Jean-François Zobrist
Ancien directeur de la fonderie FAVI en Picardie, leader sur son marché, auteur d'un manifeste sur le management autrement
Quelle est votre vision de la situation économique actuelle ?
Nous sommes en fin de cycle. Ma génération a satisfait tous les besoins physiologiques primaires. Il n'y a plus de marché de masse à inventer. Tous les habitants des pays solvables sont équipés. En livrant notre savoir à l'Asie et à la Chine pour répondre aux 15 % de rendements des fonds de pension, on a perdu le marché du renouvellement. J'ai mal éduqué la génération suivante en lui faisant croire que la situation était pérenne, qu'il fallait cultiver le zéro risque et anticiper. Or, rien n'est prévisible !
Comment faire alors pour relancer l'économie ?
En passant par l'innovation. L'innovation s'appuie sur la recherche, mais la recherche ne crée pas d'emplois. Il faut laisser la chance aux hasards, aux signaux faibles. De l'intuition il faut passer directement à l'action sans la réflexion. Si on réfléchit on n'agit pas. Pour tous les événements importants de la vie, il ne faut pas réfléchir. Sinon, on ne se marie pas, on ne fait pas d'enfants.
Vous avez basé votre méthode de management sur la confiance envers vos ouvriers. Comment cela se traduit-il ?
J'ai supprimé le service qualité, les contrôles, le service du personnel et les ressources humaines. Aujourd'hui les entreprises sont trop structurées et manquent de créativité. Mon principe ? Libérez les esprits. Dans une entreprise représentée à 85 % par des ouvriers, l'objectif est que chacun d'entre eux soit heureux. Si un ouvrier est heureux, il fait gagner de l'argent à l'entreprise. L'innovation produit est gérée par les commerciaux et l'innovation process par les ouvriers. Leur faire confiance c'est donner l'occasion aux ouvriers d'organiser eux-mêmes leur temps de travail, de gérer les augmentations de salaire de leurs collègues cooptés, de bénéficier de la même prime que l'ensemble des collaborateurs de l'entreprise.
- TROIS QUESTIONS