Des tapis en laine aux cosmétiques, il n’y a parfois qu’un fil. Que la famille Dewavrin tisse de génération en génération depuis 1842. Désormais baptisée Dewavrin Cosmetics, l’entreprise familiale basée à Wasquehal (Nord) vient de passer le cap des 100 millions d’euros de chiffre d’affaires. Grâce à ses 500 salariés, elle formule, fabrique et distribue des produits liés à la santé et au bien-être au travers de cinq filiales (Stella, Alpol, Novapharm, IsisPharma, Effinov). À la direction du groupe implanté dans 13 pays, Dimitri Dewavrin, 50 ans, représente la septième génération présidant aux destinées de cette discrète ETI. L'homme est associé avec son frère Grégoire en charge du pôle Marque & Distribution et sa sœur Jennifer. Ils portent ensemble les valeurs et l’histoire d’une entreprise familiale qui s’est d’abord construite dans le secteur de la laine à la fin du XIXe siècle.
Pérennité et gouvernance familiale
Malgré la déconfiture du textile et une période de gros temps, les dirigeants ont su au fil des générations redresser la barre pour se placer sous des vents plus porteurs. Et ils sécurisent désormais la trajectoire. Transmission, gouvernance, stratégie ou encore RSE : Dimitri Dewavrin aborde aujourd’hui ces sujets au sein du Family Business Network, un réseau dédié au développement et à la pérennité des entreprises familiales au fil des générations.
Et si, jusque-là, le sujet de l’entreprise n’était guère abordé en famille, le dirigeant prend le parti d’acculturer dès maintenant la prochaine génération au sein de la Dewavrin Academy. Un premier temps fort a réuni la famille et les 10 cousins lors d’une rencontre dédiée au Maroc à l’automne 2025. "Notre défi, c’est la pérennité", assure le tout jeune quinquagénaire. "Avec mon frère Grégoire, nous croyons que la force d’une entreprise familiale réside dans sa capacité à transmettre l’esprit d’entrepreneuriat et les valeurs qui font son identité".
Un investissement de 6 millions d’euros
Tout un symbole alors que le groupe vient de passer le cap des 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, notamment grâce à l’ouverture de filiales étrangères. D’ici le passage de témoin, les dirigeants consolident l’outil industriel : 6 millions d’euros seront prochainement investis pour augmenter la capacité de production d’Alpol (+ 4 000 m²), un façonnier cosmétique, tandis que l’usine de production d’ingrédients cosmétiques et pharmaceutiques Stella se verra dotée d’une nouvelle colonne de purification d’huile végétale. Pour asseoir "cette vision de long terme" chère aux valeurs familiales.
Du textile aux cosmétiques
L’aventure entrepreneuriale de cette famille a démarré avec Anselme Dewavrin, créateur d’une manufacture de tapis en laine. Porté par la Révolution Industrielle, il poursuit ensuite dans le négoce de laine pour servir l’industrie, le Nord accueillant de nombreux peignages et filatures. Au fil des ans, le sourcing étranger conduit à l’ouverture de comptoirs d’achat en Australie, en Afrique du Sud et en Nouvelle-Zélande. Jacques Dewavrin (5e génération) opère en 1964 un virage du négoce vers l’industrie et construit son propre peignage à Auchel (Pas-de-Calais).
En deux décennies, le site devient l’un des leaders mondiaux et emploie plus de 500 personnes qui traitent 21 millions de kg de laine. En 1977, le groupe reprend l’usine Stella à Mouscron en Belgique pour valoriser la graisse de laine issue du peignage. La lanoline, ingrédient plébiscité pour ses vertus hydratantes, y est produite. Cette intégration vers l’aval trace un premier pas vers l’industrie cosmétique.
Une reconversion par croissance externe
Mais alors que le déclin de la laine européenne est amorcé par la féroce concurrence chinoise, une opportunité acte en 1997 la reconversion de l’entreprise. Sous l’impulsion de Christian Dewavrin (6e génération), est signée la reprise d’Alpol, alors cliente de Stella, à la barre du tribunal de commerce. Basé dans l’Ain, ce façonnier cosmétique conseille, formule et produit des soins de la peau pour des marques nationales et internationales au sein d’une usine de 6 000 m² où œuvrent aujourd’hui 200 personnes pour près de 40 millions d’euros de chiffre d’affaires.
En 2002, le groupe reprend Isispharma, un autre de ses clients. Situé à Lyon, ce laboratoire conçoit des soins dermatologiques, notamment dédiés au traitement des taches pigmentaires. La marque s’écoule en pharmacie — vecteur de distribution privilégié du groupe, tout produit confondu — et s’exporte largement grâce à 7 filiales à l’étranger. En parallèle de sa diversification vers les cosmétiques, l’aventure textile décline. Elle s’achève finalement en 2010 avec la fermeture du peignage d’Auchel.
La micronutrition en débouché prometteur
Toujours à la croisée du bien-être et de la santé, Novapharm, façonnier de compléments alimentaires rejoint les rangs du groupe en 2017. De formes sèches, liquides ou microencapsulées, ils sont produits dans la nouvelle usine de Vendargues près de Montpellier inaugurée en 2022. "Il s’agissait d’acquérir un nouveau savoir-faire dans la continuité de notre activité", résume Dimitri Dewavrin. Une intuition gagnante puisqu’en sept ans, le chiffre d’affaires a doublé, porté par un marché du complément alimentaire en plein essor en Europe.
Sur le créneau de la micronutrition, l’offre s’est enfin étoffée en 2022 avec l’acquisition de la marque Effinov installée en Bretagne. Jusqu’à présent vendue en France, elle sera prochainement lancée à l’export, un débouché prometteur mais complexe car basé sur des mentions informant d'un bénéfice sur la santé pas toujours prouvé, strictement encadrées par la loi, qui varient selon chaque pays.