De la flûte de Pan au piano Pleyel, Algam est devenu leader européen des instruments de musique
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De la flûte de Pan au piano Pleyel, Algam est devenu leader européen des instruments de musique

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Les racines du groupe nantais Algam s’enfoncent dans les années soixante-dix. Ce groupe a aujourd’hui plus de 50 ans. Cette saga est portée par un homme passionné de musique qui, d’une petite PME fabricant des flûtes de Pan, a fait une ETI de 600 salariés, leader européen de la fabrication et de la distribution d’instruments de musique.

Gérard Garnier, 75 ans, a fondé son entreprise en 1971. Algam compte aujourd’hui 600 salariés, propose 200 marques d’instruments de musique — Photo : David Pouilloux

Tel un clavier, habillé de noir et de blanc, assis devant un piano couleur albâtre d'une beauté inouïe, Gérard Garnier, menton levé, se fond dans le décor. Le fondateur et président du groupe Algam note avec humour : "Au niveau des couleurs, je suis en harmonie. Je suis un morceau de piano." Du côté de Thouaré-sur-Loire, à quelques kilomètres de Nantes, dans l’un des entrepôts de son entreprise cinquantenaire, le dirigeant se prête volontiers à l’exercice de la photo, tout en narrant l’incroyable saga de cette petite entreprise fondée en 1971 et devenue une ETI de 600 salariés. Algam est aujourd’hui leader européen de la distribution d’instruments de musique, mais aussi fabricant des guitares Lâg et des pianos Pleyel. Elle vient d'atteindre les 242 millions d’euros de chiffre d’affaires et cible 254 millions d’euros en 2024.

Flûte de Pan et instruments folkloriques

Tout a commencé par un bout de roseau. Nous sommes à la sortie des années soixante, dans une France qui lâche la cravate et enfile des pantalons pattes d’éléphant. "J’avais 98 francs en poche, et je les ai investis dans une perceuse Black & Decker, se souvient Gérard Garnier. Je fonde mon entreprise, en 1971, à Mouzeil, en Loire-Atlantique. J’avais été séduit par un masque inca sur la pochette d’un 45 tours. Cette musique, à base de flûte de Pan, était celle d’El Condor Pasa. Une musique sublime qui a conquis le monde."

La mode de la flûte de Pan se répand partout en France. "J’ai transformé cette passion pour la musique des Andes en quelque chose de concret, en devenant fabricant d’instruments de musique, après m’être inscrit à la chambre des métiers. Mon frère aîné Joël me rejoindra ensuite et l’on créera ensemble la société Camac. Et, d’une entreprise artisanale, on se retrouvera en quelques années avec une PME d’une cinquantaine de salariés qui fabriquent des instruments folkloriques (bombardes, cornemuses, vielles à roue, flûtes de Pan), et puis des harpes."

Diversification vers les accessoires

Le dirigeant a du flair, et sent qu’il ne faut pas se contenter de surfer sur le succès de cet air du temps qui ne dure qu’un temps. En métronome des bonnes idées, Gérard Garnier prépare sa diversification. "Je me disais que ça n’allait pas durer éternellement, soupire le dirigeant. En 1976, j’ai pensé qu’il fallait enrichir le catalogue avec d’autres propositions, notamment des petits accessoires de musique, comme des cordes de guitare, des pupitres, des accordeurs, etc. " Il devient le fournisseur d’un réseau de distribution constitué de magasins de musique. "Cela s’est avéré très rentable", reconnaît-il.

Dans les années quatre-vingt, Gérard Garnier étoffe son offre en devenant importateurs d’instruments de musique. "Je me suis mis à importer des instruments du monde entier, avec des marques prestigieuses, qui se vendaient dans un large réseau de magasins, rapporte-t-il. La logistique que nous avions mise en place pour les accessoires a été au cœur de notre succès. Très vite, j’ai également misé sur l’informatique pour être au top. Et puis, nous avons proposé de nouveaux services à nos clients : un studio photo et vidéo, un bureau de recherche et développement, un atelier de fabrication de mobilier, de lutherie, un SAV électronique."

La partition est complète et le succès au rendez-vous. Un nouveau siège, à Thouaré-sur-Loire, voit le jour en 1990, soit 10 000 mètres carrés de bureaux, d’ateliers et entrepôts. En 1998, Gérard Garnier crée la division Audia, dédiée au matériel pour DJ. Le groupe devient leader français de la distribution d’instruments de musique, et s’empare, en 2000, de son principal concurrent hexagonal, Gaffarel. La holding Algam est alors créée avec trois divisions : Camac, Gaffarel et Audia.

L’année 2003 sera celle du retour à la fabrication pour le groupe. "Après l’acquisition de la marque Lâg, j’ai lancé le projet de construction d’une usine en Chine, inaugurée en 2011. C’est pour moi une usine française, mais implantée en Chine, avec mes propres salariés. " Chaque année, 30 000 guitares Lâg sont vendues.

L’arrivée du fils et le développement à l’international

Entre-temps, en 2009, Benjamin Garnier, le fils du président, rejoint l’entreprise familiale. Il est diplômé d’une grande université américaine. "J’étais très content qu’il me rejoigne. Il tenait à quitter le monde des fusions-acquisitions et la banque d’affaires où il travaillait. " Sous l’impulsion du fiston, le groupe Algam part à la conquête de nouveaux territoires, d’abord en Europe, puis en Chine et au Maghreb. "Notre force a toujours été la logistique, rappelle le président fondateur. Alors, en 2014, pour accompagner notre développement en dehors de nos frontières, nous avons construit un centre logistique, à Carquefou. " Depuis la 4 voies qui conduit à Nantes, le logo Algam se remarque sur la façade de ce bâtiment de 18 000 mètres carrés.

En parallèle de cet investissement qui sert le développement international, Benjamin Garnier ouvrira en 2013, Algam Entreprises, la division audio, vidéo et lumière, à destination des professionnels, et dont l’activité se concentre à Paris. "Cette année-là, notre chiffre d’affaires France franchira la barre des 100 millions d’euros", révèle Gérard Garnier.

L’aventure Pleyel

Le rythme du succès se mesure aussi à l’audace. Quand, en 2017, il parle de redonner vie à la marque française de pianos Pleyel, Gérard Garnier devient lyrique. "Il fallait sauver le Titanic, le faire remonter à la surface, raconte-t-il. J’ai dit à mes collaborateurs : "C’est une mission impossible que l’on va relever." Pleyel est un nom que l’on adosse souvent à Frédéric Chopin. On parle même, pour un Pleyel, du "piano de Chopin". Le prénom du fondateur éponyme, en 1807, Ignace, et de son fils Camille, ont disparu sous les cendres d’une marque qu’il a réussi à faire renaître. "Le principal défi était de respecter la sonorité particulière de ce piano, une sonorité romantique emblématique de la marque, souligne Gérard Garnier. Pour ce piano, nous avons deux séries. Une série P, fabriquée par un partenaire, en Chine, qui est déjà en vente, et une série F, bientôt fabriquée ici en France, à Thouaré-sur-Loire. C’est notre French collection, du made in France, pour nos modèles de Haute Facture."

Le roseau et le chêne

La suite de l’aventure Algam ? "J’ai 75 ans, et je lance le Magistral, un dispositif qui permet de transformer un piano qui ne sert plus en enceinte haut de gamme. Une façon de lui donner une seconde vie. Pourquoi détruire un instrument aussi beau ? Avec ce projet, je plante un chêne, pour les générations suivantes, pour mes petits-enfants. J’ai démarré avec un roseau, je finis avec un chêne. La transmission, j'y pense. Mais je reconnais avoir plaisir à jouer les prolongations."

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