrent que la sinistralité reste très élevée dans la construction, le commerce, mais aussi les services aux entreprises ainsi que les sociétés opérant dans l’hôtellerie et la restauration.
La situation face aux défaillances n’est pas identique dans l’ensemble des dix départements composant la région Grand Est. Le département de l’Aube continue à payer un lourd tribut, avec des dossiers emblématiques comme le placement en redressement judiciaire de France Teinture. Implantée à Troyes, l’entreprise spécialisée dans la teinture de tissus pour différents marchés a vu son chiffre d’affaires passer de 10,5 millions d’euros à 6,5 millions d’euros entre 2023 et 2024. A contrario, les entreprises installées dans la Meuse, la Haute-Marne, la Meurthe-et-Moselle ou le Haut-Rhin ont mieux résisté.
Sans surprise, les départements abritant le plus grand nombre d’entreprises enregistrent le plus grand nombre de défaillances. Avec 752 procédures ouvertes et une évolution de 6,5 %, la Moselle reste mal orientée, un reflet de son tissu économique très tourné vers l’industrie.