Le fabricant italien de dameuses Prinoth et la Compagnie des Alpes franchissent une nouvelle étape dans la décarbonation des stations de ski. Deux ans après la signature de leur partenariat, les deux groupes ont dévoilé la Leitwolf LTE-Motion, présentée comme la première dameuse électrique de forte puissance capable de rivaliser avec les modèles thermiques. Fabricant italien de dameuses et de véhicules chenillés dont le siège social français est situé en Savoie, Prinoth évoque un investissement "de l’ordre de 5 à 10 millions d’euros" pour son développement, selon son directeur France Denis Ribot.
Une machine électrique aussi puissante que le diesel
Le défi est de taille. Le damage des pistes impose d’évoluer sur des pentes raides, dans des conditions climatiques extrêmes. Remplacer un moteur diesel a conduit le constructeur à repenser entièrement l’architecture de sa machine, désormais protégée par plusieurs brevets. La dameuse repose notamment sur des batteries intégrées en position basse, améliorant stabilité et capacité de franchissement. Un système de gestion thermique permet de maintenir les performances en altitude, malgré le froid.
"Le modèle possède une autonomie de 4 à 5 heures et une capacité de batterie de 500 kWh, suffisante pour alimenter un moteur électrique capable de délivrer une puissance équivalente au diesel", souligne Denis Ribot.
Au-delà de la performance, l’enjeu est environnemental pour la Compagnie des Alpes, qui vise le "zéro net carbone "sur ses sites d’ici 2030. Ce groupe parisien (7 400 salariés ; 1,4 Md€ de CA en 2025), dont le premier actionnaire est la Caisse des Dépôts, est le premier exploitant de domaines skiables de France. Il gère ainsi 11 stations dans les Alpes dont La Plagne, les Arcs ou encore Tignes.
La Leitwolf LTE-Motion pourrait réduire jusqu’à 93 % des émissions, à condition d’être alimentée en électricité renouvelable, tout en supprimant particules fines et nuisances sonores.
Un surcoût à l’achat, compensé par l’usage
L’équation est aussi économique. L’absence de moteur thermique et de certains circuits hydrauliques permettrait de réduire les coûts de maintenance d’au moins 20 %, tandis que le coût d’usage annuel serait divisé par deux.
Reste un frein : une dameuse électrique coûte aujourd’hui environ quatre fois plus cher à l’achat qu’un modèle thermique. "Notre objectif est de ramener cet écart à un facteur deux", indique Denis Ribot.
Un ancrage industriel en Savoie
Le projet s’inscrit enfin dans une logique territoriale. À la demande de la Compagnie des Alpes, une partie de la production sera assurée en Savoie. "L’assemblage final sera réalisé sur notre site de Montmélian", précise le dirigeant de Prinoth. L’approvisionnement sera en partie local, avec des batteries produites en Europe.
Trois premiers modèles seront déployés dès l’automne 2026 dans trois stations exploitées par la Compagnie des Alpes (Serre Chevalier, Val d'Isère et La Plagne) avant une montée en cadence. Le groupe français s’est engagé à convertir progressivement sa flotte - une centaine d’engins - sur dix ans, offrant de la visibilité au projet. "Le potentiel de marché est important, la dameuse restant un équipement incontournable pour les stations", conclut Denis Ribot.